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Par : mj
Publié : 14 janvier 2016

Chapitre 5 - Qu’est-ce que la globalisation financière ?

Introduction : à quoi sert la finance ?

La crise de 2008 a révélé l’importance prise aujourd’hui par la sphère financière, et les enjeux qui entourent sa régulation. La globalisation financière désigne la constitution au niveau mondial d’un marché unifié des capitaux, par l’intégration croissance des marchés financiers nationaux. Si cette globalisation financière peut être envisagée comme la conséquence inévitable de l’essor des échanges internationaux, l’ampleur de son essor, et son caractère instable en font une composante du processus de mondialisation à part.

S’intéresser à la globalisation financière suppose dans un premier temps de revenir sur ces « marchés financiers » : que recouvre ce terme ? Qui intervient sur ces marchés ? Quelle est leur fonction économique ? Dans un second temps, il faudra identifier les différentes caractéristiques de la globalisation financière à laquelle nous assistons depuis quelques décennie, et s’interroger sur les facteurs explicatifs d’un tel processus.

Le système financier est un ensemble composé de marchés financiers où s’échangent des actifs financiers, d’acteurs financiers (banques, entreprises, investisseurs, État...) et des autorités de régulation. Un système financier se définit par l’ensemble des règles, des pratiques et des institutions qui permettent de mobiliser des capitaux pour les mettre à disposition d’agents à besoins de financement.

Pour financer une dépense, un agent économique doit faire appel à une capacité de financement équivalente. Cette capacité de financement peut être la sienne : on parle alors d’autofinancement. Mais de nombreux agents sont en besoin de financement. Ils sont alors dans l’obligation de faire appel à la capacité de financement d’autres agents économiques : c’est le financement externe.

Un agent économique qui a un besoin de financement peut se financer par emprunt. Cet emprunt peut se faire auprès d’un agent économique dont c’est la fonction principale : une banque. On parle de financement indirect ou intermédié, dans la mesure où le prêt et la créance sont « dissociés ». La banque joue en effet un rôle intermédiaire : les agents en besoin de financement et les agents en capacité de financement se sont pas directement liés les uns aux autres.

Un financement par emprunt peut également se faire sur les marchés financiers, grâce à l’émission d’obligations. L’agent économique (entreprise ou État) émet des obligations, c’est-à-dire des titres de créance remboursables à échéance, qu’il vend à des agents économiques qui ont une capacité de financement et qui sont à la recherche d’une rémunération. Acheter une obligation permet en effet à son détenteur de toucher des intérêts pendant une certaine durée, puis d’être remboursé du montant prêté à échéance. Le détenteur d’une obligation peut également revendre son titre avant échéance, et faire une plus-value, si le prix de l’obligation a augmenté par rapport à son prix d’achat.

Mais le financement externe n’implique pas nécessairement un emprunt. Il peut prendre la forme d’émission d’actions. Une action correspond à une partie du capital d’une entreprise. Elle donne droit à son propriétaire à une rémunération, une partie du bénéfice distribué, appelée dividende. Lorsqu’une entreprise émet de nouvelles actions sur le marché, elle collecte ainsi des capitaux supplémentaires.

L’émission de titres (actions ou obligations) constitue ce que l’on appelle le financement direct ou financement de marché. Ce financement est a priori moins coûteux pour les entreprises, puisqu’il n’y a pas d’intermédiaire à rémunérer et que les coûts de prospection (pour trouver des acquéreurs) sont minimes (les produits sont standardisés, et ce sont les mécanismes de marché qui permettent de trouver des acquéreurs).

Éventuellement : Dessine-moi l’éco

Depuis les années 1980, on assiste à une transformation des modes de financement des entreprises : même si la répartition entre financement externe et autofinancement des entreprises est globalement restée stable (les flux d’autofinancement représentent la moitié des flux totaux de financement sur la période 1980-2010), les formes du financement externe ont évolué. Ainsi, la part de l’endettement bancaire a baissé, au profit du financement de marché (émissions d’actions, de titres du marché monétaire et d’obligations), et en particulier du financement par des émissions d’actions. On assiste donc bien depuis les années 1980 à un développement des marchés financiers, de plus en plus sollicités dans le financement des agents. La forte chute du financement indirect observée en 2010 s’explique par les conséquences de la crise de 2008 sur le système bancaire : la faillite de certains établissements bancaires et la défiance des banques a entrainé une panne du crédit, ce qui explique que les agents aient recours aux marchés financiers, et à l’autofinancement, qui représente 52,3 % des flux de financement des entreprises en 2010 contre 48,8 % en 2008.

Pour résumer, on peut dire que le système financier remplit 4 fonctions :

  • Fonction de transfert de richesses dans le temps, mais aussi entre les différents agents économiques : comme il existe des acteurs économiques avec plus de ressources que d’emplois et qu’il existe dans le même temps des acteurs économiques avec plus d’emplois que de ressources, il est nécessaire d’inventer une manière de transmettre d’un acteur à un autre les richesses inemployées. C’est la première fonction des marchés financiers.
  • Mutualisation des ressources : le transfert de ressources rend possible financement de projets que l’on ne pourrait pas financer seul. La deuxième fonction des marchés financiers est donc de permettre la mutualisation des ressources.
  • Fonction de gestion des risques : transférer des richesses à un autre agent économique et en attendre des revenus dans le futur est toujours un pari comprenant une part de risque. En répartissant les risques sur plusieurs acteurs, le système financier permet de diminuer le risque pris par chacun d’eux. Par ailleurs, les agents économiques qui ne veulent pas assumer un risque peuvent transférer ce risque vers d’autres agents économiques qui y sont moins rétifs.
  • Fonction d’information : les marchés financiers permettent de fixer des prix (des actions d’une entreprise, des taux d’intérêt pour un emprunt d’État...). Ces informations sont utiles pour les autres acteurs économiques qui les intègrent dans leurs propres calculs.

I – Les différents marchés financiers et leur fonctionnement

Les marchés financiers sont marchés qui mettent en relation directement des agents à besoin de financement et des agents à capacités de financement. Sur ces marchés s’échangent des actifs financiers, notamment des titres, dont le prix est fixé par la confrontation de l’offre et de la demande. Un actif financier désigne un actif (c’est-à-dire un élément de patrimoine) possédé par un agent économique sous forme de monnaie, de devises de créances ou de titres négociables, qui donne droit à une rémunération ou qui permet de dégager une plus-value en contrepartie des risques pris.

Sous le terme de marchés financiers, on englobe : les marchés de capitaux à court terme (marché monétaire) et à long terme (marché financier au sens strict – en français), le marché des changes et les marchés de produits dérivés.

A. La diversité des marchés financiers

1) Le marché des capitaux

Le marché des capitaux est composé de plusieurs marchés : le marché interbancaire, où s’échange de la monnaie banque centrale entre les banques qui composent le système monétaire d’un pays ou d’une zone monétaire (banques commerciales + banque centrale). Lieu essentiel du refinancement des banques commerciales. Le marché des titres de créances négociables, où s’échangent des titres de court terme, comme des billets de trésorerie, des certificats de dépôt ou des bons du Trésor. Le marché des capitaux à long terme, où s’échangent principalement des obligations (marché obligataire) et des actions (marché action), ainsi que des titres hybrides, qui empruntent des caractéristiques aux actions et aux obligations.

Tous les marchés financiers se composent de 2 compartiments : le marché primaire et le marché secondaire. Le marché primaire est le seul marché qui permet de financer un agent économique. Le marché primaire concerne seulement les émissions de titres, par exemple des actions et des obligations. Il assure la rencontre entre les demandeurs de fonds qui émettent les valeurs mobilières (une entreprise qui souhaite se développer va émettre des actions, l’État pour financer le déficit budgétaire émet des bons du Trésor) et les investisseurs qui souhaitent placer leur épargne et qui achètent alors les nouvelles actions et obligations. C’est un marché du "neuf", un marché du financement. Le marché secondaire ne concerne que l’achat et la vente des valeurs mobilières déjà émises. Ainsi, un épargnant ayant souscrit à une émission d’obligations EDF peut souhaiter revendre ce titre contre de l’argent liquide. C’est donc sur ce marché que varient les prix des valeurs mobilières, appelés cours. C’est un marché de l’occasion, un marché sur lequel les porteurs peuvent retrouver du liquide contre la vente de leurs titres.

es marchés secondaires peuvent être organisés de 2 manières différentes. D’une part, on trouve des marchés organisés (les Bourses), soumis à des règles et contrôlés par les pouvoirs publics et par des autorités privées (les sociétés anonymes qui organisent et contrôlent les échanges, comme Euronext, New York Stock Exchange, ou London Stock Exchange). D’autre part, à côté des Bourses, se sont développés des marchés de gré à gré sur lesquels les transactions sont effectuées entre des opérateurs qui définissent directement entre eux les conditions de leur échange. Ces marchés sont totalement opaques et sont donc très différents des Bourses. Ils se sont considérablement développés depuis le début des années 2000 et sont présents dans différents segments de la finance. On les appelle les « dark pools », des marchés où les transactions sont réalisées « dans l’ombre », ce qui permet d’échapper à la surveillance des autorités publiques. Ces marchés très spéculatifs sont réservés aux gros investisseurs.

2) Le marché des produits dérivés

Les produits dérivés sont des instruments financiers dont la valeur varie en fonction du prix/niveau d’un actif appelé sous-jacent. Le sous-jacent peut être de différentes natures. Il peut s’agir d’une action, d’un indice, d’une monnaie, d’un taux… Le produit dérivé va permettre de pouvoir profiter des fluctuation de l’actif sans avoir à l’acheter ou le vendre lui même. Ces produits reproduisent (à la hausse et/ou à la baisse) les variations du sous-jacent. Ces instruments financiers ont été créés à l’origine pour se protéger des risques financiers (évolutions des prix matières premières, évolutions des taux de change des monnaies…). Les marchés des produits dérivés sont des marchés de couverture au sein desquels certains agents économiques souhaitent souscrire une forme d’assurance en vue de se protéger contre les fluctuations des taux de change, de cours de titres ou du prix des matières premières.

Ces produits ont connu une forte expansion depuis les années 80 et représentent une part importante de l’activité sur les places financières. Par exemple, le rapport de la Banque des Réglements Internationaux publié en 2014, le volume journalier des contrats dérivés sur taux négociés de gré à gré s’est établi, en moyenne, à $2 300 milliards en avril 2013

Les objectifs des produits dérivés sont nombreux. Ils permettent à certains agents économiques de se protéger contre un risque financier (politique de couverture). Ils permettent également à d’autres agents économiques d’investir dans produits avec un fort effet levier qui permettent d’espérer un gros gain (ou une grosse perte) en un temps réduit. Ils sont donc également un outil de spéculation.

3) Le marché des changes

Le marché des changes, sur lequel s’achètent et se vendent des devises. Le cours des devises est coté en continu de manière électronique par des opérateurs dispersés dans le monde entier, appelés cambistes et travaillant dans une salle des marchés bancaires. C’est donc un marché décentralisé, qui n’a pas de localisation « physique ». Les entreprises utilisent le marché des changes, soit dans le cadre de leurs opérations d’exportation ou d’importation, soit dans le cadre d’opérations financières (achat ou vente de titres étrangers...). Sur ce marché, interviennent également les intermédiaires financiers, banques et courtiers, qui mettent en contact les offreurs et des demandeurs ainsi que les banques centrales qui assurent une fonction de régulation et de réglementation ; elles appliquent les politique de change.

Ce marché mondial des devises est de loin le plus imposant de tous les marchés : selon la récente enquête triennale de la Banque des règlements internationaux (BRI), les échanges quotidiens sur ce marché s’élèveront à 5 300 milliards de dollars en 2013, ce qui représente dix fois ceux observés sur les actions, et quatre fois ceux sur les obligations [C’est un chiffre considérable quand on sait que selon l’Organisation Mondiale du Commerce, les exportations annuelles de marchandises des membres de l’OMC ont atteint 16 700 milliards de dollars et les exportations de services commerciaux 4 030 milliards de dollars en 2011. Cela fait donc un commerce mondial total de 20 730 milliards par an contre un volume d’échanges de devises de 5 300 milliards par jour…]. Ce marché est très concentré : 87 % des transactions portent sur le dollar ; plus de 50 % des transactions sont réalisées dans deux places financières, au Royaume-Uni (40,9 %) et aux États-Unis (18,9 %). Autre caractéristique : la plupart des transactions se font, là aussi, de gré à gré, le plus souvent à l’aide de systèmes électroniques automatisés, permettant le traitement de milliers d’ordres par minute.

En complément voir le compte-rendu des Echos :

NB : Le marché des matières premières est souvent considéré comme faisant partie des marchés financiers. Le terme de « matières premières » désigne des ressources naturelles utilisées dans le secteur de l’industrie pour la production, le transport et la commercialisation de produits finis ou semi-finis, soit comme composant du produit, soit comme ressources énergétiques. Ce sont des marchés organisés (comme le Chicago Board Trade ou le London Metal Exchange) ou des marchés de gré à gré, où interviennent des producteurs, des investisseurs, des particuliers, des banques et des entreprises (qui viennent se fournir pour leur production). Depuis les années 1980, on a assisté au développement très rapide des produits dérivés (forward, futures, swap, options...) : le marché des matières premières est aujourd’hui très financiarisé.

Les marchés des matières premières sont de très grande taille et concernent des produits facilement échangeables (il existe en permanence une demande élevée de matières premières, et leur volume fait qu’il existe des stocks permanents à différents endroits de la planète). De ce fait, ils forment des actifs liquides, sur lesquels des agents financiers spéculent. Les marchés des matières premières présentent donc de nombreuses caractéristiques les rapprochant des marchés financiers.

Éventuellement une vidéo sur le site de la finance pour tous.

B. Des marchés interdépendants où l’information joue un rôle crucial

1) Des marchés interdépendants

Les marchés financiers sont assez largement interconnectés. Un changement dans un secteur du marché financier a des répercussions sur les autres secteurs. Par exemple, une modification du taux d’intérêt du marché monétaire interbancaire (due à une décision de politique monétaire) aura des conséquence sur les marchés actions, sur le marché obligataire et sur le marché des changes. Ainsi, si la Banque centrale américaine, la Fed décide d’augmenter son taux d’intérêt directeur (par exemple par crainte d’un dérapage de l’inflation), le taux du marché monétaire va augmenter lui aussi. Par conséquent, pour attirer les créanciers, les entreprises qui émettent de nouvelles obligations pour se financer (sur le marché primaire des obligations) vont devoir proposer des rémunérations plus attractives, c’est-à-dire pratiquer des taux d’intérêt plus élevés. Les obligations des entreprises américaines étant plus rémunératrices, les créanciers, et notamment les créanciers internationaux, vont se tourner vers ces titres. Ces obligations étant libellées en dollars, les investisseurs étrangers vont devoir dans un premier temps acquérir des dollars sur le marché des changes : la demande de dollar augmente, ce qui conduit à une augmentation du taux de change du dollar. Compte-tenu de l’appréciation de la monnaie américaine, les produits américains se vendent plus cher sur les marchés étrangers (il faut davantage de monnaie étrangère pour acquérir la même somme en dollars) : la compétitivité-prix des produits américain diminue. Cette perte de compétitivité se traduit par une chute des exportations pour les entreprises américaines, dont la progression du chiffre d’affaire ralentit. Moins de chiffre d’affaire implique des profits amputés, et donc des bénéfices distribués plus faibles : les actions des entreprises américaines exportatrices étant moins rémunératrices, elles se vendent moins bien (car leur valeur diminue), ce qui fait baisser leurs cours. On comprend donc à travers cet exemple que les différents segments des marchés financiers sont étroitement connectés.

Cette perméabilité des marchés conduit à une volatilité très forte des marchés financiers. Chaque compartiment des marchés financiers réagit à l’information mais également aux conséquences de cette information sur les autres compartiments des marchés financiers.

2) Le rôle de l’information sur les marchés financiers

Pour certains économistes (libéraux), les marchés financiers se caractérisent par leur « efficience informationnelle » : à tout moment, le marché incorpore l’ensemble des informations disponibles, et le prix du marché reflète la « vraie » valeur des titres. E. Fama : « Le prix observé sur le marché constitue à tout instant un bon estimateur de la valeur intrinsèque... le prix reflète instantanément toute l’information disponible ».

Ainsi, l’évolution du cours de l’action de TF1 lors d’un match de Coupe de monde de football peut illustrer cette hypothèse d’efficience informationnelle. Au moment où l’attaquant Thierry Henry est expulsé du terrain (un peu avant 14h), le cours de l’action chute. En effet, la probabilité que la France soit en mesure de poursuivre la compétition s’est affaiblie. Les acteurs sur le marché financiers anticipent donc un manque à gagner pour TF1 en termes de recettes publicitaires si la France quitte la compétition (moins de téléspectateurs). Ce manque à gagner a forcément une répercussion sur les bénéfices de la chaîne et donc, in fine, sur les dividendes distribués aux actionnaires. La valeur du titre TF1 (qui correspond à la valeur de l’ensemble des dividendes distribués) diminue : le cours de l’action TF1 chute parce que les agents économiques ont assimilé l’information (l’expulsion de Henry) et ses conséquences sur les résultats de la chaîne (bénéfices moindres).

Toutefois, les marchés financiers sont marqués par une asymétrie d’informations, qui peut conduire à bloquer les échanges : un emprunteur a plus d’information sur sa santé financière et sa solvabilité que son potentiel créancier. Une entreprise qui émet des actions connaît mieux ses perspectives de profit que les épargnants qui seraient susceptibles d’acheter ces titres. La situation d’asymétrie d’information conduit les prêteurs à former leur opinion à partir des comportements des emprunteurs les plus visibles et les plus actifs sur le marché : or ceux-ci sont souvent aussi ceux qui prennent le plus de risques (c’est l’anti-sélection). L’asymétrie empêche donc les prêteurs de distinguer les « bons » et les « mauvais » emprunteurs : alors que l’emprunteur a intérêt à trouver un prêteur, et le prêteur a intérêt à trouver un emprunteur qui le rembourse, cette rencontre n’est pas forcément possible si l’information est imparfaite. La présence d’intermédiaires financiers permet de dépasser les problèmes liés à la présence de ces asymétries d’informations. Les banques, les assurances et autres investisseurs institutionnels (fonds de pension, fonds d’investissement) sont des intermédiaires financiers : ils fournissent des titres aux agents, tout en collectant leur épargne. Comme leur taille est bien supérieure à celle d’un investisseur individuel, et qu’ils disposent de services spécialisés dans la collecte d’informations et l’analyse financière, ils ont théoriquement accès à une information plus complète sur les émetteurs de titres. Les agences de notation sont également des acteurs importants du point de vue de la production d’informations sur les marchés financiers. Les agences de notation sont des organismes chargés d’évaluer le risque de non-remboursement de la dette d’un État, d’une entreprise ou d’une collectivité locale, ou d’un emprunt faisant partie de cette dette. Les agences de notation apportent donc aux investisseurs une information sur la qualité d’un émetteur. Elles évitent donc aux investisseurs de faire le travail long, coûteux et difficile d’analyse du risque de l’émetteur. Et pourtant l’information est gratuite pour l’investisseur : les agences de notation fonctionnent sur le principe de « l’émetteur-payeur ». L’importance de la réputation des agences fait qu’elles n’ont pas intérêt à truquer les informations qu’elles publient pour plaire aux entreprises qui les paient. Toutefois, leur activité a été fortement critiquée à de nombreuses reprises (l’affaire Enron en 2001 par exemple, ou encore la crise des subprimes).

Enfin, l’économie comportementale met en lumière que le comportement des agents économiques, supposés rationnels, sont marqués par des biais comportementaux qui produisent des anomalies de marché (cours durablement sur-évalué ou sous-évalué, formation de bulles et krach…). On observe notamment la présence de comportements mimétiques. En effet, d’un point de vue rationnel, un agent économique peut ne pas avoir intérêt à chercher l’information (ce qui suppose du temps et des ressources) mais au contraire avoir intérêt à imiter les autres agents économiques qui opèrent sur le même marché (et qui eux sont supposés détenir l’information). Le comportement d’un agent économique est copié par les autres agents, sans forcément d’explication rationnelle (par une information susceptible de modifier la « vraie » valeur du titre en question). Ces comportements mimétiques impliquent l’existence de prophéties auto-réalisatrices (quelqu’un annonce que le cours d’un tritre va baisser/monter → j’adapte mon comportement à cette annonce et je vends/j’achète → comme d’autres réagissent comme moi le cours du titre baisse/monte comme annoncé).

C. Des acteurs variés avec des objectifs différents

  • Les entreprises : elles se financent sur les marchés financiers en émettant des titres.
  • Les banques : elles servent d’intermédiaires et se financent en émettant des titres.
  • Les agences de notation : leur existence est justifiée par la demande d’information des acteurs. Elles sont chargées de collecter toutes les informations disponibles sur des titres et de leur attribuer des notes en fonction de ce qu’elles estiment être le degré de risque de ces titres. Lorsqu’une institution présente un risque de défaut de paiement important, elles dégradent la note des titres que cette institution a émis. Un émetteur mal noté peut donc avoir des difficultés à trouver des financements, et est obligé d’accroître les taux d’intérêt s’il émet de nouveaux titres.
  • Les investisseurs institutionnels : ils assurent la gestion collective de l’épargne des ménages en la plaçant sur les marchés financiers. Il existe trois grands types d’investisseurs institutionnels : les fonds de pension (gestion de l’épargne retraite), les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM, placement de l’épargne) et les compagnies d’assurances.
  • Les fonds spéculatifs (hedge funds) : ce sont des fonds le plus souvent privés, qui investissent des fonds qu’ils ont empruntés (et non pas des fonds confiés par les ménages). Ils cherchent donc des rendements élevés pour compenser les taux d’intérêt. Ils acceptent donc un plus haut niveau de risque. Il réalisent un grand nombre d’opérations financières avec toujours pour objectif de revendre des produits plus chers qu’ils ne les achètent. Ces produits sont variés, de simples actifs financiers à des entreprises entières.
  • Les fonds souverains : ce sont des fonds d’investissement contrôlés par des États. Les premiers ont été créés dans les années 1960. Les pays pétroliers comme la Norvège ou les Émirats Arabes Unis disposent de fonds souverains pour investir les recettes liées à la production pétrolière, et ainsi mettre de l’argent de côté pour les décennies à venir (notamment lorsque les réserves de pétrole seront épuisées).

II – Comment expliquer la globalisation financière ?

A. Quelles sont les caractéristiques de la globalisation financière ?

La globalisation financière est le résultat du développement des innovations financières et des nouvelles technologies dans un contexte général de déréglementation. Elle se caractérise par l’explosion des activités et des institutions bancaires et financières que l’on désigne sous le terme général de marchés financiers.

1) L’essor des flux financiers

Avant les années 1960, les flux de capitaux étaient assez limités et se cantonnaient essentiellement aux flux des aides publiques au développement et aux flux bancaires liés aux échanges internationaux). À partir des années 1960, les flux d’investissement direct se sont accrus. On appelle IDE un flux international de capitaux réalisé en vue de créer, développer ou maintenir une filiale à l’étranger et/ou d’exercer le contrôle (ou une influence significative) sur la gestion d’une entreprise étrangère (posséder plus de 10% du capital d’une entreprise). Par leurs biais de ces IDE, les firmes des différents pays se sont implantées à l’étranger et ont internationalisé leur activité. Il a toutefois fallu attendre la fin des années 1980 pour voir les mouvements internationaux de capitaux s’accélérer de façon spectaculaire. Ces derniers augmentent alors non seulement plus vite que l’activité, mais aussi que le commerce international. Cette accélération s’explique largement par le développement des investissements de portefeuille. Les investissements de portefeuille sont des achats de titres de propriété ou de créance émis par des agents non-résidents par des épargnants qui ne désirent pas pour autant prendre le contrôle de l’entreprise, mais simplement placer leur argent dans une optique de rentabilité. À proprement parler, les investissements de portefeuille sont donc des placements. Ces flux de capitaux, pour l’essentiel, se font entre pays industrialisés : en achetant des titres émis sur les marchés boursiers et surtout obligataires des autres pays développés, les investisseurs diversifient leurs risques financiers. Cette phase d’intensification de la circulation internationale des capitaux a été ainsi étroitement liée à la place accrue des marchés financiers dans les économies occidentales.

La progression du rôle des marchés financier dans le financement de l’économie constitue la deuxième dimension de la globalisation. Longtemps, l’intermédiation est passée par les seules banques. Celles-ci collectent l’épargne, pour la plus grande part sous forme de dépôts à court terme, et accordent des crédits, sous forme surtout de prêts à long terme. Le développement des marchés financiers a permis aux entreprises et aux États d’accéder à une épargne mondiale abondante et donc peu coûteuse. Ainsi, on observe une transformation du passif du bilan des entreprises françaises, où le poids du financement par émission d’actions a fortement augmenté, au détriment du financement bancaire caractéristique de l’économie d’endettement.

2) Un essor alimenté par de nouveaux acteurs et de nouveaux produits

Les marchés de produits dérivés, dont la seule fonction est de faire circuler des risques, ont permis de redistribuer ceux liés aux variations des taux d’intérêt… Leur multiplication explique une grande partie de l’augmentation des échanges sur les marchés financiers depuis les années 1990. Par ailleurs, en quelques années, les cadres de l’intermédiation financière traditionnelle ont ainsi littéralement éclaté : des assureurs, des fonds de pension, des fonds d’investissement... ont, à la place des banques, pris en charge le financement et les risques d’une grande part des prêts distribués. La capacité de ce système financier « globalisé » à prendre des risques s’en est trouvée notablement accrue.

B. Comment expliquer la globalisation financière ?

1) La désintermédiation

L’intermédiation financière est l’ensemble des dispositifs qui permettent la mise en relation des offreurs et des demandeurs de capitaux. Elle est souvent effectuée par une institution financière, qui peut résoudre la différence d’attentes entre les offreurs et les demandeurs de capitaux (en particulier, les banques assurent la transformation du risque et des échéances : les épargnants veulent un placement sûr, les agents à besoin de financement réclament au contraire une prise de risque de la part du prêteur ; les épargnants veulent un placement à court terme, tandis que les emprunteurs veulent un placement à plus long terme).

Les banques de dépôt réalisent de l’intermédiation financière. Les agents à capacité de financement (les ménages) peuvent déposer leurs fonds dans ces banques (sur des livrets d’épargne par exemple), et les banques investissent ces fonds, par exemple en les prêtant à des entrepreneurs. Ainsi, la banque reçoit une rémunération sous la forme d’intérêts de la part des acteurs à qui elle prête de l’argent, et elle reverse une partie de ces intérêts aux ménages dont elle a placé l’argent. Par exemple, si un ménage place sur un livret A le 1er janvier 2015, il recevra le 31 décembre des intérêts équivalents à 0,75% du montant placé. Dans le bilan des banques l’intermédiation se lit a priori en repérant les dépôts des clients au passif et les crédits à la clientèle à l’actif. C’est pour cette raison qu’on parle dans ce cas d’intermédiation de bilan.

Le mouvement de désintermédiation peut se lire dans le bilan des entreprises : elles ont de plus en plus recours au financement par émission de titres sur les marchés financiers, et le poids des emprunts bancaires a tendance à diminuer. Il peut également se lire à travers l’évolution du taux d’intermédiation, c’est-à-dire la part des seuls crédits octroyés par les institutions financières dans le total des financements des entreprises. Le taux d’intermédiation au sens large prend en compte, outre ces crédits, les titres émis par les entreprises et détenus par les institutions financières. En effet, les banques peuvent aussi avoir un rôle d’intermédiation de marché, en achetant les titres de propriété ou de créance émis par les agents économiques en besoin de financement. Le taux d’intermédiation au sens strict à beaucoup diminué, illustrant le processus de désintermédiation. Toutefois, les banques ont transformé leur rôle et leur place dans le système de financement, pour devenir des acteurs incontournables sur les marchés financiers.

La désintermédiation découle en grande partie du décloisonnement puisque ce dernier permet aux entreprises l’accès direct aux marchés des capitaux. En effet, avant les années 80, les entreprises n’avaient pas ou très peu accès au financement direct. Ainsi la suppression des limitations d’accès au marché monétaire à quelques entreprises en 1986 voit l’avènement d’un désendettement des entreprises au profit d’un financement par fonds propres attirés sur les marchés.

2) La déréglementation

La déréglementation consiste finalement à libéraliser le système financier, en d’autres termes à réduire l’intervention des pouvoirs publics, et laisser libre le marché réguler les capitaux. En effet, en France, c’est l’État qui encadrait le crédit, le volume des crédits pouvant être distribué chaque année étant déterminé (pour limiter l’inflation), il fixait le coût de refinancement et favorisait certaines banques (le secteur bancaire mutualiste et coopératif) en leur accordant moins d’impôts ou plus de possibilités notamment la permission de distribution de crédits à taux bonifiés (subventionné) en fonction de secteurs jugés prioritaires (par exemple le crédit agricole pour les agriculteurs, etc.). L’État contrôlait également les entrées et sorties de capitaux.

À partir des années 1980, une série de mesures vont être prises pour supprimer progressivement cet encadrement des marchés par l’État. Exemples de mesures : autorisation de nouveaux instruments financiers, privatisation des banques à partir de 1986, suppression de l’encadrement du crédit en 1987. Mais la mesure la plus emblématique est certainement le passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1989 : le cours de la monnaie se fixe désormais librement par la confrontation de l’offre et de la demande sur le marché des changes ; ainsi les capitaux peuvent librement circuler.

3) Le décloisonnement

Le décloisonnement est rendu possible grâce à la déréglementation qui permet davantage de liberté aux banques, aux investisseurs mais aussi aux entreprises qui recherchent des capitaux ; et ce, que ces agents soient nationaux ou étrangers. Avant les années 80, les activités des banques sont cloisonnées : d’un côté nous trouvons les banques de dépôt chargées de collecter l’épargne des ménages, de l’autre les banques d’investissement spécialisée dans les opérations de marché ; d’autre part, les banques ne sont pas autorisées pour la plupart à être présentes à l’étranger ; au final la mise en relation de l’épargne des uns pour financer les investissements des autres n’est donc pas des plus optimales. Les années 1980 voient ces contraintes supprimées pour permettre à l’ensemble des agents économiques d’intervenir sur l’ensemble des marchés financiers.