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Par : mj
Publié : 14 mars 2016

Les groupes sociaux

Un ensemble d’individus constituent une société à condition qu’ils nouent entre eux des liens sociaux. De la force de ces liens dépend la cohésion de la société. Ces liens sociaux, de nature diverse (liens familiaux, liens économiques, marchands, liens politiques, etc.), dessinent les contours de groupes sociaux, qui enserrent les individus dans une multitude de cercles, de taille et de nature différentes. C’est l’existence de ces groupes qui permet l’existence de la société, au-delà des divisions qui la traversent. Les fondateurs de la sociologie se sont très tôt intéressés à cette question des groupes sociaux.

La notion de groupe social permet également de penser la hiérarchie sociale, ou les différentes hiérarchies qui structurent la société. C’est en particulier le cas de la notion de classes sociales, classes qui constituent un objet d’étude majeur pour les sociologues.

I – La société est composée d’une multitude de groupes sociaux

A. Qu’est-ce qu’un groupe social ?

Un groupe social se définit comme un ensemble d’individus dont les individus qui le composent se reconnaissent entre eux et qui sont reconnus par les personnes extérieures au groupe. Les membres d’un groupe social sont donc unis par des liens, des interactions entre eux, et par un sentiment d’appartenance au groupe. Les liens qui unissent les membres d’un groupe sont de nature et d’intensité variée : cela peut être des relations de face à face marquées par l’affection et l’intimité (par exemple au sein d’une famille ou d’un groupe d’amis), ou bien des relations plus impersonnelles, plus indirecte (comme entre les membres d’un même parti politique ou d’une même entreprise).

Ainsi, les gens qui attendent une rame de métro ou de RER ne constituent pas un groupe social, puisqu’ils n’entretiennent pas entre eux des interactions et n’ont pas le sentiment d’appartenir à un groupe. Le rassemblement n’est pas durable. En revanche, les personnes qui prennent quotidiennement la même ligne de train ou de RER peuvent développer des interactions, plus ou moins directes, ainsi qu’un sentiment d’appartenance à un groupe rassemblant d’autres personnes qui elles aussi prennent le même train chaque jour. Ils peuvent alors se constituer en association, surtout si la ligne est fréquemment confrontée à des incidents (retards, violence...).

B. La diversité des groupes sociaux

1) Groupe primaire et groupe secondaire

Les groupes auxquels peut appartenir un individu sont classés en deux catégories : les groupes primaires et les groupes secondaires. Les groupes primaires sont des groupes de petite taille, dans lesquels les relations sont directes et intimes et où le sentiment d’appartenance est très fort. C’est par exemple le cas de la famille ou du groupe d’amis. Dans les groupes primaires, ce qui réunit les individus dépasse largement les intérêts personnels/individuels.

Les groupes secondaires sont de taille plus grande, les relations y sont moins personnelles, indirectes et plus abstraites. Les objectifs et les rôles de ces groupes sont le plus souvent définis à l’avance et les relations sont largement fonctionnelles. C’est le cas des partis politiques, des administrations, des entreprises...

2) Une multitude d’appartenances

La société est composée de différents « cercles » qui s’entrecroisent les uns les autres : les individus sont insérés dans différents groupes primaires et secondaires. Dans chacun de ces groupes, l’individu est amené à jouer un rôle spécifique, qui dépend de la place qu’il occupe dans ce groupe. Un rôle désigne en sociologie un ensemble de comportements attendus compte tenu de sa place dans la société. L’ensemble de ces rôles sont donc constitutifs de son identité. Les rôles qu’un individu est amené à endosser peuvent former un tout cohérent, lorsque les normes et les valeurs des différents groupes sont similaires. Mais ces rôles peuvent parfois être contradictoires (par exemple dans le cas d’un immigré ou d’un « transfuge de classe »).

3) La classe sociale, un groupe social comme un autre ?

Pour Karl Marx, une classe sociale est un groupe social dont les membres réunissent trois conditions : une même place dans les rapports de production (donc critère de définition économique), un sentiment d’appartenance à la classe (conscience de classe) et une lutte contre les classes « ennemies ». L’activité de production de richesse est organisée de façon différente selon les sociétés et les époques. Par exemple, Marx distingue le mode de production antique (basé sur l’esclavage), le mode de production féodal (basé sur le servage) et le mode de production capitaliste. A chaque organisation économique correspond donc une organisation sociale particulière : le "visage" de la société est déterminé par la façon dont la production est organisée. Dans les sociétés capitalistes, qui naissent en Europe au XIXème siècle, deux groupes sociaux antagonistes sont au coeur de l’organisation sociale : les bourgeois capitalistes (détenteurs des moyens de production) et les prolétaires (qui ne peuvent que vendre leur force de travail contre un salaire pour vivre). Au-delà de la position dans les rapports de production, les membres d’une classe sociale doivent également partager un sentiment d’appartenance au groupe : ils ont conscience que d’autres partagent les mêmes conditions d’existence, les mêmes avantages ou difficultés, etc. Enfin, la prise de conscience d’avoir des intérêts communs avec d’autres s’accompagne logiquement de la prise de conscience que d’autres ont des intérêts opposés. Il devient alors logique d’organiser une lutte politique contre cette ou ces classes "ennemies", afin de faire triompher l’intérêt de sa classe sociale.

Max Weber développe une approche très différente de celle de Marx. Pour lui, la société n’est pas déterminée uniquement par la sphère économique. A côté de la hiérarchie économique (dans laquelle on retrouve les classes), il existe également une hiérarchie de prestige (dans laquelle on distingue différents groupes de statut) et une hiérarchie du pouvoir (où l’on retrouve ce que Weber appelle des partis). La notion de classe s’applique donc uniquement à la sphère économique, et les classes sont constituées de personnes qui bénéficient des mêmes "chances typiques d’accès aux biens". C’est à la fois la nature de leur revenu (issus du travail ou de la rente) et le montant du revenu qui permet de distinguer différentes classes. Mais celles-ci ne constituent pas à proprement parler des groupes sociaux, puisqu’ils n’ont pas nécessairement conscience d’appartenir à un groupe. En revanche, dans l’ordre social, les groupes de statut (définis par le prestige dont jouissent leurs membres) sont bien des groupes sociaux, conscients de leur identité, et identifiés comme tels par les autres, développant un style de vie qui leur est propre.

Pierre Bourdieu développe une théorie qui emprunte à la fois à Marx et à Weber. Il pense la société comme un espace où se répartissent différents groupes sociaux plus ou moins hiérarchisés. C’est à la fois le volume et la structure (capital culturel et/ou capital économique) du capital possédé par les membres de ces groupes qui permet de les identifier et de les positionner. Il emprunte à Marx l’idée que les groupes sociaux, les classes, ont des intérêts opposés et sont en lutte pour imposer leur légitimité. Mais, à la différence de Marx, selon Bourdieu, cette lutte se joue essentiellement sur le plan culturel (définition d’une culture légitime).

Les classes sociales sont donc des groupes sociaux particuliers : de grande dimension, elles réunissent des individus qui ont des caractéristiques économiques communes, et qui développent un mode de vie particulier, ainsi qu’un sentiment d’appartenance.

II – Les PCS, un simple agrégat statistique ou des groupes sociaux ?

A. La nomenclature PCS : Principes de construction

En 1954, l’INSEE s’est doté d’un outil de description de la société française : la nomenclateur des Catégories Socio-Professionnelles (CSP). Il s’agit de classer l’ensemble de la population française dans un nombre restreint de catégories qui présente chacune "une certaine homogénéité sociale". En 1982, cette nomenclature est modifiée, afin de tenir compte des transformations de la société française, et devient la nomenclature des Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS).

La nomenclature PCS comprend 8 groupes socio-professionnels : 1- Agriculteurs exploitants
2- Artisans, commerçants, chefs d’entreprise
3- Cadres et Professions Intellectuelles Supérieures
4- Professions intermédiaires
5- Employés
6- Ouvriers
7- Retraités
8- Autres inactifs

Pour classer les Français actifs, l’INSEE combine plusieurs critères :
- le secteur d’activité (primaire, secondaire, tertiaire) ; 
- la taille de l’entreprise ; 
- le statut (salarié / non salarié) ; 
- la profession ; 
- la distinction fonction publique / entreprise ; 
- la position hiérarchique dans l’entreprise (fonction d’encadrement ou d’exécution) ; 
- la qualification. 

Le revenu n’est pas un critère utilisé en tant que tel pour distinguer les GSP ou les CSP, même si la profession, la position hiérarchique ou la qualification ont une influence sur les revenus.

Ainsi, en utilisant différents critères (profession, statut, qualification, secteur privé/public, place dans la hiérarchie, secteur économique notamment), on aboutit à la construction de 8 GSP, dont 6 composés d’actifs et 2 d’inactifs. Un groupe socioprofessionnel est un regroupement de plusieurs métiers similaires. Par exemple, au sein des ouvriers on retrouve les ouvriers métallurgistes, les ouvriers agricoles. Au sein des cadres et PCIS on retrouve les universitaires, les journalistes, les médecins ou avocats.

B. Un outil de description de la société française et de son évolution

La nomenclature est un outil qui permet de classer les individus ayant des caractéristiques communes dans une même catégorie ce qui facilite les études statistiques effectuées sur la population (revenus, consommations…). Les PCS permettent d’identifier le milieu social d’un individu : même niveau d’étude, même niveau de responsabilité, conditions de travail proches, niveau de revenu proche. Grâce aux GSP des individus, on a une idée de leur milieu social. En effet, on peut considérer que les ouvriers et employés appartiennent aux classes populaires et les CPIS aux classes bourgeoises ou favorisées. On peut ainsi étudier les pratiques culturelles des individus en fonction de leur groupe social : est-ce que les ouvriers lisent moins que les cadres ? ou encore étudier le taux de chômage selon ces catégories ou encore l’espérance de vie : les ouvriers vivent-ils moins longtemps que les cadres ? Cela permet de constater l’existence d’inégalités sociales.

La nomenclature permet également de décrire les grandes transformations sociales qu’a connues la France depuis la Fin de la Seconde Guerre mondiale.

C. Des catégories « socialement homogène » ?

Les GSP ne sont pas des groupes réels au sens où les membres des groupes socioprofessionnels auraient des relations entre eux et exprimeraient un sentiment d’appartenance à la PCS. Les PCS n’ont pas d’existence réelle, elles ne sont a priori que le résultat d’une construction du statisticien. C’est pourquoi on dit que ce sont des catégories « nominales » et non réelles.

Pourtant, pour certains, les PCS sont plus que de simples catégories statistiques car, par définition et par construction, chaque catégorie présente une certaine homogénéité : les individus qui la composent ont souvent des comportements ou des opinions proches liés aux caractéristiques communes qui ont servi au classement. Ils peuvent entretenir des relations personnelles avec les autres membres et s’identifier (ou être identifiés) comme membre de la PCS. Autant d’éléments qui rapprochent ces catégories statistiques de la notion de groupe social.