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Par : mj
Publié : 24 février 2016

Le marché

Les pays développés sont aujourd’hui des économies de marché. Cela signifie que ce sont les mécanismes de marché qui coordonnent et organisent l’essentiel des activités économiques. Il est donc nécessaire de comprendre en quoi consistent ces mécanismes de marché pour comprendre le fonctionnement de nos économies. Pour cela, il faut revenir à la présentation du marché par les auteurs classiques et néo-classiques, qui y voyaient, dès le XIXème siècle, la meilleure façon d’organiser les activités humaines.

Mais le marché théorique, le marché « parfait » des économistes ne décrit que partiellement la réalité des marchés concrets, qui sont donc des marchés « imparfaits » : situation de monopole, d’oligopole ou de concurrence monopolistique, les règles de la concurrence pure et parfaite ne sont que rarement rencontrées dans la réalité. L’imperfection des marchés est même bien souvent le résultat des stratégies des entreprises pour contourner les contraintes de la concurrence, et s’assurer un pouvoir de marché.

Enfin, au-delà des imperfections constatées des marchés concrets, les mécanismes du marché sont mis en défaut dans certaines circonstances. En d’autres termes, dans certains cas, le marché ne permet pas d’organiser correctement les activités économiques : l’intervention de l’Etat, garant de l’intérêt général, est alors nécessaire.

I – Le marché de concurrence pure et parfaite

Les auteurs classiques et néo-classiques ont décrits les mécanismes du marché parfait. Après être revenu sur la description du marché, il faudra voir comment il permet de coordonner efficacement les activités économiques et de répartir de manière optimale les ressources, de façon à assurer la satisfaction maximale des besoins.

A. Le marché : lieu de rencontre entre l’offre et la demande

Le marché se définit comme le lieu fictif de rencontre entre une offre et une demande, où se fixent un prix et une quantité d’équilibre. D’un point de vue théorique, il existe autant de marchés qu’il existe de biens et de services.

1) La rencontre entre l’offre et la demande

a] L’offre sur le marché

L’offre se définit comme la quantité de biens ou de services que les producteurs souhaitent vendre pour un prix donné.

Logiquement, l’offre d’un bien est une fonction croissante du prix de ce bien : plus le prix est élevé, plus nombreux sont les producteurs prêts à en vendre. Souvenez-vous du jeu du marché : pour un prix de vente de 1 ou 2, seuls les vendeurs ayant un as ou un deux pouvaient vendre l’offre était donc très limitée. Au contraire, pour un prix de 10, tous les vendeurs, y compris ceux qui avaient un 9 ou un 10 pouvaient vendre : l’offre était alors maximale. Lorsque le prix du marché se modifie, les quantités offertes varient à la hausse ou à la baisse : on se déplace le long de la courbe d’offre.

Mais la courbe d’offre peut aussi se déplacer, suite à un événement soudain (en économie, on parle de choc) : pour un même niveau de prix, les offreurs peuvent proposer une quantité plus faible ou plus élevée du bien. Il y aura alors un déplacement de la courbe d’offre vers la gauche (si les quantités proposées sont plus faibles) ou vers la droite (si les quantités proposées sont plus élevées). Par exemple, si une guerre se produit au Proche-Orient, et que les prix du baril de pétrole s’envolent, les coûts de production vont augmenter (hausse du prix de l’énergie, des coûts de transport, des matières premières...) : pour un même niveau de prix, l’offre sera plus faible, et la courbe d’offre se déplacera vers la gauche.

La mise en place d’une nouvelle taxe aura le même effet. À l’inverse, si une entreprise innove, qu’elle améliore sa productivité, cela veut dire qu’elle baisse ses coûts de production. Pour un même prix, elle pourra proposer plus de biens : l’offre augmente, et la courbe d’offre se déplace vers la droite.

De quoi dépend le niveau de l’offre pour un prix donné ? En grande partie des coûts de production de l’entreprise. L’entreprise ne peut en effet vendre à perte, et elle doit vendre à un prix au moins égal à ses coûts de production. On appelle coûts de production sont la somme des dépenses engagées par l’entreprise pour produire.

On distingue les coûts fixes et les coûts variables.

Les coûts fixes (essentiellement les coûts des machines et des bâtiments) sont constants sur une courte période. Sur long terme, ils augmentent par paliers : pour augmenter la production, l’entreprise doit réaliser des investissements, acquérir une nouvelle machine ou de nouveaux locaux, qui viennent s’ajouter aux coûts fixes de départ.
Les coûts variables sont les coûts qui varient en même temps que les quantités produites (salaires et coût des consommations intermédiaires) : plus l’entreprise produit, plus les coûts fixes sont élevés.

Pour déterminer son niveau de production, et donc son offre individuelle, l’entreprise compare le prix de vente sur le marché (qui correspond à sa recette marginale : ce qui lui rapporte la dernière unité produite) avec son coût marginal, qui correspond au coût de la dernière unité produite. Tant que le coût marginal est inférieur au prix, l’entreprise a intérêt à produire plus, puisqu’une nouvelle unité produite lui rapporte plus qu’elle ne lui coûte. À partir du moment où le coût marginal est supérieur au prix de vente, elle arrête d’augmenter sa production, puisque la dernière unité serait produite à perte.

b] La demande

La demande se définit comme la quantité de biens et de services que les consommateurs seraient prêts à acquérir à prix donné.

La demande est une fonction décroissante du prix : plus le prix proposé est élevé, plus la demande est faible. Si le kilo de pommes se vend 2 €, vous êtes disposé à en acheter davantage que s’il coûte 15 € (souvenez-vous du cours du début d’année...). En fonction du prix du marché, la demande sera donc plus ou moins élevée : on se déplace le long de la courbe de demande.

De la même manière que la courbe d’offre se déplace, la courbe de demande se déplace. Si, pour un même prix, les consommateurs sont prêts à acheter davantage de biens, la courbe de demande se déplace vers la droite.

Inversement, si pour un même prix, la demande est plus faible, alors la courbe se déplace vers la gauche.

Quels sont les « chocs » qui peuvent faire se déplacer la courbe de demande ? Un effet de mode (telle star en vue a porté telle marque de chaussures ou de vêtement, on s’arrache les produits de cette marque), une variation du revenu (plus de revenu signifie une hausse de la demande, donc un déplacement vers la droite, et inversement pour une baisse de revenu), une variation du prix des autres biens, une innovation qui rend obsolète un produit (le magnétoscope a disparu rapidement après l’invention du DVD et du lecteur DVD, le disque vinyle après l’invention du CD, et le CD après l’invention du MP3).

De quoi dépend la demande d’un bien pour un prix donné ? En premier lieu, bien sûr, le niveau de la demande dépend également du goût des consommateurs (de leur utilité) : plus vous appréciez un produit, plus votre demande pour ce produit sera forte.

La demande dépend également du niveau de revenu des ménages : plus le revenu est élevé, plus la demande d’un bien sera élevée. Pour mesurer la sensibilité de la demande par rapport au revenu, on utilise l’élasticité-revenu. Elle permet de mesurer l’ampleur de la variation de la demande en cas de variation du revenu. Elle se calcule en comparant le taux de variation de la demande d’un bien et le taux de variation du revenu :
e(d/r) = Taux de variation de la demande / Taux de variation du revenu. Une élasticité-revenu de 0.5 signifie que lorsque le revenu augmente de 10%, la demande augmente de 5%.

En général, l’élasticité-revenu de la demande est positive : plus le revenu est élevé, plus la demande d’un bien sera forte. Certains biens ont une élasticité-revenu supérieure à 1 : ce sont les biens « supérieurs ». Cela signifie que la hausse du revenu entraîne une hausse plus forte de la demande de ces biens. Il s’agit des loisirs, de la culture : plus le revenu s’élève, et plus on dépense dans ces domaines... Inversement, les biens dits « inférieurs » ont une élasticité-revenu négative : lorsque le revenu s’élève, la demande diminue, on cesse d’acheter ces biens, ou on en consomme moins. C’était particulièrement vrai pour le pain noir et les pommes de terre au XIXème siècle : un augmentation de revenu permettait d’acheter de diversifier l’alimentation, et donc de consommer moins de pommes de terre. Ou encore la margarine, que l’on remplace par du beurre si notre revenu s’élève.

La demande d’un bien dépend également du prix de ce bien. C’est l’élasticité-prix de la demande qui permet de mesurer la sensibilité de la demande d’un bien par rapport à son prix. Elle se calcule en comparant le taux de variation de la demande avec le taux de variation du prix :
e(d/p) = Taux de variation de la demande / Taux de variation du prix. Ainsi, une élasticité-prix de -0.3 signifie que lorsque le prix d’un bien augmente de 10%, la demande de ce bien diminue de 3% (ou bien, lorsque le prix du bien baisse de 10%, la demande du bien augmente de 3%)

Dans le cas le plus fréquent, l’élasticité-prix de la demande est comprise entre -1 et 0 : lorsque le prix d’un bien augmente, la demande de ce bien diminue. Lorsque l’élasticité-prix est proche de -1, on dit que la demande est très élastique : elle réagit très fortement aux variations du prix, et une faible hausse du prix engendrera une très forte diminution de la demande.

À l’inverse, lorsque l’élasticité-prix est proche de 0, on dit que la demande est inélastique : malgré des variations fortes du prix, la demande se modifie peu. C’est le cas pour les produits de première nécessité ou qui ne peuvent pas être remplacés par d’autres biens, comme l’essence, l’électricité, l’eau...

Il peut arriver que l’élasticité-prix d’un bien soit positive, c’est-à-dire que prix et demande varient dans le même sens (donc une augmentation du prix entraîne une hausse de la demande, et une baisse du prix une baisse de la demande). On distingue deux types de cas :

Le bien de Giffen (d’après Robert Giffen) qui est un type de bien de première nécessité (exemple : le pain) ; lorsque son prix augmente, cela réduit assez fortement le pouvoir d’achat des consommateurs. Ceux-ci sont donc forcés pour équilibrer leur budget, à renoncer à d’autres biens de substitution plus coûteux ( tels que la viande par exemple ) pour maintenir leur demande sur le premier produit.
Le bien de Veblen (d’après Thorstein Veblen) qui est un type de bien de luxe (ex : le parfum). Lorsqu’il n’est « pas assez cher » (c’est-à-dire que son prix ne reflète pas son positionnement haut de gamme) sa demande reste faible. Cette situation paradoxale s’explique parce que le prix bas renvoie une image de qualité perçue inférieure, et/ou ne permet plus au produit d’être un symbole de statut. Par contre, lorsque son prix augmente, sa demande augmente aussi. Cette réaction positive de la demande à la hausse des prix est dénommée « effet de démonstration », « effet Veblen », ou encore « effet de snobisme ».

Enfin, le niveau de la demande d’un bien peut dépendre du prix des autres biens. Lorsque les biens sont substituables, la hausse du prix d’un bien se traduit par une hausse de la demande d’un autre bien. Par exemple, si le prix des biscottes augmente, la demande de pains au lait augmente. Autre exemple, si le prix de la confiture augmente, la demande de miel augmente. Les consommateurs vont en effet se détourner du bien dont le prix a augmenté et préféreront acheter un autre bien qui remplit à peu près la même fonction : c’est l’effet de substitution.

Lorsque les biens sont complémentaires, la hausse du prix d’un bien entraîne la baisse de la demande d’un autre bien. Par exemple, si le prix de l’essence augmente, la demande de voiture diminue.

2) L’équilibre sur le marché

La rencontre entre l’offre et la demande sur un marché permet d’établir un équilibre, c’est-à-dire la fixation d’un prix (p*) et d’une quantité (Q*) qui égalisent l’offre et la demande. Pour les économistes libéraux, le marché est auto-régulateur, c’est-à-dire qu’il revient seul à l’équilibre en cas de perturbation.

L’économiste Léon Walras (1934-1910) a été le premier à tenté d’exprimer le mécanisme par lequel le marché parvient à l’équilibre. Il imagine qu’un agent fictif, le commissaire-priseur, reçoit les informations sur les quantités que souhaitent échanger les agents et leur renvoie des prix qui les renseignent sur la rareté de tel ou tel bien. Par un processus de tâtonnement, c’est à dire d’essais et d’erreur, il finit par trouver le prix qui assure l’égalité entre l’offre et la demande : c’est le prix d’équilibre.

C’est donc le prix qui joue un rôle central dans le fonctionnement du marché : en s’ajustant à la hausse ou à la baisse, il permet que de nouvelles offre ou demande s’établissent. Ainsi, si la demande est supérieure à l’offre, les agents qui veulent vraiment acquérir le bien accepteront d’en payer un prix plus élevé. À ce niveau de prix, une partie de la demande se retirera du marché, et, d’un autre côté, de nouveaux offreurs entreront, le marché étant devenu rentable pour eux. La demande diminue et l’offre augmente jusqu’à ce qu’elles s’égalisent. Inversement, lorsque l’offre est supérieure à la demande, les producteurs qui veulent écouler leur production baisseront leurs prix, éliminant les offreurs qui ont les coûts de production les plus élevés (qui ne peuvent vendre à perte) et attirant de nouveaux consommateurs : l’offre diminue et la demande augmente jusqu’à l’égalisation entre elles.

Dans la théorie libérale (ou théorie néo-classique), le libre fonctionnement du marché permet d’arriver à un équilibre. Mais il faut bien avoir conscience qu’il ne s’agit absolument pas d’un signe d’harmonie entre les désirs de tous les agents présents sur le marché. L’équilibre du marché est un équilibre formel : il n’a été obtenu qu’en décourageant de se porter sur le marché une partie des consommateurs et des producteurs. Il s’agit d’un résultat de compromis par lequel les intérêts les moins exigeants ont été sacrifiés à ceux des plus motivés ou des plus fortunés. Souvenez-vous encore une fois du jeu du marché : à chaque fois, certains vendeurs ne pouvaient pas participer aux échanges, parce que leurs coûts de production étaient trop élevés, et certains acheteurs ne pouvaient rien acheter du fait d’un revenu trop faible.

Le déplacement de la courbe d’offre influence le prix et la quantité d’équilibre sur le marché. Lorsque la courbe d’offre se déplace vers la droite, c’est-à-dire que les quantités offertes augmentent, cela engendre une diminution du prix d’équilibre, et une augmentation des quantités échangées.

L’inverse se produit si la courbe d’offre se déplace vers la gauche : le prix va monter, tandis que les quantités échangées seront plus faibles.

Lorsque la courbe de demande se déplace vers la droite, c’est-à-dire lorsque la demande augmente sur le marché, le prix d’équilibre sera plus élevé, et les quantités échangées seront plus importantes.

Inversement, un déplacement vers la gauche de la courbe de demande aura pour conséquence de diminuer le prix d’équilibre et les quantités échangées.

B. Répartition des gains et des ressources sur un marché concurrentiel

Dans la théorie économique libérale, les mécanismes de marché sont efficaces, c’est-à-dire qu’ils permettent d’aboutir à une situation où les consommateurs comme les producteurs maximisent leur utilité, et où les facteurs de production sont employés de la façon la plus efficace possible. Pour comprendre cela, il faut d’abord revenir sur le le modèle théorique que les économistes libéraux ont construit pour analyser le fonctionnement du marché : le marché de concurrence pure et parfaite.

1) Les hypothèses de la concurrence pure et parfaite (CPP) pour définir le marché concurrentiel

La notion de concurrence renvoie au sens courant à une compétition entre plusieurs acheteurs ou plusieurs vendeurs d’un même produit. Mais la concurrence pure et parfaite est un idéal théorique qui repose sur 5 hypothèses.

L’atomicité désigne le fait qu’on trouve sur le marché un très grand nombre d’offreurs face à très grand nombre de demandeurs. De ce fait aucun offreur ni aucun demandeur n’a suffisamment d’importance, de poids, pour pouvoir influencer les mécanismes de marché et agir sur le prix d’équilibre ou les quantités d’équilibre. On dit dans ce cas que les agents économiques sont des price takers : ils doivent accepter le prix du marché (ou se retirer du marché s’ils ne peuvent s’aligner).

L’homogénéité renvoie au fait que les produits sont homogènes, de qualité identique et parfaitement substituables : la seule chose qui oriente le choix du consommateur est alors son prix.

La transparence est aussi désignée par le terme d’information parfaite. Cette hypothèse suppose que tous les agents présents sur le marché détiennent les mêmes informations, concernant les quantités échangées, les prix proposés par tous les autres agents.

Deux autres hypothèses complètent ces trois hypothèses de la concurrence pure.

La libre entrée sur le marché suppose que n’importe quel producteur peut à tout moment venir se porter sur le marché pour proposer sa production, de même que n’importe quel demandeur peut entrer sur le marché. Aucun obstacle n’existe qui pourrait l’en empêcher. Réciproquement, tout producteur peut, à tout moment, cesser sa production et sortir du marché.

Enfin, la libre circulation des facteurs de production signifie qu’à tout moment un producteur peut décider, sans subir de pertes, de changer de production, et se reconvertir dans un autre secteur, pour aller notamment sur les marchés où la demande est supérieure à l’offre.

Lorsqu’un marché respecte ces cinq conditions, on parle de marché pur et parfait, ou de concurrence pure et parfaite. À partir de ce modèle théorique, les économistes libéraux vont montrer que les mécanismes de marché permettent de répartir les ressources de façon optimale.

2) La répartition des gains entre acheteurs et vendeurs

Le surplus du consommateur correspond à la différence entre le prix que le consommateur aurait été prêt à payer pour acquérir un bien (qui correspond à sa disponibilité à payer) et le prix payé pour ce bien.

Surplus du consommateur = Valeur accordée au bien par le consommateur - prix effectivement payé pour ce bien.

Le surplus du consommateur mesure alors le bien-être retiré par les consommateurs de leur participation au marché, selon les théoriciens de l’économie du bien-être.

Le surplus du producteur quant à lui correspond à la différence entre le prix de vente d’un bien et le coût de production de ce bien.

Surplus du producteur = Prix de vente - coût de production.

Le surplus du producteur mesure le bénéfice retiré par les producteurs de leur participation à l’échange sur le marché.

Si le marché de concurrence pure et parfaite fonctionne librement, alors les mécanismes de marché conduisent à un prix d’équilibre qui maximise le surplus global (le surplus de la collectivité), c’est-à-dire un prix pour lequel la somme des surplus du consommateur et du producteur est la plus grande possible. On parle alors de situation optimale. En revanche, rien n’assure que le marché aboutisse à une situation où le surplus global est équitablement réparti entre producteurs et consommateurs : le partage du surplus dépend des caractéristiques de la demande et de l’offre, des préférences de la société (qui déterminent la pente des courbes d’offre et de demande).

3) La distribution des ressources sur le marché selon la théorie libérale

En 1776, Adam Smith, un philosophe britannique, s’interroge sur la façon dont les activités humaines se coordonnent dans une société de façon harmonieuse. Pour lui, ce sont les mécanismes de marché qui expliquent cette harmonie : chacun cherche à maximiser sont intérêt personnel, et ce faisant, contribue à la réalisation de l’intérêt général. Pour Smith, tout se passe comme si "une main invisible" guidait les individus et leurs penchants égoïstes vers la réalisation de l’intérêt général : "Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger qu’il faut espérer notre dîner, mais du souci de leur propre intérêt".

En poursuivant leur intérêt particulier, les firmes choisiront les méthodes de production les plus efficaces afin de maximiser leur profit. Les prix de vente sont réduits sous l’effet de la concurrence sur les marchés. Les agents investiront dans les industries qui ne parviennent pas à satisfaire la demande et qui fournissent donc les retours sur investissement les plus élevés. Dans les secteurs en surproduction, les agents se retireront sous l’effet de profits nuls ou négatifs.

En fin de compte, le marché permet de coordonner une multitude d’activités économiques différentes, et de satisfaire les besoins de la population.

À l’inverse, pour les économistes libéraux, toute entrave au libre fonctionnement du marché conduit à une situation sous-optimale : la coordination des activités n’est plus efficace, et cela a pour effet de diminuer le surplus global de la collectivité.

Ainsi, dans le cas du marché du logement, une intervention des pouvoirs publics visant à plafonner le montant des loyers (afin d’éviter l’envolée des prix, qui excluent une part croissante de la population) conduit à une situation de rationnement de la demande. En effet, si les propriétaires ne peuvent louer à un prix supérieur au plafond, l’offre de logement va diminuer, puisque certains propriétaires ne jugeront pas suffisant le prix plafond. Il y aura donc une baisse des logements proposés à la location (une baisse de l’offre). La demande de logement ne pourra donc pas être entièrement satisfaite, et on observera une situation de rationnement de la demande. Enfin, le surplus de la collectivité enregistrera une perte sèche : une partie du surplus des producteurs est transférée aux consommateurs, mais le surplus des consommateurs est amputé par le fait que certains ne trouvent pas de logement à louer. Le surplus du producteur est également diminué par la baisse du nombre d’offreurs sur le marché.

Pour les économistes libéraux, les mécanismes de marché ne doivent pas être entravés par l’État, pour ne pas fausser les mécanismes de la concurrence qui conduisent sur le plan théorique à un équilibre optimal, c’est-à-dire une situation qui maximise le surplus de la collectivité.

II – Du marché théorique à la réalité des marchés : les marchés imparfaits

Le modèle théorique construit par les économistes libéraux, le marché de concurrence pure et parfaite, correspond assez rarement à des situations concrètes. Les marchés "concrets" ont au contraire tendance à s’éloigner plus ou moins fortement de ce modèle théorique : on parle alors de marchés imparfaits. Une ou plusieurs hypothèses de la concurrence pure et parfaite peuvent ne pas être respectées.

A. Des situations de marché variées

Les principaux marchés imparfaits que l’on peut observer sont les situations de monopole, d’oligopole et la situation de concurrence monopolistique.

1) Le monopole

Le monopole est une situation de marché où un seul offreur est confronté à une multitude d’acheteurs. C’est donc l’hypothèse d’atomicité qui n’est pas respectée.

On distingue trois types de monopole :

- le monopole naturel, lié à la taille du marché ou à des contraintes techniques : dans certains secteurs, le coût fixe de la production n’est pas couvert par un prix maintenu au plus bas par la concurrence. D’où la nécessité pour les entreprises de réaliser des économies d’échelle en développant leur taille jusqu’à occuper une place essentielle sur le marché, voire la totalité du marché. C’est en particulier le cas dans les secteurs qui nécessitent un réseau important, comme la production et la distribution d’électricité ou le transport ferroviaire. Les infrastructures sont extrêmement coûteuses. De ce fait, plus l’entreprise augmente son échelle de production, plus le coût unitaire est faible. Une seule entreprise sur le marché peut alors produire à un coût plus faible que si plusieurs entreprises étaient présentes. En d’autres termes, les mécanismes du marché (la concurrence qui élimine les producteurs les moins efficaces) conduisent "naturellement" à la disparition de tous les producteurs, sauf un.

- le monopole légal, lié à l’existence d’obstacles réglementaires ou législatifs : beaucoup de monopoles naturels ont été transformés en monopoles légaux afin d’éviter les dérives inhérentes à la situation de monopole. Ainsi, pendant longtemps, la distribution du courrier, le transport ferroviaire et la production et la distribution d’électricité ont-ils été des monopoles légaux (respectivement confiés à La Poste, la SNCF et EDF).

- le monopole d’innovation, lié à la création d’un nouveau produit. Une entreprise qui met un nouveau bien ou un nouveau service sur le marché est en effet la seule à le produire. Le monopole d’innovation est d’autant plus long dans le temps que l’innovation est protégée par un brevet (droit de propriété d’une invention assurant une protection contre l’imitation et réservant l’exclusivité de l’exploitation industrielle). Le brevet permet à l’innovateur de ne pas avoir de concurrence à supporter afin de pouvoir amortir toutes les dépenses réalisées avant de parvenir à cette innovation (coût de recherche et développement). Le brevet est donc une sorte de monopole légal temporaire. Il est indispensable pour qu’il puisse y avoir innovation (si l’entreprise innovatrice sait qu’elle va être copiée rapidement, elle n’a aucun intérêt à faire de l’innovation), et permet aussi de préserver l’intérêt général à long terme, puisqu’au bout d’un moment, la concurrence intervient pour faire baisser les prix et permettre une diffusion plus large du produit.

Le monopole peut aussi résulter des mécanismes même de la concurrence, lorsque les entreprises adoptent des comportements de prédation, et cherchent à éliminer ou à acheter tous leurs concurrents (comme a pu le faire l’entreprise Microsoft).

En cas de monopole, les mécanismes de marché ne jouent pas. L’entreprise en situation de monopole peut fixer librement son prix, puisqu’aucune autre entreprise ne peut venir proposer un prix plus bas. On dit que l’entreprise est price maker. L’entreprise monopoleuse fixe donc un prix supérieur à son coût marginal et bénéficie de ce fait d’une rente de monopole, un surprofit lié à son pouvoir de marché.

2) L’oligopole

L’oligopole est la situation de marché la plus fréquente : marché automobile, aéronautique, grande distribution, agro-alimentaire... Une grande partie des biens que nous consommons sont produits par un petit nombre de grandes firmes mondiales.

La situation d’oligopole découle soit des mécanismes même du marché (comme pour le monopole naturel, on parle alors d’oligopole naturel), soit des stratégies de croissance et de concentration des entreprises présentes sur le marché. La concentration désigne le processus de diminution du nombre de producteurs présents sur un marché, et d’augmentation de la taille de chacun de ces producteurs. Elle passe par exemple par la fusion de deux entreprises concurrentes qui décident de n’en former plus qu’une (on parle alors de fusion-acquisition), comme ont pou le faire les entreprises pharmaceutiques Sanofi et Aventis en 2004, ou encore Arcelor et Mittal en 2006.

En situation d’oligopole, les entreprises présentes sur le marché disposent d’un pouvoir de marché, c’est-à- dire d’une capacité à influencer le prix et les quantités d’équilibre, puisque leur poids sur le marché n’est pas négligeable. Cela peut se faire directement, en modifiant le prix de vente de leurs produits, soit indirectement, en influençant les stratégies des autres entreprises présentes sur le marché.

Une situation d’oligopole ne signifie pas nécessairement que la concurrence est plus faible que sur un marché de CPP. On trouve fréquemment ce que l’on appelle des oligopoles de combat, où les entreprises se livrent une compétition féroce pour capter une part croissante du marché. C’est le cas par exemple sur le marché aéronautique, entre Boeing et Airbus, ou encore sur le marché des micro-processeurs, entre Intel et AMD.

Cependant, en situation d’oligopole, les entreprises peuvent également s’entendre entre elles pour pratiquer des prix élevés, ou pour rationner volontairement les quantités offertes (afin de faire grimper les prix). Ainsi, dans le domaine de la téléphonie mobile, les opérateurs français ont été condamnés pour s’être entendus sur le prix des SMS, qu’ils facturaient beaucoup plus cher que ce qu’ils ne leur coûtent réellement. D’autres secteurs ont été concernés par des condamnations similaires (dans la grande distribution par exemple). On connaît également des exemples de cartels (c’est-à-dire d’entente entre producteurs) dans le domaine de la production de pétrole.

3) La concurrence monopolistique

La concurrence monopolistique a été décrite et théorisée pour la première fois par l’économiste britannique Chamberlin. Le terme désigne les situations de marché dans lesquelles les produits proposés ne sont pas homogènes. Cette situation de marché découle des stratégies de différenciation des produits que mènent les entreprises. Proposer un produit légèrement différent de ses concurrents (par l’image de marque, par les services associés au produit, par l’emballage...) permet en effet aux producteurs de s’affranchir partiellement des contraintes de la concurrence, qui les obligerait à maintenir leur prix au plus bas.

Lorsque le produit est différencié, il n’est pas parfaitement substituable, et le producteur dispose d’une marge de manœuvre pour augmenter son prix au-dessus du prix de concurrence pure et parfaite. Mais comme le produit reste malgré tout substituable, cette marge de manœuvre reste assez limitée : si le prix est trop élevé, les consommateurs se tourneront vers des produits similaires.

On le voit, la réalité des marchés est souvent assez éloignée du fonctionnement théorique du marché de concurrence pure et parfaite. Cela conduit souvent à amoindrir la pression de la concurrence sur les producteurs, qui sont alors moins incités à produire efficacement, en proposant des prix bas et des produits de bonne qualité. En d’autres termes, l’assouplissement des contraintes de la concurrence peut se faire au détriment des consommateurs et de l’intérêt général. C’est la raison pour laquelle les pouvoirs publics interviennent dans le fonctionnement des marchés.

B. Quel rôle pour les pouvoirs publics dans les mécanismes de marché ?

Lorsqu’on s’intéresse aux relations qui existent entre marché et pouvoirs publics, il faut d’abord revenir sur le fait que le marché est une institution, qui est le fruit d’une histoire et qui a supposé l’intervention des pouvoirs publics : sans l’État, le marché n’existerait pas. Par ailleurs, nous avons vu que le fonctionnement des marchés imparfaits pouvait être contraire à l’intérêt des consommateurs, et plus globalement, à l’intérêt général : les pouvoirs publics interviennent donc pour les défendre.

1) Les pouvoirs publics sont indispensables à l’existence du marché

L’existence même de cette institution qu’est le marché dépend d’autres institutions, à commencer par des règles juridiques, dont le droit de propriété demeure sans doute la pierre angulaire. L’échange marchand n’est en effet possible que si les biens ou services qui en font l’objet ont des propriétaires bien établis, lesquels peuvent alors en disposer à leur convenance et en transférer la propriété lors d’une transaction sur les marchés. Un régime de droit protégeant la propriété du risque de spoliation favorise donc la production et l’échange marchand. Cette propriété peut être intellectuelle, dans la mesure où l’on estime que les créations de l’esprit (inventions, œuvres, images, marques, etc.) peuvent être appropriables. Elle nécessite alors une protection dont les modalités diffèrent selon qu’il s’agit d’une propriété industrielle (brevets, marques déposées, etc.) ou littéraire et artistique (droits d’auteur), mais qui poursuit le même objectif : protéger les inventeurs ou créateurs de la contrefaçon ou du piratage.

La monnaie est une autre institution essentielle au bon fonctionnement du marché. Même si le troc représente une modalité du marché, la monnaie facilite l’échange.

2) Les pouvoirs publics sont indispensables au fonctionnement du marché

Par ailleurs, les pouvoirs publics ont un difficile équilibre à trouver entre concentration et concurrence. En effet, si la concentration réduit la concurrence en conférant à l’entreprise un pouvoir de marché qui s’avère en général défavorable aux consommateurs, elle est aussi source d’efficacité économique dans la mesure où elle ouvre des possibilités d’économies d’échelle et d’innovation.

Les autorités de régulation de la concurrence se voient ainsi confier la tâche de prévenir les pratiques anti-concurrentielles en empêchant certaines fusions d’entreprises, mais aussi de sanctionner les ententes et abus avérés de position dominante en raison de leur impact négatif sur le consommateur. Pour autant, toutes les ententes et opérations de concentration ne sont pas considérées comme illégales : la Commission européenne peut ainsi, lorsqu’elle considère qu’ils ont plus d’effets positifs que négatifs sur les consommateurs, autoriser certains accords ou opérations de concentration, au moins à titre provisoire.

L’affaire Microsoft apparaît comme une bonne illustration de la tâche délicate des autorités de régulation de la concurrence. En 2004, la Commission européenne a estimé que le refus opposé par Microsoft à ses concurrents de fournir les informations relatives à son système d’exploitation pour PC Windows est de nature à éliminer toute concurrence sur le marché des systèmes d’exploitation pour serveurs pour groupes de travail et qu’il a un effet négatif sur le développement technique, ainsi que sur le bien-être du consommateur. Par ailleurs, le fait d’avoir subordonné la fourniture du système d’exploitation pour PC Windows à l’acquisition simultanée du logiciel lecteur multimédia Windows Media Player restreint la concurrence sur le marché des lecteurs multimédia. La Commission a donc prononcé une amende de plus de 497 millions d’euro à l’encontre de Microsoft (l’amende a été plus tard réduite à 39 millions d’euros) et a demandé à Microsoft de fournir à ses concurrents des informations techniques détaillées, leur permettant de concevoir des logiciels compatibles avec Windows.

III – Les défaillances du marché

Nous avons vu que les règles de la concurrence pure et parfaite ne sont pas toujours respectée, notamment la règle d’atomicité (existence de monopole et d’oligopole), la règle d’homogénéité (cas de la concurrence monopolistique) ainsi que la libre entrée (dans le cas des monopoles ou des oligopoles). Dans ces cas là, les mécanismes de la concurrence fonctionnent mal. Il existe d’autres cas pour lesquels les mécanismes de marché, même concurrentiels, ne permettent pas d’atteindre une situation optimale : lorsque l’information n’est pas symétrique entre offreurs et demandeurs, lorsque l’activité génère des externalités, et lorsque le bien présente de caractéristiques particulières.

A. En cas d’asymétries d’information, le marché fonctionne mal

Parmi les imperfections du marché figurent les situations d’asymétries d’information, qui peuvent profondément perturber son fonctionnement. L’information est dite asymétrique lorsque l’une des parties dispose d’informations importantes dont l’autre partie est dépourvue, qu’il s’agisse d’informations sur elle-même ou d’informations relatives au produit échangé. L’exemple devenu célèbre de l’achat et de la vente de voitures d’occasion, « the Market for Lemons », développé en 1970 par George Akerlof. Le fait que les vendeurs de « lemons » (ce terme désigne des voitures qui ne valent rien, et est souvent traduit par « vieux clous » ou « camelotes ») en sachent beaucoup plus sur l’état de leurs véhicules que les acheteurs peut conduire ces derniers à anticiper des défauts cachés et à offrir des prix faibles, avec pour conséquence fâcheuse un retrait du marché des vendeurs de voitures de bonne qualité, voire un effondrement des échanges. Puisque le risque existe d’acheter sans le savoir une voiture de mauvaise qualité (un "lemon"), l’acheteur va proposer un prix d’achat plus faible que ce qu’il serait prêt à payer pour acheter une voiture de bonne qualité. Mais au prix qu’il propose, les vendeurs de voiture d’occasion de bonne qualité ne souhaitent pas vendre, et seuls les vendeurs de voitures de qualité moyenne ou mauvaise sont prêts à vendre. Donc, du fait de l’asymétrie d’information entre vendeurs et acheteurs, les bonnes voitures sont "chassées" du marché par les voitures de mauvaise qualité.

La plupart des marchés sont caractérisés par une asymétrie d’information, comme celui de l’assurance automobile où l’assuré en sait davantage sur ses qualités de conducteur que l’assureur, ou encore celui du crédit où les emprunteurs sont mieux informés de leur situation financière et des projets qu’ils cherchent à financer que les prêteurs.

Pour réduire l’incertitude résultant de ces asymétries d’information, différents dispositifs ont été développés de façon à diffuser l’information faisant défaut. C’est par exemple le cas de la certification, mise en œuvre par les agents économiques eux-mêmes (guides, concours agricoles attribuant des médailles…) ou sous la contrainte des pouvoirs publics (affichage de la composition des produits alimentaires, traçabilité de la viande bovine, bilan énergétique des biens immobiliers, etc.). Les nombreux sites « comparateurs de prix » sur internet permettent également aux consommateurs de disposer d’une information plus complète en matière de prix et de pouvoir, le cas échéant, faire jouer la concurrence. Les associations de consommateurs ou d’usagers jouent aussi un rôle moteur dans ce domaine en diffusant des publications et en attirant l’attention des pouvoirs publics sur telle ou telle question.

B. Externalités et biens collectifs mettent en échec les mécanismes de marché

1) La présence d’externalités conduit à un équilibre sous-optimal

L’existence des externalités, ou effets externes, a été mise en évidence par A. Pigou (début du XXème siècle).

Un effet externe ou externalités se définit comme une répercussion de l’activité d’un agent économique sur d’autres agents économiques qui ne donnent pas lieu à une compensation monétaire, c’est à dire non prise en compte par le marché.

Une externalité peut être positive ou négative :
- Positive : pollinisation du verger d’un cultivateur par les abeilles de l’apiculteur. Implantation d’une nouvelle entreprise qui bénéficie à l’ensemble des commerçants de la zone.
- Négative : c’est le cas le plus courant : pollution, épuisement des ressources naturelles, …

Comme ces répercussions ne sont pas prises en compte dans par le marché (dans le calcul des coûts des producteurs notamment), elle éloignent le marché de l’optimum.

Dans le cas des externalités positives, le mécanisme de marché conduira à ne pas produire suffisamment de biens, puisque l’ensemble des effets positifs ne sont pas intégrés dans le calcul du producteur (puisqu’il n’est pas rémunéré pour ces répercussions positives). A l’inverse, dans le cas d’externalités négatives, les mécanismes de marché conduiront à une production excessive au regard de l’intérêt général : comme le coût de l’externalité n’est pas intégré dans le calcul du producteur, celui-ci choisit un niveau de production trop élevé.

L’État doit donc intervenir pour permettre d’atteindre l’optimum. Dans le cas des effets externes positifs, il peut subventionner l’activité ou bien la prendre en charge lui-même. Dans le cas des effets externes négatifs, il doit « internaliser » ces coûts grâce à l’impôt. C’est par exemple le cas avec les taxes sur les activités polluantes, ou bien le système de "bonus/malus" écologique sur l’achat d’une voiture.

2) Les biens publics sont sur-exploités

Les biens publics, ou biens collectifs se caractérisent par deux éléments qui empêchent le prix de jouer son rôle d’information et de régulation de l’activité économique : la non rivalité et la non exclusion. Il est difficile d’identifier quels sont les consommateurs, et d’en limiter la consommation à ceux qui paient. Il est donc impossible à une entreprise privée de financer ce genre de biens collectifs, puisqu’elle ne peut pas faire payer les utilisateurs. C’est donc à l’État qu’il revient de produire les biens collectifs, et d’imposer leur financement à tout le monde par le biais de l’impôt.

Les biens dont la propriété est commune ont tendance à être surexploités, puisque personne ne peut exclure les consommateurs. C’est le cas en particulier des ressources de pêches, qui sont systématiquement surexploitées, ce qui conduit à la disparition des ressources en poisson. La situation est la même en matière de forêts dans les pays en voie de désertification : les habitants utilisent le bois dont ils ont besoin et participent à la mort des forêts. Des programmes ont été récemment développés pour limiter ces effets, en réintroduisant un droit de propriété sur ces forêts.