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Par : mj
Publié : 25 juillet 2015

Chapitre 1 - Comment la dynamique démographique influe-t-elle sur la croissance économique ?

Introduction

La démographie est la science qui étudie les populations humaines, leur état, leur mouvement ainsi que les facteurs (biologiques, socioculturels, etc.) agissant sur ces caractéristiques. Elle étudie donc la population d’un point de vue quantitatif (combien ? ) et qualitatif (quelle répartition par âge, par sexe ?), à travers le temps.

Voir en complément l’article du Larousse consacré à la démographie.

Les interrogations concernant les conséquences des évolutions démographiques en termes économiques sont anciennes et nombreuses. À la fin du XVIIIème siècle, Thomas Malthus, un économique britannique de l’école classique, publie un petit ouvrage intitulé Essai sur le principe de population en tant qu’il influence sur le progrès futur de la société (1798). Dans ce pamphlet, il affirme que la population tend à croître plus rapidement que les ressources disponibles pour satisfaire ses besoins. Il est donc nécessaire selon lui de limiter l’accroissement de la population (en diminuant le nombre d’enfants par famille), et de ne pas aider financièrement les populations les les ménages les plus pauvres dans la mesure où cette aide les inciterait à multiplier les naissances. Cette question du contrôle de l’augmentation de la population est toujours ouverte aujourd’hui : la planète pourra-t-elle nourrir tous les hommes demain ? Les pays pauvres ne sont-ils pas entravés dans leur processus de développement par une augmentation démographique trop importante ? D’autres interrogations sont apparues plus récemment : c’est en particulier la question du vieillissement de la population qui pose aujourd’hui aux pays développés. Quelles conséquences peut-on attendre du vieillissement sur l’activité économique ? Sur le fonctionnement des systèmes de protection sociale et leur financement ? Nous commencerons à nous interroger sur le phénomène de vieillissement de la population et à ses conséquences en termes de de croissance (chapitre 1) puis nous nous pencherons sur la question du financement du système de protection sociale et son avenir (chapitre 2).

I – Les évolutions démographiques contemporaines : un vieillissement des populations quasi généralisé

Définitions des notions de base en démographie :

Natalité  : (ou taux de natalité) le nombre proportionnel de naissances qui ont lieu au sein d’une population pendant un temps donné. En d’autres termes, c’est le rapport entre le nombre annuel de naissances et la population totale exprimée en pour mille.

Mortalité  : (ou taux de mortalité) le nombre de décès rapporté à la population totale sur une période donnée, exprimée en pour mille.

Mouvement naturel : évolution de la population résultant du solde naturel, c’est-à-dire de l’écart entre les naissances et les décès au cours d’une période.

Mouvement migratoire : évolution de la population résultant des flux migratoires (immigration et émigration). Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties, au cours d’une période donnée.

Fécondité  : nombre moyen d’enfants que les femmes mettent au monde durant leur vie. On calcule plusieurs taux de fécondité : taux brut de fécondité (= naissances totales / population de femmes en âge de procréer), les taux de fécondité par âge (= pour différentes tranches d’âge).
Voir en complément l’animation « mesurer la fécondité » sur le site de l’Ined.

Espérance de vie à la naissance : nombre d’années qu’un groupe de personnes peut s’attendre à vivre, en moyenne (compte tenu des taux de mortalité par âge constatés).

A. La transition démographique transforme la structure démographique des pays

Commençons par regarder la vidéo « la population mondiale » (en intégralité ici ou en 5 épisodes

Document 1 p. 8 questions 1, 2 et 3
Document 2 p. 9 questions 2 et 3

1) L’évolution de la population mondiale sur le long terme

Pendant des siècles, la population mondiale a très peu augmenté. Il faut attendre le XIXème siècle pour que Terre compte plus d’un milliard d’habitants. À partir de cette date, l’augmentation de la population mondiale devient très rapide.

Évolution de la population mondiale

On constate en observant les chiffres des Nations-Unis que les prévisions démographiques sont fragiles (les écarts entre les différents scénarios sont très importants). L’évolution de la population mondiale dépend en effet de multiples facteurs : l’évolution de la fécondité, de la mortalité (notamment celle liée au SIDA en Afrique), de l’espérance de vie, etc.

Le phénomène démographique majeur dont on est à peu près certain est le vieillissement de la population mondiale, dans quasiment tous les pays. Ce vieillissement est la conséquence de ce que l’on appelle la transition démographique.

2) La transition démographique

La transition démographique est le passage d’une natalité et d’une mortalité élevées à une natalité et une mortalité faibles.

La transition démographique

Le régime démographique « naturel » se caractérise par un accroissement naturel est relativement faible. Il naît beaucoup d’enfants, mais beaucoup meurent en bas âge, et l’espérance de vie à la naissance est très faible (aux alentours de 30 ans).

Au cours de la première phase de la transition démographique, on assiste à la baisse de la mortalité. Ainsi, en Europe, on assiste au cours du XVIIIème siècle à une révolution agraire qui permet de produire beaucoup plus et de nourrir la population, faisant reculer la mortalité liée aux famines et aux disettes. Par ailleurs, les progrès de l’hygiène et de la médecine contribuent à faire fortement diminuer la mortalité.

La baisse de la natalité s’effectue avec un temps de retard par rapport à la baisse de la mortalité (il faut le temps que les mentalités et les comportements évoluent), ce qui se traduit par un très fort accroissement naturel lors de la phase de transition proprement dite. La mortalité se stabilise à un niveau bas, et l’accroissement naturel ralentit à mesure que la natalité diminue et se rapproche du taux de mortalité.

La transition démographique est achevée lorsque le taux de natalité et de mortalité s’équilibrent à nouveau à niveau bas. L’accroissement naturel est à nouveau faible.

Aujourd’hui tous les pays ont au moins commencé la première phase de baisse préalable de la mortalité. L’espérance de vie à la naissance va ainsi d’environ 40 ans en Afrique dans certains pays moins avancés et fortement touchés par le Sida à 80 ans et plus au Japon contre 25 ans dans les sociétés pré-transitionnelles. Quasiment tous les pays ont aussi commencé la deuxième phase de baisse de la fécondité : l’indicateur conjoncturel de fécondité est en 2010 (d’après des estimations de 2009) de 2,5 pour la population mondiale, inférieur à 3 pour plus de 75 % des pays et inférieur à 6 pour plus de 96 % des pays, une dizaine de pays dépassant ce seuil : l’Afghanistan, le Yémen ainsi que la majorité des pays du Sahel et de l’Afrique centrale.

3) Le vieillissement de la population

On parle de vieillissement des populations ou de vieillissement démographique lorsque la proportion des personnes âgées augmente dans une population donnée et, en contrepartie, celle des jeunes diminue.

Ce phénomène de vieillissement est lié à la diminution de la fécondité et à l’allongement de la durée de vie. Le régime démographique « naturel » s’accompagne d’une population très jeune, avec plus de 4 personnes sur 10 ayant moins de 20, et moins de 10 % de personnes de plus de 60 ans. À l’inverse, le régime démographique post-transition s’accompagne d’une structure par âge moins jeune (¼ de la population de moins de 20 ans, et ¼ de plus de 60 ans).

On constate dans le monde que la fécondité diminue, sur tous les continents (Document 2 p. 9) et se rapproche de 2 enfants par femme. L’espérance de vie, elle, progresse et dépasse 75 ans sauf sur le continent africain. Enfin, l’âge médian augmente lui aussi. Par exemple, en Europe, 50 % de la population aura plus de 46 ans en 2050 d’après les données des Nations-Unies, alors qu’en 1950, 50 % de la population européenne avait moins de 30 ans.

Le vieillissement se fait donc à la fois « par le bas », c’est-à-dire par la baisse de la fécondité qui diminue le nombre de naissances chaque année et la part des jeunes dans la population totale, et « par le haut », c’est-à-dire par l’allongement de l’espérance de vie et l’augmentation de la proportion de personnes âgées.

Le vieillissement démographique modifie les équilibres entre les classes d’âge. En particulier, le ratio de dépendance (c’est-à-dire le nombre de personnes de moins de 20 ans et de plus de 64 ans comparé au nombre de 20-64 ans) augmente fortement, et pourrait par exemple atteindre 118 % en France. En d’autres termes, il y aura 118 personnes « dépendantes » pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans.

B. La France fait figure d’exception par rapport aux autres pays développés

Documents pp. 10-11

Voir en l’animation de l’INSEE sur les évolutions démographiques en France.

Les pays européens n’échappent aux constatations faites à l’échelle mondiale : ils connaissent un faible accroissement de leur population et sont marqués par un vieillissement marqué. [NB : À l’échelle d’un pays, pour savoir comment évolue la population, il faut tenir compte, en plus de l’accroissement naturel, du mouvement migratoire, qui peut faire augmenter la population (lorsque le solde migratoire est positif) ou au contraire la faire diminuer (lorsqu’il y a une émigration plus forte que l’immigration).] Beaucoup de pays européens ont accroissement naturel très faible, voire négatif, et doivent l’augmentation de leur population à l’arrivée de personnes en provenance de l’étranger. C’est le cas de l’Allemagne, de l’Italie, le Royaume-Uni ou l’Espagne. En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la population européenne (au sens large, en incluant la Russie d’Europe, l’Ukraine…) a achevé sa transition démographique. Le taux d’accroissement de la population, proche alors de 1% par an, augmente légèrement jusqu’à la fin des années soixante, sous l’effet du Baby-boom, tandis que le solde migratoire global reste négatif. Le taux d’accroissement diminue ensuite régulièrement, en raison d’une baisse de l’accroissement naturel que ne compensent ni l’augmentation régulière de l’espérance de vie ni une légère augmentation du solde migratoire. Il devient nul au milieu des années 1990 et négatif entre 1997 et 2001. À partir des années 1990, la situation devient très particulière puisque l’accroissement naturel est négatif et que c’est une augmentation du solde migratoire qui vient empêcher la population de diminuer fortement.

Solde migratoire et solde naturel de 15 pays européens

La situation démographique est géographiquement très contrastée : l’Europe de l’Ouest et du Nord continue de voir sa population progresser tandis que l’Europe centrale et de l’Est connaît plutôt une tendance à la stagnation (Allemagne, Italie, Russie, Pologne), voire à la baisse de la population (pays baltes, Roumanie, Hongrie…). Cette situation s’explique largement par une baisse de la fécondité mais les phénomènes migratoires viennent accentuer l’évolution pour certains pays (Europe de l’Est avec des soldes migratoires négatifs) ou compenser partiellement le mouvement naturel.

La France occupe une position particulière en Europe en matière démographique. Au sein de l’Union européenne, la démographie de la France se distingue, tout d’abord, par son indicateur conjoncturel de fécondité relativement élevé. Le Baby-Boom a été particulièrement marqué en France. Dans les années 1970, la fécondité française était très proche de celle des autres pays européens. À partir des années 1980, la fécondité se stabilise en France et même remonte dans la deuxième moitié des années 1990, alors qu’elle continue de chuter en Allemagne, en Italie et s’effondre en Espagne. La France se trouve donc aujourd’hui, au sein de l’Union européenne, avec le second taux de fécondité derrière l’Irlande. Ce niveau de fécondité assure à la France un excédent naturel important, qui la singularise au sein de l’Union européenne. Ainsi, en 2009, le taux d’accroissement naturel était de 4,3 pour mille. En France, les trois quarts environ de l’augmentation de la population sont réalisés par le solde naturel, un quart de cette augmentation seulement est le fruit du solde migratoire, même si l’immigration est un phénomène ancien dans le pays. Au niveau de l’Union européenne dans son ensemble, on constate le phénomène inverse : la croissance de la population est davantage tirée par le solde migratoire que par le solde naturel.

Pour aller plus loin, consulter deux publications de l’INSEE ici et

Pour prendre un exemple hors de nos frontières, le cas allemand.

II – L’impact du vieillissement des populations en matière économique

A. Moins d’actifs plus âgés : la dynamique démographique et l’offre de travail

Les évolutions démographiques transforment à la fois le nombre et la structure par âge des actifs, ce qui affecte l’offre de travail dans un pays. Rappel : la population active désigne l’ensemble des personnes en âge de travailler qui exercent ou cherchent à exercer une activité professionnelle

Document 1 p. 12 Questions 1 à 4

La population active a augmenté de 11,7 % de 1995 à 2010 en France métropolitaine. D’après les projections de l’INSEE, le nombre d’actifs continuera d’augmenter jusqu’en 2025 puis se stabilisera jusqu’en 2035 pour, de nouveau, augmenter jusqu’en 2060, soit une hausse prévue d’environ 10 % entre 2010 et 2060.

Par ailleurs, la population active connaît un vieillissement. La part des plus de 55 ans dans la population active a augmenté de 1995 à 2010 et ce phénomène se prolongerait : de 2010 à 2030, cette part devrait gagner plus de 6 points, soit une multiplication par 1,5.

La population active varie sous l’effet de la fécondité et de la dynamique migratoire. Une fécondité élevée et un solde migratoire positif augmentent la population active. Les facteurs démographiques agissent également sur la structure de la population active. Le vieillissement de la population accroît la part des actifs âgés. L’effet d’une hausse (ou baisse) du solde migratoire est immédiat sur la population active alors que celui d’une hausse (ou baisse) de la fécondité n’apparaît qu’à moyen terme (temps qui précède l’entrée en activité, environ 21 ans aujourd’hui). Ainsi, le regain de fécondité de ces dernières années n’aura d’effet sur la population active qu’à partir de 2030 (entrée dans la vie active des populations nées aujourd’hui). Ces évolutions auront néanmoins peu d’effet sur le ratio actifs/inactifs de plus de 60 ans du fait de la forte augmentation à venir des inactifs âgés.

Des facteurs sociologiques peuvent également agir sur la population active. Le taux d’activité est influencé par les comportements d’activité, en particulier ceux des femmes (activité ou foyer), des jeunes (activité ou études) et des seniors (activité ou retraite). Ces comportements d’activité sont en partie influencés par la situation sur le marché du travail. Par exemple, une hausse du chômage peut inciter des individus à renoncer à se présenter ou à se maintenir sur le marché du travail (découragement, prolongation des études…). Ils sont également influencé par les politiques publiques concernant la scolarisation ou le système de retraite.

1) Une stagnation du nombre d’actifs liée au faible dynamisme démographique

Document 2 p. 13 Questions 1 et 2

Dans un contexte démographique peu dynamique, la population active augmente peu. Certains pays européens, comme l’Allemagne connaîtraient même une diminution marquée du nombre d’actifs s’ils ne faisaient pas appel à l’immigration. Or la baisse du nombre d’actifs, c’est-à-dire la diminution de l’offre de travail, conduit à une diminution du niveau de production (conformément à la fonction de production). En d’autres termes, une population active déclinante se traduit par un appauvrissement du pays.

Se pose alors la question du recours à l’immigration, qui serait bénéfique sur le plan économique (arrivée de jeunes actifs sur le marché du travail), mais qui n’est pas forcément acceptable sur le plan politique actuellement (difficultés économiques, chômage important). Se pose également la question du financement de la protection sociale (et plus généralement de l’État-providence), du fait de l’augmentation du nombre de personnes inactives « à la charge » des actifs, qui sont ceux qui assurent l’essentiel du financement du système.

2) L’impact du vieillissement de la population active

Le vieillissement de la population conduit à un glissement vers le haut de la pyramide des âges de la population active, d’autant plus que les réformes successives du système de retraite ont retardé l’âge de cessation d’activité, et ce, dans la plupart des pays européens. Une question se pose concernant l’impact de ce vieillissement : quel effet sur la productivité (source importante de croissance économique) ?

Pour aller plus loin, vous pouvez aller jeter un œil sur cette publication de l’INSEE.

L’impact du vieillissement en termes de productivité est assez limité. La productivité varie en fonction de l’âge, et semble suivre une courbe en forme de U renversé. En d’autres termes, elle commence par augmenter au cours des premières années de vie active, du fait de l’accumulation d’expérience qui vient augmenter le capital humain de départ. Ce n’est qu’en toute fin de vie active que la productivité diminue, lorsque l’effet de l’âge se fait sentir. Le glissement vers le haut de l’âge des actifs pourrait donc dans un premier temps faire augmenter la productivité moyenne (augmentation de la proportion d’actifs dans la tranche d’âge où la productivité est maximum), puis la faire diminuer à mesure que des cohortes importantes d’actifs entrent à l’âge où leur productivité diminue.

Ce phénomène pourrait être accentué lors du départ des générations nombreuses du Baby-boom à la retraite. En effet, les actifs nouvellement entrés sur le marché du travail sont moins productifs puisqu’ils n’ont pas pu encore bénéficié d’effet d’apprentissage. Les sortants du marché du travail (les travailleurs prenant leur retraite) ont un niveau de productivité supérieur à ceux qui entrent : le niveau moyen de productivité aurait tendance à diminuer.

Cependant, cet effet pourrait être compensé par la hausse du niveau de formation des jeunes générations entrant sur le marché du travail, qui augmente leur niveau de productivité au début de la vie active. Cette augmentation du niveau de formation est d’autant plus marqué que l’allongement de la durée de la vie active constitue une incitation forte à la formation, qu’elle soit initiale ou continue (allongement de la durée de vie active = allongement des gains supplémentaires permis par un niveau de formation élevé = augmentation de la rentabilité de l’effort d’éducation).

B. Les conséquences du vieillissement démographique sur l’épargne et la consommation

1) Épargne et vieillissement : plus ou moins d’épargne ?

  • La théorie du cycle de vie de F. Modigliani (1954)

Document 1 p. 14 Questions 1 à 4

La théorie du cycle de vie a été développée par Franco Modigliani en 1954. Elle permet de décrire le comportement d’épargne et de consommation d’un individu au cours de sa vie. Modigliani fait de l’âge un déterminant du comportement d’épargne. Les revenus varient avec l’âge, l’individu change donc de comportement d’épargne pour maintenir tout au long de sa vie un certain niveau de consommation. L’épargne correspond à la partie du revenu qui n’est pas consommée.

Le cycle de vie est divisé en trois phases :
- Le début de la vie active : les revenus sont faibles, ils sont donc majoritairement utilisés pour consommer.
- La vie active : l’épargne augmente en même temps que les revenus, le patrimoine se constitue.
- La retraite : le patrimoine (le stock d’épargne) diminue avec les dépenses faites pour compenser l’absence de revenus du travail.

Document 2 p. 15 Question 2

Si l’on transfère l’analyse micro-économique du cycle de vie au niveau macro-économique, on peut en conclure qu’une population qui vieillit devrait voir diminuer son niveau d’épargne. En effet, les personnes les plus âgées sont de plus en plus nombreuses, et ce sont celles qui épargnent le moins. La structure par âge d’une société va influencer le niveau de l’épargne, et l’alourdissement du poids des personnes âgées doit faire diminuer l’épargne du pays. Ce phénomène est accentué par le passage à la retraite des générations nombreuses du Baby-boom, qui épargnaient au cours de leur vie active (donc alimentaient un niveau d’épargne élevé puisqu’elles sont nombreuses) et qui vont diminuer leur épargne lorsqu’elles cesseront leur activité professionnelle (diminuant ainsi fortement l’épargne globale du pays).

  • Une réalité plus complexe

Document 3 p. 16 Questions 1 et 3
Document 2 p. 15 Question 3
Document 4 p. 16 Question 1 à 3

La théorie du cycle de vie est un modèle qui permet d’expliquer les comportements de l’épargne tout au long de la vie au niveau individuel ainsi que les différences de taux d’épargne au niveau macro-économique entre les pays. Elle permet de prédire qu’une société qui connaît un « Papy-boom » comme les sociétés occidentales aujourd’hui devrait connaître une diminution de son taux d’épargne.

Toutefois, il faut complexifier le modèle de base pour comprendre les évolutions présentes :
La croissance économique conduit à une hausse du niveau d’épargne car les agents anticipent une hausse de leur revenu et adoptent donc un niveau de consommation plus élevé. Inversement, un ralentissement de la croissance économique devrait conduire à une diminution du taux d’épargne globale.
L’allongement de la durée de vie (et donc du temps passé à la retraite) conduit les individus rationnels à augmenter leur taux d’épargne durant leur vie active pour pouvoir avoir suffisamment de patrimoine à liquider pour s’assurer un revenu jusqu’à leur mort.

Par ailleurs, le modèle de Modigliani ne se trouve pas confirmé dans les faits : il existe des divergences dans les taux d’épargne observés dans des pays à la structure démographique proche. Par ailleurs, on observe un maintien d’un niveau d’épargne élevé chez les générations les plus âgées. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour expliquer ces constats :
L’existence d’un système de retraite garantit un maintien du revenu des retraités, qui ne sont pas obligés de désépargner et peuvent au contraire poursuivre leur accumulation de patrimoine
Les individus peuvent faire preuve « d’altruisme générationnel ». En d’autres termes, les individus épargnent pour transmettre un patrimoine (modèle dynastique) et non pour financer leur propre consommation (modèle de cycle de vie). Cette hypothèse permet de comprendre pourquoi les générations les plus âgées maintiennent un niveau d’épargne relativement élevé.
Le contexte économique incertain peut déclencher des comportements d’épargne de précaution, y compris chez les retraités, notamment en prévision d’une détérioration du niveau des pensions (réformes successives des régimes de retraite). Ces comportements de moyen/court terme viennent brouiller les comportements de plus long terme expliqués par la théorie du cycle de vie.
Il faut tenir compte d’un effet de génération en plus d’un effet d’âge, et les deux effets sont difficiles à évaluer. Chaque génération développe en effet des comportements de consommation et d’épargne qui leur sont propres, et qui sont influencés par le contexte économique qu’elles ont rencontré au cours de leur vie. On peut penser que la génération des babyboomers qui est désormais à la retraite va maintenir un niveau de consommation plus élevé que les générations passées, puisque cette génération post-Seconde guerre mondiale a connu la société de consommation de masse.

  • Quelles conséquences pour l’activité économique ?

Le lien entre épargne et activité économiques est discuté en économie. On retrouve la traditionnelle opposition entre les économiques libéraux et les économistes keynésiens.

Pour les économistes libéraux, dans une économie fermée, l’épargne est ce qui permet de financer l’investissement. Elle donc indispensable à l’activité économique et à la croissance. Investir permet de disposer de plus de moyens de production, donc de produire plus, et permet ainsi la croissance économique. Si l’épargne est insuffisante, il n’y a pas de financement de l’investissement et la croissance est réduite, puisqu’on ne peut pas acquérir de nouvelles capacités de production : il n’y a pas d’accumulation de capital. L’accumulation du capital est le processus par lequel le stock de capital augmente grâce à des investissements successifs. Comme l’emprunt consiste à utiliser l’épargne des autres, l’épargne est toujours égale à l’investissement (en économie fermée).

Rappel : PIB = C + I + VS et PIB = R = C + S
On a donc : C + S = C + I + VS
D’où : S = I

Une hausse de l’épargne apparaît donc comme un élément positif pour l’activité économique, puisqu’elle permet de financer une accumulation de capital indispensable à la hausse de la production. À l’inverse, une baisse du taux d’épargne serait plutôt négative, car les entreprises manqueraient alors de moyens de financement.

Pour les keynésiens, la relation est plus complexe. En effet, selon eux, l’investissement est à l’origine d’un effet multiplicateur qui conduit à une hausse du revenu plus importante que le montant de l’investissement initial. L’investissement peut en quelque sorte générer l’épargne nécessaire à son financement. Le déterminant essentiel de la croissance est la demande anticipée, qui dépend très largement de la consommation des ménages. En effet, si les entreprises anticipent une demande forte, elles vont augmenter leur niveau de production pour répondre à cette demande supplémentaire, et donc ajuster leurs capacités de production à la hausse. Ce qui suppose à la fois de l’investissement et des créations d’emplois. C’est donc le revenu total qui est stimulé, alimentant une hausse de la consommation et la croissance économique. Dans cette perspective, l’épargne est une « fuite » dans le circuit économique, qui vient limiter l’ampleur de l’effet multiplicateur. Une hausse de l’épargne peut donc être une mauvaise chose pour l’activité économique, car elle est le reflet d’une baisse de la consommation, et donc de la demande anticipée.

2) Le vieillissement modifie également la consommation

Document 6 p. 17 Questions 1 à 3

Les personnes âgées d’aujourd’hui ont un niveau de consommation élevé du fait de l’existence d’un système de retraite qui limite très fortement la perte de revenu liée à l’arrêt de l’activité professionnelle. De plus, du fait d’un effet de génération (générations du Baby-boom qui ont connu la consommation de masse), on peut penser que la consommation des + de 65 ans devrait se maintenir à un niveau élevé. Cette idée est d’ailleurs confirmée par la théorie du cycle de vie qui affirme que les personnes âgées désépargnent pour financer leur consommation.

Par ailleurs, les personnes âgées ont une structure de consommation particulière : elles consomment moins de produits manufacturés, et davantage de services. Le vieillissement de la population pourrait donc être source d’importantes créations d’emplois dans le secteur des services à la personne et des services de proximité, dans le tourisme, la santé car les gains de productivité sont relativement faibles dans ces secteurs.

Cependant, le développement du secteur des services à la personne et de proximité devrait freiner les gains de productivité de l’économie nationale, et donc ralentir la croissance économique.