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Par : mj
Publié : 25 mai 2014

Crises et fluctuations

I – Observer les fluctuations économiques

A. La croissance, un phénomène cyclique ?

1) Expansion et récession

La croissance économique est instable : à des phases de croissance forte succèdent des périodes de ralentissement, voire de baisse de l’activité économique.

Les fluctuations économiques désignent ces variations alternées de grandeurs économiques, comme la production, l’investissement, le prix, l’emploi... Les fluctuations correspondent donc à l’ensemble des accélérations et des ralentissements du rythme de la croissance économique. Lorsque ces fluctuations présentent une périodicité et une amplitude régulière, on parle de cycles économiques.

On distingue le trend, c’est-à-dire la tendance de long terme, qui correspond aux mutations profondes, à la fois quantitatives et structurelles d’une économie, des fluctuations elles-mêmes.

Les fluctuations économiques se composent de différentes phases. On assiste au début à l’accroissement de l’activité économique : on parle alors d’expansion (augmentation momentanée de l’activité économique). La crise, au sens strict, intervient alors : elle correspond au retournement de la tendance, et ouvre l’entrée de l’économique dans la récession (période de ralentissement économique, d’une durée ou d’une amplitude relativement faible : recul de l’activité pendant deux trimestres consécutifs) voire dans la dépression (recul marqué de l’activité économique, soit de longue durée, soit de forte ampleur : un recul de plus de 10%). Au sens plus large, le terme de crise désigne la période de ralentissement ou de recul de l’activité, période au cours de laquelle on assiste à la montée du chômage et à la contraction de nombreuses grandeurs économiques (demande, investissement...). Au cours de cette phase de ralentissement se mettent en place (théoriquement) les conditions de la reprise, qui ouvre une nouvelle période d’expansion et un nouveau cycle.

2) Fluctuations économiques ou cycles économiques ?

Lorsque les fluctuations économiques sont régulières dans le temps, on parle de cycles économiques. Il existe des cycles de différentes durées. On trouve des mouvements cycliques courts (d’une durée d’un ou deux ans) - les cycles Kitchin, ou cycle des affaires, et des cycles plus long (les cycles Juglar d’une durée de 7-10 ans, les cycles Kuznets d’une durée de 15-20 ans). Enfin, il existe des cycles dits longs, d’une durée d’une cinquantaine d’années : les cycles Kondratieff.

L’analyse en termes de cycle implique que les déséquilibres à l’origine des fluctuations sont en grande partie endogènes, et que l’instabilité de la conjoncture résulte du fonctionnement même du système économique.

B. Un siècle de croissance et de crise

Au cours du siècle dernier se sont succédé plusieurs grandes phases de croissance et de contraction de l’activité.

Dans l’histoire des crises, la crise de 1929 occupe une place particulière. Elle est souvent présentée comme une référence dans le domaine des dysfonctionnements économiques. Les années 1920 sont considérées généralement comme l’ère de la prospérité. Toutefois cette prospérité fut accompagnée le maintien et par l’approfondissement de déséquilibres et de distorsions, du fait de la juxtaposition de secteurs déclinants et de secteurs très dynamiques (comme l’électricité, la radio, l’automobile...), mais aussi du fait d’un déséquilibre dans le partage de la valeur ajoutée (alors que la richesse créée explose, les salaires augmentent beaucoup moins vite)

La crise ne commence en octobre 1929 que dans les manuels scolaires : comme l’a souligné A. Sauvy, la conjoncture est dégradée en effet bien avant. Les prix de gros ont commencé à baisser dès février en France et en Grande-Bretagne. Les matières premières étaient en baisse générale dès 1927. Les Bourses européennes avaient connu un retournement au premier semestre 1927 (Allemagne) et en mars 1929 (France et Grande-Bretagne). Si les effets du krach ont été si catastrophiques, c’est parce que, en 1929, se sont combinées aux États-Unis des conditions exceptionnellement aggravantes : des mécanismes de spéculation particulièrement poussés, un système du crédit fragile, une politique monétaire inconséquente.
- La spéculation à Wall Street reposait en grande partie sur le principe de l’achat sur marge. L’acheteur empruntait à un courtier les sommes qu’il transformait en dons et laissait ses titres en garantie chez le courtier. Quelque temps après, il tendait ses titres, payait les intérêts et empochait la différence. Le courtier se refinançait auprès des banques. La règle était de disposer de 10 % de valeur des actions acquises. Le reste était financé à crédit (Call Loans). C’est le principe de l’effet de levier.
- Un autre facteur aggravant était l’existence de nombreuses sociétés d’investissement. N’ayant à leur actif que des titres, elles étaient particulièrement fragiles. Leur chute entraînera celle d’entreprises beaucoup plus saines.
- En 1929, après les longues hésitations, Washington se persuade qu’il faut arrêter la spéculation en rendant plus cher le crédit. En février le resserrement du crédit provoque une chute à la bourse. Puis cette politique est poursuivie, ce qui entraîne un manque de crédits pour l’industrie, alors que la spéculation se poursuit.

Le krach se produit le jeudi 24 octobre 1929, mais ce qui caractérise cette crise, c’est le fait que la crise boursière dure plusieurs jours, et que les pouvoirs publics finissent par fermer Wall Street pour éviter une contagion trop forte.

Le passage de la crise boursière à la crise économique se fit par le biais du crédit. C’est également par cet élément qu’elle se répercuta au niveau international. La panique boursière se prolongea par une panique des épargnants : ceux-ci ont couru retirer leurs dépôts (c’est le bank run) et les banques ont été incapables de faire face à leurs engagements. Les faillites bancaires s’accumulent : 642 en 1929, 1 345 en 1930, 2 298 en 1931. La défaillance de banques et la méfiance qui s’en suivit ont littéralement étouffé le crédit. Sevrée de crédit, l’économie américaine est frappée par les chutes parallèles de l’investissement et de la consommation. L’investissement subit les effets combinés de la baisse du crédit et des profits. La consommation, dans certains secteurs, était financée à crédit, subit l’impact de la contraction de celui-ci. Cela fut aggravé par la défection des acheteurs de produits de luxe ou nouveaux qui se concentraient dans les villes et qui furent ruinés par la spéculation. Dans un deuxième temps la crise atteint son stade crucial avec la baisse conjuguée de la production, de l’emploi, des prix et des salaires. Aucun système de protection n’existant la perte de l’emploi se traduit par le développement de la misère. La hausse du chômage provoque la baisse des salaires, la baisse de la production entraîne celle des prix (déflation), mais la baisse des salaires est plus rapide que celle des prix. Des États-Unis, la crise se généralise par la contraction du crédit (retrait des capitaux américains en Europe, notamment en Allemagne), les désordres monétaires (dévaluations) et la contraction du commerce international (chute des prix, protectionnisme).

Les politiques économiques inadéquates contribuent, dans un premier temps, à son aggravation. En effet, la plupart des pays font faire des politiques de déflation. L’orthodoxie économique de l’époque considérait que la crise était due, comme celles qui l’avaient précédée, à l’excès de crédit. Il fallait donc revenir à des principes d’assainissement économique pour rétablir l’équilibre et la confiance. Cet assainissement devait faire dans trois domaines : celui de la monnaie, du budget, et des échanges extérieurs. Concrètement cela signifiait limiter l’émission de monnaie, diminuer les dépenses de l’État, et rééquilibrer les échanges extérieurs par une contraction des coûts, notamment salariaux. Les mesures furent comparables d’un pays à l’autre : baisse des salaires, baisse des prestations sociales, augmentation des impôts, recours au protectionnisme. Il est évident que ces politiques ont joué un rôle important dans l’aggravation de la crise d’autant plus qu’elles ont fait peser l’essentiel des sacrifices sur les salariés et les fonctionnaires ce qui a provoqué dans la plupart des démocraties des mouvements plus ou moins vifs de mécontentement et un renversement de majorité.

En 1932, au moment le plus dur de la crise (exception faite de la France) le système semblait être parvenu à une impasse. Le chômage touchait plus de 30 millions de personnes dans les pays industrialisés. Dans les pays du nord de l’Europe (Suède, Norvège, Danemark) il se situait autour de 30 %. En Allemagne il dépassait 40 % : la montée du nazisme et l’écroulement de la république de Weimar trouvent là, sans doute, leur cause première. C’est finalement l’intervention de l’État aux États-Unis (après l’élection de F.D. Roosevelt), mais plus encore la marche à la guerre qui ont permis la sortie de la Grande Dépression.

La crise de 2007 est particulière : elle est plus forte et importante que les crises des années 1970, 80 et 90, et évoque la crise de 1929 par son ampleur et son potentiel déflationniste. Le « credit crunch », c’est-à-dire la contraction violente du crédit, menace à nouveau. Enfin la récession atteint des niveaux non atteints depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Deux causes immédiates sont généralement avancées pour expliquer la crise : d’une part la « titrisation », technique consistant à synthétiser des titres divers, notamment de créance, pour en créer d’autres. Ce qui a rendu le système explosif en raison de l’opacité des marchés financiers (impossibilité de savoir exactement ce qu’on les banques dans leurs bilans), d’un contrôle insuffisant des marchés (par les autorités du fait de la déréglementation, mais aussi en raison du rôle des agences de notation). Et d’autre part la politique monétaire américaine qui, au cours des années 2000, pratique une politique de taux d’intérêt bas, ce qui va notamment entraîner une forte augmentation de l’endettement des ménages américains, dirigé vers la consommation et l’achat d’immobilier.

En 2007, la crise est déclenchée par celle des « subprimes », les ménages les plus fragiles financièrement, ayant emprunté pour acheter des biens immobiliers sont incapables de faire face aux remboursements, ils sont expulsés de leurs maisons et celles-ci sont mises en vente. Ce qui entraîne un effondrement des prix, et qui ne permet pas, du coup, aux banques de se rembourser.

Cette crise de l’immobilier entraîne pour les banques la nécessité de faire appel au marché monétaire pour obtenir des liquidités, ce qui fait augmenter les taux d’intérêt interbancaires. Par ailleurs de nombreuses banques sont en grandes difficultés, car endettées.

En octobre 2008 on a un krach boursier, avec une baisse moyenne des bourses mondiales de 40% (on avait déjà eu des chutes en juillet-août 2007). En 1929, le gouvernement avait laissé faire le marché, résultat : des milliers de banque en faillite, celles qui restaient ne pouvaient plus accorder de crédits, les épargnants paniqués qui retiraient leurs dépôts (bank run), d’où le credit crunch, qui s’accompagne d’une contraction de la masse monétaire, ce qui entraîne la déflation. Grâce à cette expérience, les États-Unis vont réagir en apportant des milliards de dollars sur le marché monétaire.

Mais si le pire est évité momentanément, la récession intervient tout de même en raison de la baisse de la production dans certains secteurs (bâtiment, automobile, équipement ménager…). Les États sont obligés d’intervenir massivement dans l’économie, ce qui provoque ou accentue leurs déficits, leur endettement.

Vous trouverez au bout de ce lien une petite vidéo (sur le site de la Cité des Sciences) expliquant les mécanismes de la crise de 2007.

II – Expliquer les fluctuations économiques

On peut considérer que l’existence de fluctuations économiques est une caractéristique normale du système économique, et que les mécanismes de marché permettent la régulation des activités. Les fluctuations ont alors une explication endogène. Mais on sait aussi que l’économie peut être perturbée par des chocs exogènes, qui affectent la demande ou l’offre de biens et services.

A. Des chocs d’offre peuvent faire fluctuer la croissance économique

1) L’impact d’un choc négatif : baisse de la production et hausse des prix

L’offre désigne en économique les quantités de biens et/ou de services que les producteurs sont prêts à vendre sur le marché pour un niveau de prix donné.

Un choc d’offre peut se définir comme une perturbations qui modifie les conditions de la production, notamment des variations brutales des prix ou de la productivité. Un choc d’offre négatif entraîne une contraction de l’activité économique, et peut provoquer un ralentissement économique ou une récession. Un choc d’offre positif au contraire aura un impact favorable sur la croissance.

Un choc d’offre correspond à une modification de l’environnement qui déplace la courbe d’offre. Lorsque le choc est positif, la courbe d’offre se déplace vers la droite, car pour un même niveau de prix, la quantité de biens et services que les agents économiques sont prêts à échanger est plus importante. De ce fait, la quantité d’équilibre est plus forte (le niveau de biens et de services produits et échangés est plus élevé) et le prix d’équilibre diminue (toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire si les autres paramètres ne changent pas, en particulier le niveau de la demande).

Un choc d’offre négatif se traduit par un déplacement vers la gauche de la courbe d’offre : pour un même niveau de prix, les producteurs offrent une quantité plus faible. Ce qui se traduit par une quantité d’équilibre plus faible et un prix d’équilibre plus élevé. Une catastrophe naturelle (un ouragan, un séisme...) constitue un choc d’offre négatif, car elle porte brutalement et durablement atteinte à la capacité de production d’un pays, d’autant plus fortement qu’elle est suivie par un renchérissement des prix. Les chocs pétroliers ont également été des chocs d’offre négatifs pour les économies occidentales.

2) L’impact d’un choc d’offre positif : hausse de la production et baisse des prix

L’introduction d’une nouvelle méthode de production qui améliore fortement la productivité des entreprise, crée un choc d’offre positif dans une économie. En effet, du fait des gains de productivité, les coûts de production baisse, et l’offre peut augmenter pour un prix de marché donné. La découverte d’une nouvelle source d’énergie constitue aussi un exemple de choc d’offre positif.

B. Des chocs de demande peuvent faire fluctuer la croissance économique

Pour comprendre l’importance des chocs de demande dans les fluctuations économiques, il faut d’abord revenir sur l’importance de la demande dans la croissance.

1) La demande est au cœur de la croissance économique

La demande (D) se compose de la consommation, de l’investissement et du solde extérieur. Autrement dit, D = C + I + (X-M)

Il est nécessaire de prendre en compte le solde extérieur (X-M) et pas seulement la demande extérieure constituée des exportations, car une partie de la demande intérieure (la consommation des ménages C et les achats de biens de production des entreprises I) se porte non pas sur des produits nationaux, mais sur des produits étrangers : une partie de la demande intérieure prend la forme d’importations de biens et services (M).

La demande joue un rôle moteur dans la croissance économique.

La demande détermine le montant de l’investissement. En effet, les entrepreneurs décident du montant de leurs dépenses d’investissement en fonction du niveau de la demande qu’ils prévoient. Ils ajustent leurs capacités de production à la demande anticipée, et investissent en conséquence. C’est donc la demande anticipée qui influence l’investissement. La notion de demande anticipée désigne donc le montant de la demande de biens et de services que les entrepreneurs pensent devoir se réaliser.

Lorsque la demande anticipée est faible, les entreprises n’investissent pas et n’embauchent pas, puisque leurs capacités de production suffisent à satisfaire toute la demande prévue. Ces anticipations pessimistes se traduisent donc par une montée du chômage. À l’inverse, lorsque la demande anticipée est forte, les entreprises investissent et embauchent pour pouvoir élever leur niveau de production et satisfaire toute la demande qu’elles prévoient.

C’est l’économiste britannique J.-M. Keynes (1883-1946) qui le premier a insisté sur le lien entre demande et investissement et analysé la crise comme la conséquence d’une demande insuffisante.

2) Les chocs de demande se répercutent sur l’activité économique

Un choc de demande est une perturbation qui affecte la demande de biens et services.

Un choc de demande peut être positif s’il fait augmenter la demande, et négatif lorsque la demande diminue.

Un choc de demande correspond à une modification de l’environnement qui déplace la courbe de demande. Lorsque le choc est positif, la courbe d’offre se déplace vers la droite, car pour un même niveau de prix, la quantité de biens et services que les agents économiques sont prêts à échanger. Inversement, un choc négatif provoque une déplacement vers la gauche.

Une augmentation de la demande se traduit donc à la fois par une augmentation des quantités produites et échangées et par une hausse des prix. L’ouverture d’un pays comme la Chine aux échanges extérieurs engendre un choc de demande (les exportations chinoises explosent, ce qui accroît brutalement la demande adressée aux entreprises chinoises). Une crise financière correspond au contraire à un choc de demande négatif, car elle tend à réduire brutalement la demande.

Compte tenu des comportements des entreprises en termes de stocks, les variations de la demande entraînent parfois des variations amplifiées de l’activité économique. En effet, lorsque la demande ralentit, les entreprises peuvent décider de réduire leurs stocks, si elles considèrent que cette baisse est durable : la production peut alors baisser plus fortement que la baisse de la demande. Inversement, lorsque les entreprises anticipent un hausse durable de la demande, elles décident d’augmenter leur stock, et l’activité est fortement stimulée, puisqu’il faut produire pour répondre à la demande et pour augmenter les stocks. C’est ce que l’on appelle l’effet accélérateur.

Par ailleurs, l’investissement a un effet multiplicateur sur l’activité économique. En d’autres termes, une dépense initiale d’investissement se traduit par une augmentation plus importante de la demande. En effet, une dépense d’investissement constitue un revenu pour autre entreprise et ses salariés. Ces revenus vont être dépensés et à leur tour constituer d’autres revenus pour d’autres agents économiques, qui vont eux aussi les dépenser. En fin de compte, la demande s’accroît de façon proportionnelle à l’investissement de départ (il y a donc un multiplicateur d’investissement). La valeur de ce multiplicateur dépend d’abord de la propension à consommer : plus la part du revenu allouée à la consommation est forte, et plus l’effet multiplicateur sera important. La valeur du multiplicateur dépend également de la propension à importer : si la demande générée par l’investissement se porte sur des produits étrangers, alors l’impact multiplicateur sera relativement faible. C’est Keynes qui a mis en évidence cet effet multiplicateur, qui permet de comprendre pourquoi l’investissement est si important dans la croissance économique.

C. L’explication endogène des cycles économiques

1) Le cycle du crédit : les banques amplifient les fluctuations économiques

La théorie du cycle du crédit (H. Minsky, 1964) affirme que les banques ont tendance, par leur comportement de prêts, à accentuer les fluctuations économiques.

En période d’expansion, les agents économiques s’endettent pour financer leur investissement et leur consommation. La demande s’accroît et nourrit la croissance ainsi que l’optimisme général. Les crédits sont accordés à des agents de moins en moins solvables : en d’autres termes, les risques de prêts pris par les banques augmentent (augmentation des « prêts douteux »). La faiblesse des taux d’intérêt pratiqués par les autorités monétaires peut accentuer la tendance. Sur les marchés financiers se développent des comportements spéculatifs (souvent liés à des innovations financières) qui alimentent la hausse des cours boursiers : des bulles spéculatives se forment, les actifs des entreprises et/ou des ménages sont surévalués et leur valeur boursière devient sans rapport avec leur rendement réel. C’est ce que Minsky appelle « le paradoxe de la tranquilité » : c’est durant les périodes où tout va bien que se forment les crises financières, car les agents économiques sont poussés à l’endettement.

Arrive un moment où se produit une prise de conscience de cette surévaluation des actifs. Les agents économiques ré-évaluent leurs actifs à la baisse, et une crise financière se déclenche (c’est-à-dire une déstabilisation du système de financement de l’économie, via les banques et les marchés financiers). Cette crise financière entraîne l’économie réelle dans la récession (voire la dépression). La valeur des actifs ayant diminué, les banques sont contraintes d’accorder moins de crédits, d’autant que les entreprises fragilisées apportent moins de garanties pour leurs emprunts et que les perspectives de profit semblent peu prometteuses (climat de pessimisme). On assiste à une contraction du crédit, ce que les Anglo-saxons appellent le "credit crunch". Cette baisse du crédit limitent la possibilité des entreprises d’investir, et certaines entreprises, trop en difficulté, sont contraintes de disparaître ou de réduire notablement leur activité, entraînant des licenciements et la montée du chômage et la baisse de l’investissement. De la même manière, le crédit aux ménages se contracte, et c’est la consommation qui se trouve freinée. En fin de compte, l’économie réelle est touchée : le chômage augmente, la demande ralentit et un cercle vicieux s’enclenche. Les banques, en réduisant le montant des crédits accordés, renforcent le mouvement de recul de la demande et donc la récession.

2) La spirale de la dépression

Le recul de l’activité économique dans un pays a des conséquences potentiellement graves, sur le plan économique, mais également sur le plan social et politique.

Récession et chômage de masse

On constate qu’il existe un lien entre les variations de la production (du PIB) et les variations de l’emploi. Mais il faut tenir compte des variations de la productivité pour comprendre ce lien.

Lorsque la croissance économique est plus forte que les gains de productivité, alors il est nécessaire de créer des emplois pour pouvoir augmenter le niveau de la production. Inversement, si les gains de productivité sont supérieurs à l’augmentation de la production, cela signifie qu’il faut diminuer le nombre d’emplois (puisque chaque travailleur est plus productif, il en faut moins pour assurer un niveau de production donné). Le contenu en emplois de la croissance économique dépend donc du rythme des gains de productivité.

Un ralentissement de l’activité économique provoque une montée du chômage. En effet, les entreprises qui anticipent une demande anticipée faible, stoppent leurs investissements et arrêtent de recruter, voire même licencient une partie du personnel (devenu « inutile », puisqu’il lui faut produire moins). Lorsque la contraction de l’activité se prolonge, le chômage peut se transformer en chômage de masse.

Le chômage de masse débouche sur l’apparition d’un chômage d’exclusion : plus la durée passée au chômage s’allonge, plus l’employabilité des chômeurs est atteinte. Se constitue alors un noyau de chômage de longue durée, et les chômeurs concernés sont durablement éloignés du marché du travail, voire exclus du marché du travail (en d’autres termes, ils n’ont plus aucune chance de retrouver un emploi, hormis les emplois aidés). Aujourd’hui, les chômeurs de longue durée (au chômage depuis plus d’un an) représentent un peu plus de 40 % des chômeurs (au sens du BIT), et l’ancienneté moyenne du chômage est de 14 mois.

Le développement d’un tel chômage d’exclusion ne va pas sans conséquence sur la cohésion sociale, au-delà de ses effets négatifs sur les performances économiques, du fait de la perte en capital humain qu’il engendre.

La spirale de la déflation

Une période de dépression économique peut déboucher sur une situation de déflation, c’est-à-dire de baisse générale du niveau des prix, mais aussi des salaires et de la masse monétaire en circulation dans l’économie. La déflation contribue à entretenir un faible niveau d’activité économique. En effet, les ménages ont tendance à différer leurs achats (ce qui contribue encore à faire pression à la baisse sur les prix, surtout si la concurrence est vive).

Par ailleurs, la baisse de la valeur des actifs possédés par les ménages (biens immobiliers) ou par les entreprises (actions par exemple) alourdit le poids de la dette, et pousse à la faillite un certains nombres d’agents économiques trop endettés. Cela renforce le choc de demande récessionniste initial, puisque les faillites se traduisent par une baisse de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises, ainsi que par des destructions d’emplois et une montée du chômage, qui comprime un peu plus la demande. Par ailleurs, les agents économiques cherchent à rembourser leurs dettes en vendant leurs actifs. Ce faisant, ils contribuent à accentuer la baisse des prix, et donc à alourdir le poids de leur dette...

Enfin, la baisse des prix fait augmenter le taux d’intérêt réel (taux d’intérêt réel = taux d’intérêt nominal – taux d’inflation) : les ménages et les entreprises ont alors moins facilement accès au crédit, et la demande se réduit (baisse de la consommation et de l’investissement). La déflation accentue donc les difficultés économique et fait basculer le pays dans une situation de chômage de masse.

3) Le processus de destruction créatrice au cœur de la dynamique du système capitaliste selon Schumpeter

L’économiste autrichien Schumpeter les innovations (qui se produisent par grappes) jouent un rôle essentiel dans la dynamique du système capitaliste. Les grappes d’innovations qui se produisent dans les branches motrices de l’économie (c’est-à-dire qui occupent une place importante dans l’économie et qui se développent fortement) provoquent des « révolutions technologiques » et sont à l’origine des mouvements longs de l’économie (les cycles Kondratieff).

- La vapeur au XVIIIème
- L’électricité au XIXème
- L’informatique depuis les années 1950

Une percée fondamentale donne lieu à une vague d’investissement qui tire la croissance économique. Les innovations engendrent d’importants gains de productivité qui vont se diffuser dans l’ensemble de l’appareil productif à mesure que les entreprises investissent pour s’équiper. De plus, les nouveaux produits mis sur la marché suscitent une demande importante qu’il faut satisfaire. On est dans la phase ascendante du cycle économique. Mais à partir d’un certain moment, l’innovation ne génère plus de nouveaux gains de productivité (il n’y a plus d’entreprise à moderniser, elles se sont toutes adaptées) et la demande sature (car les ménages sont équipés) : ce ralentissement des gains de productivité et de la consommation ouvre la période de contraction de l’activité. L’économie entre alors dans sa phase descendante, jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle grappe d’innovations qui relancera le processus.

Par ailleurs, pour Schumpeter, les innovations sont à l’origine d’un processus de destruction créatrice, qui est au cœur même de la dynamique du capitalisme, et qui permet le rajeunissement permanent des structures économiques. Les innovations ont un aspect destructeur : certaines activités sont rendues obsolètes par le progrès technique. Les entreprises de ces secteurs doivent se reconvertir ou disparaître, ce qui est synonyme de destruction d’emploi et de chômage. De plus, les modes de vie sont bouleversés. Par exemple, la mécanisation des exploitations agricoles a provoqué un exode rural massif et une urbanisation rapide qui a fait disparaître la société paysanne et ses solidarités.

Mais les innovations ont également un aspect « constructeur » : naissance de nouvelles activités, créations d’emplois et augmentation de la productivité qui d’augmenter les revenus et d’améliorer le pouvoir d’achat.

C’est pourquoi Schumpeter emploie le terme de « destruction créatrice » pour désigner cette dynamique liée aux innovations et au progrès technique.

A. Schumpeter distinguait cinq types d’innovations qui avait pour effet de rendre obsolètes les secteurs anciens de production ou les anciens produits et de les remplacer par de nouveaux secteurs et de nouveaux produits qui relançaient la croissance à long terme (processus de « destruction créatrice ») :
- Un nouveau produit (le téléphone mobile…) ;
- Une nouvelle méthode de production (la découpe au laser…) ;
- Une nouvelle organisation de l’entreprise (la sous-traitance…) ;
- Un nouveau marché pour un produit existant (le marché de l’ADN…) ;
- Un nouveau composant intermédiaire pour un produit (l’aluminium…).