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Par : mj
Publié : 7 décembre 2014

La socialisation

I – La socialisation, un phénomène qui dure tout au long de la vie

A. Qu’est-ce que la socialisation ?

La socialisation est le processus par lequel l’individu intériorise les valeurs et normes de la société et du groupe auquel il appartient. La notion désigne donc la "façon dont la société forme et transforme les individus". Elle permet d’intégrer les individus à la société et au groupe social dans lequel ils vivent : la socialisation est le processus par lequel un individu devient un être social, capable de vivre en société. C’est aussi le processus par lequel la société s’inscrit à l’intérieur de l’individu.

1) Ce qui est transmis au cours de la socialisation

La socialisation façonne profondément ce que nous sommes. Les actes qui nous semblent les plus naturels sont pourtant socialement situés : on ne marche pas, ne parle pas, ne dort pas de la même manière selon les pays et les époques. La socialisation nous permet d’intérioriser la culture du groupe auquel nous appartenons, c’est-à-dire l’ensemble des "manières de faire, de penser et d’agir" que partagent tous les membres de ce groupe. Cette culture est non seulement intériorisée, mais également incorporée : elle s’inscrit de manière durable dans notre corps (comme l’a mis en évidence l’anthropologue Marcel Mauss).

Si l’on en revient à la définition usuelle de la socialisation, ce sont des valeurs et des normes qui sont transmises.

« Toute société définit ce qui est bien et mal, beau et laid, honorable et honteux, agréable et désagréable [...]. Lorsque l’on dit à un enfant qui s’est mal conduit : « Tu n’as pas honte, c’est laid ce que tu as fait ! », on lui inculque les valeurs et les normes de sa société et on l’habitue à en respecter les mœurs, sans pouvoir pour autant lui en proposer d’autre justification que l’évidence. Chacun doit « sentir » ce qui est bien et ce qui est mal. [...] Une valeur s’impose à l’individu comme une évidence et un absolu, qu’on peut affiner mais qu’on ne peut, normalement, remettre en question. Bien sûr, les valeurs varient avec les civilisations et, à l’intérieur d’une même civilisation, avec les groupes et catégories sociales. […] Les valeurs s’organisent en un « idéal » que la société propose à ses membres [...]. Cet idéal oriente les pensées et les actes [...]. Dans une société donnée, les valeurs s’organisent en un système ou une échelle de valeurs (ethos) qui doit avoir une certaine cohérence ; même s’il comporte certaines contradictions. »
Henri Mendras, Eléments de sociologie, Armand Colin, 1997.

Les valeurs définissent ce qui est, dans une société, considéré comme estimable et désirable. Elles contribuent à un idéal, auquel les membres d’une société adhèrent, mais elles se manifestent concrètement dans des manières de penser (jugements, représentations, symboles) ou d’agir (normes, rites, règles, etc.) des individus. Les valeurs orientent, guident les conduites, actions des individus. Les valeurs sont relatives, c’est à dire qu’elles peuvent varier d’une culture à l’autre, d’un groupe social à l’autre. Il existe cependant dans toute société une hiérarchie des valeurs et si les valeurs dominantes sont partagées par le plus grand nombre, d’autres ne sont acceptées que par certaines parties de la société.

Les normes sont des règles de conduite en société, explicites ou implicites, auxquelles les individus sont censés se conformer. Les normes sont l’application légitime de valeurs, elles sont donc elles aussi relatives. Certaines normes sont implicites : c’est le cas des usages en vigueur dans un groupe ou une société, des mœurs, qui contiennent souvent une composante morale (les « bonnes mœurs », la bienséance). D’autres sont explicites : les lois et les règlements. L’ensemble des normes fait l’objet de sanctions, c’est à dire de jugement de la part de la collectivité (approbation par le groupe, réprobation, sanctions institutionnalisées par la justice). Comme pour les valeurs, le degré d’adhésion ou de conformité aux normes varie selon les individus et les groupes.

Selon le statut d’un individu, les normes auxquelles il est censé se conformer diffèrent : on n’attend pas le même comportement d’un père, d’un supporter de foot ou d’un adolescent... C’est ce qu’on appelle un rôle. Un rôle social peut se définir comme l’ensemble des attitudes attendues d’un individu qui occupe une certaine position sociale (rôle de père, de professeur, …).

Pour Bourdieu, lors du processus de socialisation, l’individu intériorise un habitus. L’habitus est un ensemble de dispositions durables plus ou moins inconscientes, acquises au sein du milieu social d’origine, et qui guident les perceptions, les opinions et les actions des individus. C’est "l’intériorisation de l’extériorité" et "l’extériorisation de l’intériorité". Nous intériorisons un habitus propre à notre position dans l’espace social, qui est largement déterminé par notre environnement. Cet habitus va ensuite nous pousser à adopter tel ou tel comportement dans les situations que nous rencontrons. Il s’exprime à travers nos manière de faire, de dire, de penser...

La socialisation joue un rôle essentiel dans une société : elle permet aux individus de s’intégrer dans un groupe, elle participe donc au maintien de la cohésion sociale. C’est elle qui permet que les membres d’un groupe partagent un minimum de normes et de valeurs, qu’ils aient en commun ce qui permet la vie collective, l’échange et la confiance. La socialisation minimise la nécessité du recours à la violence physique pour imposer le respect des normes et des valeurs, puisque les individus sont amenés à respecter les normes et valeurs de façon spontanée et inconsciente. Elle est donc indispensable à l’existence même d’une société.

La socialisation est donc un processus par lequel un individu apprend et intériorise les différents éléments de la culture de son groupe, ce qui lui permet de former sa propre personnalité sociale et de s’adapter au groupe dans lequel il vit.

2) Les mécanismes de la socialisation : imprégnation et inculcation

Le processus de socialisation met en œuvre différents mécanismes, dont deux principaux : l’inculcation (1) et l’imprégnation (2).

L’inculcation désigne l’ensemble des mécanismes qui ont pour vocation affichée d’éduquer l’individu, d’obtenir de lui un comportement particulier. L’inculcation suppose la contrainte. Elle a lieu essentiellement au sein de la famille et à l’école. Il y a apprentissage.

L’imprégnation ou la familiarisation est un processus plus diffus aboutissant au même résultat mais par le biais de l’observation, de l’imitation : l’individu cherche à imiter ceux qui l’entourent, il intériorise des normes et des pratiques. Deux lieux sont importants en terme de socialisation : la famille (les enfants imitent leurs parents, mais également leurs frères et sœurs, leurs cousins, …) et le groupe de pairs (contrôle informel du groupe qui n’impose rien explicitement à ses membres). Les médias socialisent également par imprégnation.

3) Une multiplicité d’acteurs participent au processus de socialisation

L’inculcation des règles ne se réalise jamais « naturellement ». Elle nécessite au contraire l’intervention de diverses instances sociales.

La cellule familiale est dans la plupart des cas le premier agent de socialisation : l’enfant se forge progressivement sa propre identité en référence à son modèle familial, particulièrement vis à vis de ses parents. La famille est l’instance qui joue le rôle le plus important, la socialisation familiale laisse en général une empreinte très forte, difficile à remettre en cause par la suite car elle est le premier agent à intervenir dans la vie de l’enfant, au moment où il est certainement le plus influençable. De plus, les rapports familiaux ont une dimension affective qui renforce/facilite le processus de socialisation (on aime ses parents et donc on veut les satisfaire). Si la famille reste primordiale dans la socialisation, son influence n’en a pas moins changé. La famille ne joue plus exactement le même rôle qu’auparavant : changement des buts (des valeurs) à atteindre : passage de l’obéissance (des enfants vis à vis de leurs parents) au respect d’autrui, à la tolérance... L’asymétrie parents / enfants sur laquelle était fondée l’autorité est de plus en plus remise en cause. Le fonctionnement de la famille est devenu plus démocratique. Cela a des conséquences sur le reste de la société, notamment sur l’école et le milieu professionnel.

Dans les sociétés modernes, l’éducation n’est plus monopolisée par la sphère familiale, mais partagée avec l’école. Cette instance occupe aujourd’hui une place déterminante puisque l’enfant est scolarisé de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps. L’école n’est pas simplement le lieu de transmission d’une culture savante. Se transmettent également à l’école des comportements, des normes et des valeurs. Traditionnellement, l’école a pour mission de transmettre une culture commune. L’ « école républicaine », celle qui s’est construite au cours de la IIIème République, en particulier avec les lois Jules Ferry rendant la scolarité obligatoire, est d’abord celle qui a comme objectif de « fabriquer des bons Français ». Elle impose la langue française au détriment des langues régionales de manière très systématique. Elle valorise la science et la raison, et à travers elles, l’idée d’une culture universelle dépassant les particularismes religieux. Elle diffuse tout un ensemble de valeurs patriotiques (les grandes dates de l’histoire de France, les « grands hommes », le drapeau français, la Révolution française, etc) qui ont contribué à construire réellement la Nation française : les enfants, une fois passés par l’école, avaient à la fois une langue, des références culturelles et des racines historiques communes, quelle que soit leur origine sociale, régionale, religieuse ou ethnique. Mais l’école a elle aussi connu des évolutions. Son rôle est aujourd’hui aussi d’assurer une bonne insertion professionnelle en préparant à la vie active. L’école est également un lieu d’apprentissage de la citoyenneté, de la vie en communauté, de la mixité sociale.

Avec l’« allongement de la jeunesse », un agent de socialisation important a fait son apparition : le groupe de pairs. La prolongation de l’expérience scolaire accroît sensiblement le temps passé entre enfants et surtout entre adolescents, alors que le contrôle direct exercé par les adultes tend à s’affaiblir. Tout un ensemble de pratiques sociales contribuent à relier les adolescents entre eux. Le conformisme est souvent très fort au sein de groupes de pairs, et l’écart par rapport à la norme durement sanctionné.

Enfin, il faut mentionner les médias dans le processus de socialisation, dont le rôle tend à croître avec, notamment, la place des écrans dans les foyers et l’influence qu’ils peuvent exercer à travers les normes sociale qu’ils véhiculent.

B. Un processus différencié

1) La fabrication des petites filles et des petits garçons : une socialisation sexuée

Dès la naissance, les petites filles et les petits garçons ne sont pas traités de la même manière par leur entourage. Cette différenciation se poursuit au fil du temps, et conduit donc filles et garçons à se comporter différemment, conformément aux stéréotypes de genre : on peut dire qu’on fabrique des petits garçons et des petites filles.

La notion de « genre » renvoie à l’idée que, au-delà des simples données biologiques liées à leur sexe, les hommes et les femmes sont soumis à un ensemble de prescriptions en matière de comportements : on parle d’ailleurs de rôles féminin et masculin. En clair, être un homme ou être une femme suppose d’adopter des attitudes et d’endosser des valeurs spécifiques à notre sexe. Les comportements que l’on juge comme « typiquement » féminins ou masculins sont en fait des constructions sociales, qui se mettent en place dès le plus jeune âge, au travers des interactions entre l’enfant et le monde dans lequel il évolue. Dès la fin de sa deuxième année, un jeune enfant est capable d’identifier dans son entourage des éléments (sa mère, mais aussi des jouets, des vêtements, des activités) qui relèvent du féminin et d’autres qui relèvent du masculin. Il est intéressant de se pencher un peu plus en détail sur les mécanismes qui amènent les enfants, qu’il s’agisse de filles ou de garçons, à intérioriser profondément les normes sexuées.

Contrairement aux idées reçues, les cerveaux féminins et masculins ne sont pas en soi différents. En revanche, le processus de socialisation, c’est-à-dire l’ensemble des mécanismes par lesquels un individu intériorise les manières de penser, de sentir et d’agir propre à son groupe, va petit à petit, dès le plus jeune âge, construire faire fonctionner différemment le cerveau des petites filles et des petits garçons. Les compétences stimulées ne sont pas les mêmes, et le cerveau féminins ne va pas se développer de la même façon, du moins dans nos sociétés occidentales : les compétences langagières sont en général plus développées chez les filles, tandis que la vision dans l’espace est par exemple en moyenne bien meilleure chez les garçons.

Cette différence de compétences est en grande partie la conséquence d’une socialisation différenciée : les interactions que l’on établit avec une fille et avec un garçon sont différentes, et ce dès la naissance. Les gestes sont plus brusques avec les garçons, on les manipule davantage et on sollicite fortement leur motricité et leur tonicité. Avec les filles, les adultes se montrent en général plus doux, plus calmes, et on veille bien davantage à leur apparence physique (les rayons fille dans les magasins de vêtements pour enfants sont souvent plus étendus que les rayons garçons...). Dès le plus jeune âge, garçons et filles se voient donc proposer des modèles de comportement très différents, et vont grandir en s’identifiant à ces modèles.

Les attitudes différenciées des adultes sont renforcées par les jouets que l’on propose aux enfants. Dans les catalogues de jouets, les garçons sont le plus souvent associés à des activités de bricolage, à des voitures et autres véhicules, à des super-héros. Les garçons sont donc incités à développer des traits de caractère spécifique à leur genre : le courage, la force, la brutalité... A l’inverse, les petites filles sont mises en scène en train de jouer avec des poupons, à faire la cuisine, à se maquiller ou s’habiller en princesse : elles sont donc projetées vers ce qui ce qui constitue des caractéristiques du genre féminin : la douceur, la gentillesse, la coquetterie, le soin... Plus globalement, toutes les représentations du monde des adultes révèlent les mêmes stéréotypes de genre, que ce soit les livres pour enfants, les dessins animés, les publicités...

Les enfants vont progressivement s’imprégner des règles tacites qui régissent les rapports entre les hommes et les femmes au travers de leur environnement, à commencer par l’observation de leurs parents, mais aussi de toutes ces représentations du monde des adultes que nous venons d’évoquer. Cet ordre des choses leur apparaît comme une donnée incontournable et indépassable, ce qui façonne en profondeur leur vision du monde (il faut d’ailleurs noter que les garçons et les filles intériorise les stéréotypes de deux sexes, et que les femmes peuvent se montrer tout aussi sexistes, voire même plus, que certains hommes – comme le montre la séquence du speed dating). La socialisation genrée aboutit donc à intérioriser un habitus propre à son sexe.

Mais l’intériorisation des rôles sociaux de sexe peut aussi passer par des injonctions très claires, et donc par un mécanisme d’inculcation : « les garçons ne pleurent pas », « c’est un truc de fille », « ce n’est pas très joli pour une fille »... (expressions qui pour beaucoup révèlent le mépris pour le genre féminin que véhicule la société). Ces injonctions existent à tous les âges de la vie, et si certain(e)s font le choix de s’écarter des rôles sexués, ils sont le plus souvent rappelés à l’ordre par le groupe, grâce à un tout un ensemble de sanctions, de la plus subtile (un regard) à la plus violente (un passage à tabac). Ces mécanismes de contrôle social, auxquels sont exposés en permanence les individus, les incitent à se comporter conformément aux stéréotypes de genre.

Finalement, comme le soulignait Simone de Beauvoir, être une femme (mais aussi être un homme) n’a rien d’évident, et suppose un apprentissage, direct ou indirect, qui dure tout au long de la vie : « On ne naît pas femme, on le devient ».

2) Origine sociale et socialisation

La société est composée de différents groupes sociaux qui n’occupent pas les mêmes places et ne tiennent pas les mêmes rôles dans la société. Le contenu de la socialisation varie d’un groupe social à l’autre. Ces différences se traduisent par des rapports au corps, à l’alimentation différents mais aussi des normes et des valeurs qui varient d’un milieu social à l’autre, des pratiques culturelles et sportives différenciées... Les façons de se tenir, de parler, de s’habiller, de s’amuser varient d’un milieu social à un autre.

Selon Bourdieu, la famille transmet un certain nombre de capitaux définis comme un ensemble de ressources et de pouvoirs effectivement utilisables. On distingue le capital économique (revenu, biens possédés, facteurs de production), le capital social, c’est-à-dire le réseau de relations sociales d’un individu et enfin le capital culturel. Le capital culturel peut exister sous 3 formes :
- à l’état incorporé : culture que possède un individu et qu’il a acquis en y consacrant du temps. A la fois hérité (au sein de la famille) et acquis (à l’école notamment).
- à l’état objectivé : biens culturels (tableaux, livres, instruments)
- à l’état institutionnalisé : titres scolaires

Ces capitaux déterminent la position des individus dans l’espace social : plus ou moins dominants

II – Et qui influence durablement le devenir de l’individu

A. Socialisation primaire et secondaire : socialisation de renforcement ou socialisations contradictoires

L’identité sociale correspond aux différentes façons dont les individus ou les groupes se définissent eux-même et sont définis par autrui. Elle est le résultat d’une construction permanente entre les éléments personnels apportés par des expériences de la vie collective et des éléments conférés par l’appartenance sociale d’origine, le statut, l’appartenance à un groupe d’âge ou à un sexe... Dit plus simplement, l’identité sociale correspond à l’ensemble des rôles sociaux d’un individu.

La socialisation primaire, celle qui se déroule pendant l’enfance, constitue une base importante de l’identité sociale. La socialisation primaire permet en effet d’intérioriser et d’incorporer des éléments essentiels de la personnalité, le langage, les grands principes qui structurent la vision du monde.

Par la suite, au cours de l’adolescence et de l’âge adulte, la socialisation se poursuit : on parle de socialisation secondaire. Cette socialisation secondaire vient se "greffer" sur ce qui a été acquis au cours de la socialisation primaire. Les normes et les valeurs des groupes auxquels l’individu appartient peuvent être les mêmes que celles qu’il a intériorisé durant l’enfance, mais elles peuvent aussi être différentes, voire même en opposition. La socialisation secondaire implique donc une recomposition permanente de l’identité sociale de l’individu.

Un exemple de socialisation secondaire est la socialisation secondaire, étudiée par les sociologues Berger et Luckmann. Ces derniers montrent comment, au fil du temps, on assiste à une institutionnalisation des pratiques. Ce qui est d’abord plus ou moins improvisé (je vois qu’il cuisine, je mets la table), devient une habitude puis une institution (c’est lui qui cuisine, c’est moi qui met la table). Les normes et valeurs des deux conjoints étant différentes, il est nécessaire de trouver un compromis pour que le couple puisse perdurer. On comprend d’ailleurs pourquoi il existe une tendance forte à l’homogamie : lorsqu’on vient du même milieu social, le compromis est presque déjà trouvé, puisque les manières de faire et d’agir des deux partenaires sont déjà très semblables.

B. Partage des tâches domestiques et réussite scolaire : deux exemples de l’impact de la socialisation

1) L’inégal partage des tâches domestiques et les rôles masculins et féminins

Les rôles masculins et féminins intériorisés dès le plus jeune âge au sein de la famille (imitation des parents, incorporation d’un habitus de genre) et du fait des injonctions diverses mais cohérentes de la société (médias, école...) aboutissent, entre autres, à une répartition inégale des tâches domestiques au sein du couple. On voit donc comment la socialisation pèse lourdement sur les individus et sur leurs comportements.

Même si la question de la répartition des tâches domestiques peut sembler anodine à première vue, elle est en fait très importante, car elle donne naissance à d’autres inégalités, notamment dans le monde professionnel. L’accès à l’emploi et surtout à l’emploi stable à temps plein est plus difficile pour les femmes que pour les hommes, l’accès aux postes hiérarchiquement élevés plus difficile pour les femmes (on parle de "plafond de verre"), à qualification et ancienneté équivalentes, les salaires féminins plus faibles, etc.

2) L’égalité des chances à l’école : un mythe ?

« De deux choses l’une : ou bien le discours scolaire, le « bon français » imposé par l’école primaire se trouve dans le prolongement plus ou moins direct des discours tenus et entendus dans le milieu familial d’origine et dans ce cas l’adaptation se fait aisément : c’est le cas des enfants de la bourgeoisie habitués dès la prime enfance à parler, à entendre parler et à lire le « bon français » : dans la classe bourgeoise, on « parle bien », on entretient avec le langage un rapport particulier : le langage y est le moyen par excellence de la communication ; sa maîtrise symbolique est encouragée (cf. le grand cas fait aux « mots d’enfants ») : l’enfant trempe dès sa naissance dans un bain de « beau langage », de sorte que l’adaptation à la manipulation de la langue scolaire, même si elle diffère notablement de la langue parlée dans la famille, est relativement facile l’enfant n’est pas dépaysé. Il apprend à lire et à écrire, s’il ne le sait déjà.
Ou bien le « bon français » imposé par l’école primaire entre en contradiction avec les discours produits dans la classe d’origine : c’est le cas des enfants des classes populaires. Cette contradiction peut prendre concrètement deux formes ; ou bien l’enfant ne sait pas parler parce que chez lui, on parle peu ou pas ; ou bien (et c’est le cas le plus fréquent), il sait parler, mais il parle autrement et surtout, d’autre chose. »
SOURCE : Christian Baudelot et Roger Establet, L’école capitaliste en France, 1971

Au cours de l’enfance, une certaine familiarité avec les activités et pratiques culturelles se met en place, plus ou moins forte selon les milieux sociaux et selon le niveau culturel des parents. Ainsi, les enfants issus de milieux favorisés ou dont les parents sont diplômés prennent l’habitude de lire fréquemment, mais aussi de pratiquer une activité culturelle (musique, danse, peinture...), de visiter des musées ou de fréquenter des salles de spectacle... Ces pratiques culturelles se retrouvent à l’âge adulte. On constate en effet que parmi les adultes qui ont une intense pratique culturelle, nombreux sont ceux qui avait déjà un contact étroit avec ce type de pratique durant l’enfance. Encore une fois, on constate que la socialisation primaire influence profondément le devenir des individus.