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Par : mj
Publié : 16 septembre 2014

Sélection du Prix lycéen 2015

La sélection d’Alternatives Économiques

- Le bel avenir de l’État providence, Laurent Éloi : La protection sociale contribue à l’affaissement moral des individus ? C’est faux : elle assure leur bien-être. L’Etat Providence bride le dynamisme économique et écrase de ses insupportables charges la création de richesse et l’innovation ? C’est faux : il favorise la prise de risque, développe les capacités humaines et maintient la cohésion sociale. L’Etat providence est insoutenable financièrement ? C’est faux : il n’a jamais provoqué la moindre crise économique. Depuis trente ans, l’Etat Providence n’est envisagé que sous l’angle de sa crise et son inéluctable effondrement. Ce discours inquiétant se veut performatif : on espère préparer ainsi les esprits au recul inévitable et pour tout dire souhaitable de la mutualisation des risques sociaux.

- Comment ils nous ont volé le football, Antoine Dumini et François Ruffin : On tape dans le ballon depuis la cour de récréation. Entre les buts de handball, dessinés sur le mur du préau, on s’est esquintés les genoux pour sauver un penalty. Et le dimanche, qu’il pleuve, qu’il vente, on chausse encore nos crampons dans les vestiaires... Que s’est-il passé alors ? C’est le même jeu, un ballon, deux équipes, quatre poteaux, et voilà que ce sport du pauvre brasse des milliards, s’exporte comme un produit, devient la vitrine triomphante, clinquante du capital. Que s’est-il passé ? Rien, en fait. Juste que l’argent a envahi toute la société, lentement, depuis trente ans, et que le football en est le miroir grossissant. C’est une histoire économique que ce sport nous raconte, à sa manière, des années 60 à aujourd’hui, de la libéralisation des ondes à la mondialisation des marques jusqu’aux fonds de pension. Le ballon, comme un monde en plus petit.

- Mon amie c’est la finance ! Comment François Hollande a plié devant les banquiers, Adrien de Tricornot, Mathias Thépot et Franck Dedieu : Dans son fameux discours du Bourget, le 22 janvier 2012, le candidat Hollande avait promis de réformer le système financier, qui était, disait-il, son véritable adversaire. Pourtant, présenté au tournant de l’année 2013, le "projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires" est un leurre. Car la loi ne sépare pas les activités de marché mais en filialise simplement une toute petite partie. Les auteurs de ce livre clair et engagé montrent que la toute-puissance de la banque "mixte" condamne notre pays à dépendre des caprices des marchés et qu’il n’y aura de prospérité durable en France que si nous investissons à nouveau dans le long terme, en remettant la finance à sa juste et très modeste place, grâce à une réglementation exigeante.

- Parlons banque en 30 questions, Jézabel Couppey-Soubeyran et Christophe Nijdam : Lehman Brothers, Dexia, Royal Bank of Scotland... les banques, on s’en souvient, ont été au coeur de la crise financière qui s’est ouverte en 2007. Des plans de sauvetage ont été lancés pour sauver celles jugées trop importantes pour faire faillite. Depuis des réformes ont été entreprises, dont celle de l’Union bancaire européenne, pour encadrer plus strictement le secteur. (Loi bancaire du 26 juillet 2013 en France et réforme bancaire européenne lancée en janvier 2014). Mais comment au juste, fonctionnent les banques ? Comment gèrent-elles les risques ? Qui les contrôle ? Cet ouvrage vient opportunément répondre à ces questions, de façon claire et détaillée.


La sélection de Liens Socio

- Muriel Darmon, Classes préparatoires. La fabrique d’une jeunesse dominante, Paris, La Découverte, coll. « Laboratoire sciences sociales », 2013, 324 pages. Qui sait ce qui se passe réellement aujourd’hui derrière les murs des classes préparatoires ? Accusées de tous les maux - fabriquer des crétins ou désespérer leur jeunesse - ou célébrées comme formation d’« élite » - dans l’oubli de sa contribution à la reproduction sociale -, les « prépas » sont en réalité très mal connues. Cette première enquête ethnographique sur les classes préparatoires vient donc combler un manque et remettre en question nombre d’idées reçues. Au travers d’une analyse très originale de l’« institution préparatoire », Muriel Darmon nous montre quels types de sujets y sont « fabriqués ». Elle met ainsi au jour les dispositifs de pouvoir qui s’y exercent, la manière dont l’institution produit une certaine forme de violence envers les élèves tout en étant soucieuse de leur bien-être, comment elle opère en individualisant à l’extrême plutôt qu’en homogénéisant et comment, ce faisant, elle renforce sa prise sur les individus. L’enjeu est de transformer les élèves en « maîtres du temps », aimant gérer l’urgence et haïssant les temps morts, et de leur faire intégrer un savoir critique légitime tout en valorisant leur capacité à appliquer des « recettes ». Ce faisant, c’est aussi à devenir dominant, à s’adapter aux nouvelles exigences du monde du travail et à y occuper des positions élevées que les prépas forment la jeunesse.

- Vanessa Pinto, À l’école du salariat. Les étudiants et leurs « petits boulots », Paris, PUF, coll. « Le lien social », 2014, 329 pages. « Expérience professionnelle » dotée d’une véritable valeur formatrice, initiation aux « réalités du monde du travail », moyen privilégié d’accéder à « l’autonomie » : en cohérence avec l’objectif de « professionnalisation » de l’enseignement supérieur, les discours sur les vertus de l’emploi étudiant se multiplient depuis quelques années, même si perdurent par ailleurs les discours dénonçant la précarité étudiante. Cet ouvrage propose une analyse empirique des activités rémunérées des étudiants, en particulier de leurs « petits boulots ». Il mobilise les méthodes ethnographiques, statistiques et historiques et repose sur plusieurs enquêtes menées dans la restauration rapide, les centres d’appels et l’animation socioculturelle. Sont explorées non seulement la place des étudiants au sein du marché du travail, mais aussi la place de ces activités dans leur parcours. Offrant un éclairage inédit sur les inégalités au sein de la jeunesse étudiante, notamment dans le rapport au temps et à l’avenir, cette approche est aussi une façon de mieux comprendre les transformations du salariat et des modalités d’accès à l’emploi.

- Christelle Avril, Les aides à domicile : un autre monde populaire, Paris, La Dispute, coll. « Corps santé société », 2014, 288 pages. Plus de cinq cent mille femmes travaillent comme aides à domicile en France ; ce chiffre ne cesse d’augmenter face aux besoins croissants des personnes âgées et des familles. Mais qui sont ces femmes – parce que ce sont essentiellement des femmes – et quelles sont leurs conditions d’existence ? Sait-on vraiment en quoi consiste leur travail quotidien ? Que signifie pour elles travailler auprès de personnes âgées ?

- Abdelmalek Sayad, L’immigration ou Les paradoxes de l’altérité. Tome 3, La fabrication des identités culturelles, Raisons d’agir, coll. « Cours et travaux », 2014, 205 pages. La France a une longue tradition d’immigration. En période d’essor économique, les immigrants ne font guère parler d’eux ; ce n’est qu’en situation de crise qu’ils viennent à occuper le centre du débat public. Ils ne sont plus seulement des travailleurs invisibles exerçant souvent les tâches les plus rudes, ou des héritiers de l’immigration identifiés par leur appartenance sociale, ils se transforment en un groupe social à part, dont l’identité, la culture propre mettent en cause la culture et la cohésion nationale.