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Par : mj
Publié : 27 avril 2014

Commerce international et internationalisation de la production

Les échanges internationaux sont anciens, mais leur forte expansion depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale paraît exceptionnelle. On a en effet assisté à un essor sans précédent des flux de marchandises, de services et de capitaux, et à une ouverture croissance des économies. La division internationale du travail, héritée de l’époque coloniale, s’est profondément modifiée, avec la montée en puissance de nouveaux pays dans les échanges internationaux. Après avoir fait un rapide tour d’horizon du commerce international aujourd’hui, il nous faudra nous interroger sur les déterminants des échanges : sur quoi reposent les spécialisations des différents pays ?

Le libre-échange, doctrine née au XVIIIème siècle, semble s’être imposé comme la règle du commerce mondial, et a fortement contribué à l’essor du commerce international. Pour autant, les pratiques protectionnistes n’ont pas disparu. Ce qui nous amène à nous interroger : le libre-échange est-il toujours justifié ?

Enfin, les entreprises jouent un rôle essentiel dans le processus de mondialisation et d’internationalisation des économies : pourquoi une entreprise cherche-t-elle à s’internationaliser ? Quelles sont les conséquences de ces changements pour les pays concernés ?

I – Le commerce international : libre-échange ou protectionnisme ?

A. L’essor des échanges internationaux

Pour mesurer/observer les échanges du du commerce international, on dispose de différents outils. Dans le document qu’on appelle la balance des paiements, on trouve le solde commercial qui retrace les échanges de biens uniquement : X-M. Dans la balance des paiements toujours, on trouve aussi le solde de la balance des services (balance des « invisibles »), qui retrace les échanges de services (tourisme, assurance, banque...).

Pour mesurer l’interdépendance des pays et l’ouverture d’un pays sur l’extérieur, on utilise le taux d’ouverture : mesuré par (X+M)/2PIB, il correspond au poids des échanges extérieurs dans la richesse d’un pays. On utilise également le taux d’exportation (ou effort à l’exportation), mesuré par X/PIB (qui correspond à la part de la richesse nationale destinée à l’exportation) ainsi que le taux de pénétration, mesuré par M/PIB, qui correspond à la part du marché national occupée par les importations

1) Une explosion et une transformation des flux de marchandises et de services

a] Essor spectaculaire des échanges

L’internationalisation des économies résulte tout d’abord de l’essor des échanges internationaux qui accompagne l’ouverture croissante des économies. Cet essor n’est pas récent : le commerce international s’est développé très rapidement au 19ème siècle et le degré d’ouverture de nombreuses économies était plus élevé en 1913 qu’il ne l’était à la fin des années 1960 du fait d’un fort repli protectionniste durant les années 1930. L’ouverture des économies connaît en effet des hauts et des bas, c’est-à-dire des périodes de fort développement des échanges (fin XIXème, Trente Glorieuses, et surtout période qu’ouvrent les années 1980) et des périodes de fermeture (guerres, Grande Dépression des années 1930).

Cependant depuis 1950, les échanges internationaux progressent très rapidement, plus rapidement que le PIB. Entre 1951 et 2003, selon l’OMC, le PIB a été multiplié par 7, tandis que les exportations étaient multipliées par 25 ! Cela signifie donc qu’une proportion grandissante des productions nationales est exportée (augmentation des « taux d’ouverture ») et que les économies nationales sont de plus en plus insérées dans l’économie mondiale.

La mondialisation est parfois analysée comme une véritable mutation par rapport au mouvement d’internationalisation, un changement de logique dans le fonctionnement du système économique. L’internationalisation renvoie au fait que les pays échangent de plus en plus les uns avec les autres. Elle se traduit donc par des flux de marchandises et de services au niveau mondial. Mais le phénomène de mondialisation va au-delà de cette augmentation des flux entre les pays. Le terme de mondialisation désigne selon J. Adda « l’intégration croissante des parties constituant le tout de l’économie mondiale, donne à celle-ci une dynamique propre, échappant de plus en plus au contrôle des États ». La mondialisation tend donc à dépasser les territoires et les logiques nationales, et impose au système économique et financier une logique qui lui est propre.

Les causes de l’essor des échanges internationaux.

Cet essor des échanges est bien entendu à relier avec une forte croissance économique, tant dans les pays développés que dans les pays en voie de développement : les quantités produites augmentent, les revenus augmentent également, entraînant une hausse de la consommation et des besoins en biens et services, de consommation et de production. Tout cela donne naissance à des flux commerciaux. Mais l’essor des échanges internationaux s’est aussi nourri des innovations en matière de transports, et notamment la révolution du conteneurs, qui permet de diminuer considérablement les coûts de transport.

Enfin, il faut noter que des institutions internationales ont fortement contribué à l’internationalisation des échanges. C’est le cas de l’OMC, l’Organisation Mondiale du Commerce (née en 1995, du GATT), qui a fait de la baisse des droits de douane un objectif essentiel, avec l’idée que le commerce rend plus difficile les conflits, et est un gage de paix, de stabilité et de prospérité générale (conformément aux analyses libérales du commerce international). Les droits de douane correspondent aux taxes qu’instaurent les pays sur leurs importations. Ils contribuent à freiner les échanges, car ils renchérissent le coût des importations, qui perdent en attractivité pour les consommateurs. L’OMC cherche aussi à faire diminuer les protections dites « non-tarifaires » (réglementations, contingentements, manipulation des taux de change...).

b] Transformation de la structure des échanges

Les produits manufacturés constituent l’écrasante majorité des flux de marchandises. Ils représentent environ les 3/4 des échanges mondiaux de marchandises contre 1/3 au début du siècle et la moitié au début des années 1960. Inversement, les produits dits primaires (produits agricoles et matières premières) ont vu leur part dans l’ensemble des flux de marchandises se réduire considérablement sur la même période.

Les échanges internationaux de services se sont développés plus tardivement que les échanges de biens, mais ils constituent l’une des caractéristiques majeures de la mondialisation actuelle. Ils représentent 20 % des échanges mondiaux. On note en particulier la progression très forte de certains types de services : services bancaires, services aux entreprises notamment. Les innovations en matière de communication (les nouvelles technologies de l’information et de la communication, NTIC) ont très largement facilité les échanges de service.

Cependant, une grande partie des services est difficilement exportable, du fait de la caractéristique principale d’un service : la production et la consommation se font simultanément. On peut donc difficilement exporter une coupe de cheveux, une consultation médicale ou un cours de SES ... Ce type de services constitue ce que l’on appelle le « secteur abrité », qui peut donc être considéré comme un gisement d’emplois où le coût du travail importe peu, puisque le secteur n’est pas soumis à la concurrence internationale.

La mondialisation actuelle est aussi une mondialisation financière. Là encore, il ne faut pas oublier qu’au début du XXème siècle, la libre circulation des capitaux était la règle, et que de ce fait, l’internationalisation des capitaux était très forte. Ce n’est qu’à partir de la 1ère Guerre mondiale que les flux de capitaux ont régressé, avant de se développer à nouveau à partir des années 1960. Beaucoup de facteurs ont contribué à accroître les flux de capitaux internationaux depuis quelques décennies : la déréglementation, la multiplication des innovations financières (nouvelles formes de placement) et l’essor des NTIC qui permettent aux Bourses mondiales d’être connectées en réseau. Les places financières cotent aujourd’hui 24h/24 à travers toute la planète (en fonction des fuseaux horaires).

c] Transformation de la géographie des échanges

On observe une tripolarisation des échanges (organisation des flux autour de la Triade : Europe, Asie, Amérique du Nord). Chaque pôle de la Triade est hiérarchisé (le Japon, les EU) et le commerce intra-zone est important (et souvent lié à une zone de libre-échange). Chaque pôle de la Triade a des « satellites » qui ont des relations privilégiées avec la zone : l’Europe de l’Est et l’Europe ; l’Amérique latine et l’Amérique du Nord. Certaines zones de la planète sont marginalisées : l’Afrique principalement, mais aussi une partie de l’Asie. Leur part dans le commerce mondial chute, parce que les exportations n’augmentent pas aussi vite que dans les autres régions du monde.

Les courants d’échange sont largement déterminés par la Division Internationale du Travail (DIT), qui fait que les pays se spécialisent dans certains types de production. Or ces courants d’échanges se sont transformés, sous l’effet d’une évolution de la DIT. Traditionnellement, les PED étaient spécialisés dans les produits agricoles et les matières premières (les produits primaires), et les PDEM dans les produits manufacturés. À partir des années 1970, cette DIT traditionnelle est remise en cause : la part des produits manufacturés dans les exportations des PED augmente considérablement, pour atteindre les 2/3 de leurs exportations au seuil des années 2000. Aujourd’hui, on peut dire que les pays du Sud sont spécialisés dans les produits manufacturés à faible valeur ajoutée (essentiellement du fait de ce qu’on appelle les NPI, surtout situés en Asie), alors que les PDEM ont été contraints d’orienter leur production vers des industries à haute intensité capitalistique, donc sur des biens à plus forte valeur ajoutée.

On a globalement assisté au déclin des pays spécialisés dans les produits primaires. L’Afrique et l’Amérique latine représentaient 17 % du commerce mondial au début des années 1950 ; elles n’en représentent plus que 8 % aujourd’hui. A l’inverse, les pays exportateurs de produits manufacturés ont vu leur poids augmenter dans les échanges (pays européens et pays asiatiques – NPI).

2) Comment les théories du commerce international expliquent-elles les échanges internationaux ?

a] Les théories classiques du commerce international expliquent les spécialisations

Les économistes classiques et néoclassiques (A. Smith et D. Ricardo) affirment que les pays ont intérêt à commercer entre eux à condition qu’ils se spécialisent. Pour A. Smith, le libre-échange est facteur d’enrichissement pour les nations. Chaque nation a intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle elle possède un avantage absolu, c’est-à-dire un coût unitaire de production plus bas que dans les autres pays. D. Ricardo (1772-1823, Des principes de l’économie politique et de l’impôt, 1817) approfondit l’analyse de Smith. Pour lui, les pays ne disposant pas d’un avantage absolu ont tout de même intérêt à s’intégrer aux échanges internationaux et à se spécialiser dans la production où leur désavantage est le plus réduit. Ainsi, Ricardo prend-il l’exemple du Portugal et de l’Angleterre, cette dernière ayant un avantage absolu dans la production de drap et dans la production de vin par rapport au Portugal. La théorie de Smith amène à conclure que le Portugal et l’Angleterre n’ont pas intérêt à échanger. Ricardo montre que même dans cette situation, il existe des gains à l’échange international. Le Portugal a en effet un désavantage plus faible dans la production de vin que dans la production de drap (l’écart de productivité est plus réduit pour cette production que pour l’autre vis à vis de l’Angleterre). Si les deux pays choisissent la spécialisation et l’échange, ils sont tous les deux gagnants, puisque la quantité de drap et de vin disponible augmente dans les deux pays.

La spécialisation et le commerce international permettent d’augmenter la production et sont donc sources de croissance. En effet la spécialisation permet une allocation optimale des ressources au niveau mondial qui profitera à tous : les facteurs de production jusque là utilisés pour produire les biens qui vont désormais être importés sont réaffectés vers les secteurs les plus performants du système économique. Les quantités produites augmentent donc, et le surplus peut être échangé avec les partenaires commerciaux. La quantité et la diversité des biens et services disponibles pour satisfaire les besoins augmente, et c’est le bien-être de la population qui s’en trouve amélioré.


Les avantages comparatifs par lewebpedagogique

L’analyse ricardienne a été prolongée au XXème siècle : c’est le théorème HOS. Cette théorie postule que les nations sont amenées à se spécialiser dans les produits incorporant une forte quantité de facteur de production (travail, capital, terre) qu’elles possèdent en abondance. La spécialisation se base donc sur des dotations factorielles différentes selon les pays. Ainsi, l’Australie a-t-elle eu intérêt à se spécialiser dans l’agriculture extensive, compte tenu de l’immensité des terres dont elle dispose sur son territoire.

Grâce à l’échange international, on assiste alors à un phénomène de convergence entre les pays. Les facteurs les plus abondants, au départ moins chers, sont plus demandés : leur prix a donc tendance à monter. Inversement, les facteurs plus rares, au départ relativement coûteux, sont moins demandés, leur prix relatif a tendance à diminuer.

Enfin, les dotations factorielles peuvent être modifiées dans le temps, notamment grâce à la mise en place de politiques industrielles : c’est ce qu’a montré l’exemple des pays asiatiques, et notamment le cas de la Corée du Sud. En exploitant d’abord son avantage en termes de main-d’œuvre (industrie textile), la Corée a utilisé les bénéfices ainsi générés pour investir (augmentation du stock de capital disponible : machines plus performantes, incorporant du progrès technique), et « remonter la filière » (passage de l’assemblage au filage puis au tissage et enfin à la fabrication de métiers à tisser), tandis qu’un effort était fait en matière de formation de la population, afin de disposer d’une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée.

b] Les nouvelles théories du commerce international expliquent le commerce intra-branche

On appelle commerce intra-branche les échanges concernant les produits similaires issus de même branche (importations et exportations d’automobiles par exemple). Le commerce intra-branche peut concerner des produits similaires de même gamme, différenciée horizontalement (design, image de marque) ou bien des produits similaires de gammes différentes : on parle alors de différenciation verticale. Les échanges intra-branches représentent une part très importante dans les échanges au sein des pays du Nord : plus de la moitié des échanges au sein de l’Union Européenne, et près des 2/3 des échanges pour la zone Amérique du Nord.

Les théories traditionnelles du commerce international (la théorie des avantages comparatifs, et sa généralisation, le théorème HOS) ne permettent pas de comprendre le commerce intra-branche, puisqu’elles concluent à la nécessaire spécialisation préalable à l’échange. Comment dès lors comprendre ce type d’échanges, très importants dans les pays développés ?

On peut faire appel aux stratégies de recherche de débouchés des entreprises : plutôt que de se contenter de subir la concurrence, les entreprises peuvent avoir intérêt à différencier leurs produits de celui de leurs concurrents, tout en vendant ces produits à l’échelle la plus grande possible. Cela leur permet d’améliorer leur compétitivité prix grâce aux économies d’échelle (dues à l’importance des quantités produites), ainsi que d’une plus grande compétitivité hors-prix (liée à leur image de marque ou à la spécificité de leur produit). On peut aussi évoquer le rôle de la demande des pays développés et le goût des consommateurs pour la diversité, qui incite à multiplier les produits similaires mais différenciés dans un même branche.

B. Le libre-échange est-il toujours justifié ?

Pour les économistes libéraux, partisans du libre-échange, l’échange international est source de croissance économique : nous verrons quels sont leurs arguments. Bien que le libre-échange soit le principe d’organisation du commerce international, admis et revendiqué dans les discours, on constate que des pratiques protectionnistes existent toujours. Il faut donc se demander pourquoi : l’ouverture internationale serait-elle parfois néfaste à la bonne santé économique d’un pays ?

Le libre-échange désigne une doctrine économique qui préconise de laisser une totale liberté de circulation aux biens économiques entre les pays, ainsi que la politique commerciale qui consiste à supprimer les entraves aux échanges internationaux. Le protectionnisme désigne au contraire une doctrine économique visant à favoriser les entreprises nationales et à pénaliser la concurrence étrangère ainsi que la politique commerciale qui consiste à fermer ses frontières aux produits étrangers afin de favoriser les entreprises nationales.

NB : On semble souvent opposer libre-échange et protectionnisme, mais noter que les deux sont deux positions possibles sur un continuum entre l’ouverture totale aux échanges et la fermeture complète : libre-échange ↔ ouverture ↔ protectionnisme ↔ fermeture

1) Les bienfaits du libre-échange

Le libre-échange est supposé apporter des avantages aux consommateurs et aux producteurs, par différents mécanismes.

Un effet de dimension : grâce à la spécialisation et à l’ouverture d’un marché mondial, chaque nation peut produire plus et plus efficacement. Les entreprises peuvent donc bénéficier d’économies d’échelle et d’effet d’apprentissage, qui améliorent la productivité et font baisser les coûts unitaires de production. Elles gagnent donc en compétitivité.

Un effet de diversification : grâce aux importations, les consommateurs, mais également les entreprises, ont à leur disposition une plus large diversité de produits pour satisfaire leurs besoins, que ce soit en terme de biens et services de consommation ou de biens de production.

Un effet de concurrence : le commerce international et le libre-échange permettent l’entrée de nouvelles entreprises sur des marchés qui sont largement oligopolistiques (donc pas optimaux du point de vue du consommateur, du fait d’une concurrence pas assez intense). La situation de marché se rapproche alors de la Concurrence Pure et Parfaite, ce qui est favorable aux consommateurs (baisse des prix et amélioration de la qualité) et à l’économie toute entière (incitation à investir, à innover pour améliorer la compétitivité hors-prix, à réaliser des gains de productivité qui amélioreront la compétitivité et feront baisser les prix, ...).

En fin de compte, les producteurs bénéficient de gains de productivité, d’un élargissement du marché (et donc d’économies d’échelle), ainsi que d’une incitation à l’innovation pour maintenir leur compétitivité prix et hors-prix et des transferts de technologie, qui leur permettent de moderniser leur appareil de production plus rapidement et de façon moins coûteuse que s’ils avaient dû eux-mêmes produire la technologie. Les consommateurs quant à eux peuvent profiter de baisse des prix (du fait d’une concurrence plus intense, des économies d’échelle et des gains de productivité permis par la spécialisation), d’une hausse de la qualité ainsi que de la variété/diversité, grâce à la fois à la multiplication des offreurs présents sur le marché et à l’accélération de l’innovation induite par la concurrence.

2) Pourquoi le protectionnisme existe-t-il encore aujourd’hui ?

Les échanges internationaux, dans un cadre de libre-échange, offrent donc en théorie de nombreux avantages aux producteurs comme aux consommateurs. Comment alors expliquer la persistance de mesures protectionnistes, dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement ?

a] Les inconvénients du libre-échange

La concurrence internationale peut amener à la disparition de productions locales, lorsque les producteurs locaux ne sont pas suffisamment compétitifs. Ne pouvant soutenir la compétition, ils sont condamnés à disparaître. C’est le cas par exemple de l’industrie textile en France qui subit de plein fouet la concurrence de pays où le coût de la main d’œuvre est beaucoup plus bas (pays du Maghreb, d’Europe de l’Est ou Chine). C’est aussi le cas du secteur agricole dans les pays en développement, qui se trouvent confrontés à des productions ultra-subventionnées en provenance des pays développés.

Par ailleurs, dans les pays développés, le libre-échange est accusé d’entraîner une pression à la baisse sur les salaires et sur les système de protection sociale, remettant ainsi en cause le pacte social.

De plus, le libre-échange suppose une spécialisation, c’est-à-dire l’abandon de certains secteurs d’activité moins productifs qu’à l’étranger : il peut s’ensuivre une dépendance vis-à-vis des pays étrangers pour la satisfaction de besoins fondamentaux. S’est posée par exemple la question de l’auto-suffisance alimentaire lors de la flambée des prix agricoles en 2007-2008 : l’abandon de certaines productions agricoles s’est révélé dramatique lorsque la hausse des cours mondiaux a rendu difficile voire impossible les importations de ces produits : certains pays ont alors connu des émeutes de la faim.

Enfin, pour certains économistes, le libre-échange permet aux pays riches d’imposer un échange inégal aux pays en voie de développement. Le système économique mondial est en effet hérité de l’époque coloniale, et permettrait aux pays du Nord de poursuivre l’exploitation des richesses naturelles des pays du Sud à leur profit. Les spécialisations auxquelles les pays en voie de développement sont plus ou moins contraints sont en effet peu avantageuses : elles ont peu d’effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie (elles ne nécessitent par exemple pas d’investissements, donc d’accumulation de capital physique et de progrès technique, pas plus qu’elles ne nécessitent une main-d’œuvre qualifiée). Par ailleurs, les pays spécialisés dans les produits primaires ont été confrontés à une dégradation des termes de l’échange : le prix des produits qu’ils importent a augmenté plus rapidement que le prix de leurs exportations. Cette dégradation des termes de l’échange les oblige à produire sans cesse davantage pour financer leurs importations, sans pouvoir augmenter les quantités de produits importés. On peut parler de "croissance appauvrissante". En fin de compte, ils se retrouvent privés des ressources stables nécessaires au financement de leur processus de développement (qui suppose des investissements privés dans l’appareil productif afin de développer certains secteurs porteurs, et des investissements publics dans les infrastructures de communication, de santé ou de formation). Leur économie est totalement extravertie et leur croissance ne profite pas à leur population.

b] Les justifications du protectionnisme

Pour F. List (1789-1846), le protectionnisme est le seul moyen de stimuler l’industrialisation des nations. Il promeut donc un « protectionnisme éducateur », c’est-à-dire un ensemble de mesures destinées à protéger le marché intérieur et à permettre l’essor d’entreprises nationales « dans l’enfance ». Grâce à ces mesures, ces industries naissantes disposent en effet d’un temps d’apprentissage nécessaire pour accéder au niveau de productivité des pays plus avancés dans le processus d’industrialisation. En se développant sur le marché intérieur à l’abri de la concurrence étrangère, elles peuvent également bénéficier d’économies d’échelle qui diminuent leurs coûts unitaires de production. Dès que le retard est rattrapé, les barrières douanières doivent être abandonnées, car elles ont alors plus d’effets pervers (surcoût pour le consommateur, peu d’innovation et d’amélioration des produits) que d’effets bénéfiques.

Au XXème siècle, cette analyse a été reprise dans le cadre de ce qu’on a appelé le "protectionnisme stratégique". Les États ont intérêt à soutenir une entreprise nationale pour lui permettre de devenir un leader mondial sur son marché. Ce soutien public passe par des subventions, des avantages fiscaux, une aide dans le processus de R&D, l’existence d’un cadre réglementaire favorable. Il passe également par des protections tarifaires et non-tarifaires aux frontières. Ainsi la France et l’Europe ont-elles soutenu Airbus, pour en faire un concurrent de Boeing au niveau mondial.

Il existe d’autres justifications au protectionnisme.

La défense de l’intérêt national, notamment pour limiter la dépendance vis à vis de l’extérieur (politique énergétique française par exemple ou bien protection du secteur militaro-industriel, ou politique agricole en Europe) peut être avancée pour justifier des mesures de protection du marché intérieur. L’intérêt national peut aussi résider dans la préservation de l’emploi. La concurrence internationale peut en effet conduire à un dumping social, c’est-à-dire le maintien d’un faible niveau de protection sociale ou de niveau de salaire bas pour limiter le coût du travail et améliorer la compétitivité-prix des entreprises, ce qui se traduit pour les pays industrialisés par une perte de compétitivité et du chômage. Le protectionnisme se justifie alors pour lutter contre les effets négatifs sur l’emploi et la croissance de la disparition de secteurs entiers de l’économie ou des délocalisations. On a récemment employé le terme de « patriotisme économique », ou de protectionnisme défensif. Il s’agit de pénaliser les produits étrangers afin de préserver le pacte social.

Le protectionnisme peut aussi concerner les industries sénescentes (ou vieillissantes) (N. Kaldor), parce qu’elles ne sont plus suffisamment productives pour soutenir la concurrence internationale. Le protectionnisme permet alors une adaptation progressive du tissu productif et la ré-allocation "en douceur" des facteurs de production, sans crise sociale majeure, soit par la disparition d’un secteur entier (par exemple les mines de charbon en France), soit par la modernisation et la restructuration du secteur pour le rendre apte à la compétition internationale.

Le protectionnisme peut aussi être un ensemble de représailles vis à vis de pays ayant eux-même adopté des mesures protectionnistes ou pratiquant une concurrence déloyale (pays qui autorisent le travail des enfants ou ne respectent aucune norme de sécurité ou environnementale ...). Les mesures protectionnistes peuvent également être utilisées comme des moyens de pression au niveau international, dans le cadre de conflit avec un autre Etat (par exemple l’embargo américain contre Cuba, ou contre l’Irak de Saddam Hussein).

Un tarif douanier peut enfin être justifié par un besoin en termes de recettes fiscales pour l’État. En période de contrainte budgétaire forte, il est en effet tentant de taxer les produits importés, car la mesure apparaît plus acceptable que l’augmentation des impôts (même si en fin de compte, ce sont les consommateurs qui en supportent le coût...).

c] Les instruments du protectionnisme

On distingue deux grands types d’instruments : les mesures tarifaires, et les mesures non-tarifaires.

Les mesures tarifaires jouent sur le prix des importations et des exportations. La plus connue est la taxe sur les importations, le droit de douane. Taxer un produit étranger à son arrivée sur le territoire augmente son prix et le rend moins compétitif par rapport aux produits nationaux. Les entreprises nationales sont donc moins menacées par la concurrence étrangère.

Les États peuvent également subventionner les producteurs nationaux. Ces derniers peuvent alors fixer un prix sur le marché international inférieur à leurs coûts de production : ils gagnent en compétitivité (le prix des exportations est diminué par rapport aux coûts de production réels) et ils peuvent ainsi occuper une part importante du marché. C’est notamment le cas dans le domaine agricole, que ce soit en Europe ou aux États-Unis.

Enfin, les taux de change peuvent influencer le prix des exportations et des importations, lorsqu’ils sont maintenus à un niveau artificiellement bas. En effet, si le taux de change est bas, cela signifie que les produits nationaux sont moins coûteux sur les marchés étrangers, tandis que les importations en provenance des autres pays sont plus coûteuses. En diminuant le prix des exportations et en augmentant celui des importations, la baisse du taux de change (ou son maintien à un niveau faible) permet de générer des excédents commerciaux. Ces derniers devraient alors conduire à une appréciation monétaire, qui ne se produit pas si la banque centrale veille à intervenir sur le marché des changes.

Les mesures non-tarifaires sont la deuxième grande famille d’instrument du protectionnisme. Elles agissent sur les quantités, et non sur les prix. La mise en place de quotas va limiter les quantités importées de certaines familles de produit. Certains quotas peuvent être négociés entre les pays, d’autres sont imposés unilatéralement.

Les barrières non-tarifaires passent également par le "protectionnisme gris", c’est-à-dire le protectionnisme administratif. Il s’agit d’édicter des normes (sanitaires, de sécurité) qui vont soit interdire l’accès au pays de certains produits, soit renchérir les coûts de production pour les rendre moins compétitifs. Par exemple, les pays européens ont imposé que les notices de montage/explicatives soient écrites dans la langue du pays de commercialisation. Cela contraint donc les entreprises à écrire, traduire en de multiples langues (à l’aide d’un traducteur) et imprimer des notices de plusieurs pages : cela augmente d’autant leurs coûts de production. Autre exemple, en matière de jouets, certains composés chimiques sont interdits car jugés dangereux pour la santé (certaines peintures notamment). Les pays européens interdisent l’importation de produits ne respectant pas ces normes, ce qui freine les importations en provenance des pays émergents (notamment la Chine).

d] Les risques du protectionnisme

De nombreuses justifications, théoriques ou pragmatiques, existent en matière de protectionnisme. Cependant, ce type de politique présente aussi des inconvénients et des limites.

Les importations sont parfois rigides à la baisse, en particulier lorsque le produit n’a pas de substitut ou n’est pas produit sur place. Dans ce cas, les mesures protectionnistes, qui se traduisent par une hausse du prix des produits importés, qui pénalise le pouvoir d’achat des ménages. Ce qui se traduit par un "manque" de croissance, le pouvoir d’achat libéré par les importations à bas prix aurait pu bénéficier à d’autres secteurs (notamment au secteur des services, moins soumis à la concurrence étrangère). Par ailleurs, des produits importés plus chers peuvent engendrer une inflation importée : la hausse du prix des produits importés augmente les coûts de production des entreprises et se répercute sur les autres produits pour se diffuser à l’ensemble de l’économie, pénalisant la demande et la croissance.

La diminution de la concurrence peut nuire aux consommateurs, par insuffisance de la qualité ou par des prix élevés. A long terme, les entreprises peuvent devenir moins performantes, du fait de l’absence d’investissement, en particulier dans la recherche et développement, puisque le protectionnisme diminue l’intensité de la concurrence à laquelle elles sont confrontées.

En fin de compte, le protectionnisme pénalise la croissance et l’emploi, car la demande est moins stimulée et que le processus concurrentiel fonctionne moins bien.

II – Comprendre l’internationalisation de la production

Nous avons évoqué à propos de l’évolution historique des échanges internationaux le fait que la mondialisation apparaisse aux yeux de certains non comme le prolongement du mouvement d’internationalisation des économies, mais bien comme l’émergence d’une nouvelle logique d’organisation de la production, qui dépasse le simple cadre étatique. Les entreprises qu’on appelle aujourd’hui Firmes Trans-Nationales ou Firmes Multinationales (FTN ou FMN) sont des acteurs très importants de cette mondialisation.

A. L’essor des Firmes Trans-Nationales (FTN)

1) De plus en plus de FTN

Une firme transnationale peut se définir comme une entreprise qui exerce une partie de son activité à l’étranger : elle réalise donc son activité de production dans au moins deux pays. Une FTN comprend une maison-mère (dans un pays) et au moins une filiale (dans un autre pays). Une filiale est une entreprise dont le capital est contrôlé par une autre société, appelée la société-mère (le contrôle du capital est en général compris comme la possession d’au moins 10 % du capital). Elle fait souvent appel à un réseau de sous-traitants qui dépendent étroitement d’elle.

Le nombre de FTN a considérablement augmenté depuis une trentaine d’années, et le nombre de filiales encore plus.

La plupart des FTN sont originaires des pays du Nord.

2) L’essor des flux d’IDE

Les flux d’IDE sont la caractéristique principale de la mondialisation actuelle.

Les IDE correspondent à un flux de capitaux entre deux pays afin de créer, de racheter ou de prendre le contrôle d’une entreprise (la prise de contrôle d’une entreprise se définit comme une prise de participation supérieure à 10 % du capital de l’entreprise). Les flux d’IDE entrants correspondent à des "importations" de capitaux, les IDE sortants à des "exportations" de capitaux.

Contrairement aux investissements de portefeuille, les IDE ont avant tout une logique productive. Les investissements de portefeuille sont des prises de participation inférieures à 10 % du capital. Ils ont une logique de placement – ie bénéficier de revenus via le versement de dividendes.

Les IDE sont étroitement liés aux FTN : ce sont ces dernières qui réalisent ces investissements. Ils sont donc le symbole d’une organisation mondialisée de la production et de la DIPP. On constate d’ailleurs une explosion des IDE qui accompagne le processus d’internationalisation des entreprises. Les IDE ont considérablement augmenté depuis les années 1980. Ils ont été multiplié par 4 au cours des années 1980, et par 5 au cours des années 1990. Cet essor des IDE est en grande partie lié à l’essor des opérations de fusion-acquisition (= opération par laquelle deux entreprises disparaissent pour créer une nouvelle entreprise). Pour augmenter leur taille, les entreprises choisissent de prendre le contrôle ou de s’allier à l’un de leurs concurrents (croissance externe).

Exemples de fusion-acquisition récente : Alcatel-Lucent (2006) est devenu l’un des principaux équipementiers en télécommunication, leader sur le marché de la fibre optique. Sanofi-Aventis (2004), dans l’industrie pharceutique. Mittal-Arcelor (2006) : leader sur les principaux marchés sidérurgiques (automobile, électroménager, construction, emballage). Mais aussi GDF-Suez (2008) ou BNP-Paribas (2008).

Les IDE concernent essentiellement les pays du Nord, qui sont à l’origine de 70 % des IDE, et qui en reçoivent un peu moins 50 %. Mais le poids des pays émergents (Chine, Inde, Brésil, ...) augmente fortement depuis les années 2000 : les économies en transition concentrent un peu plus de 50% des flux d’IDE entrants aujourd’hui, et la Chine à elle seule plus de 8% ! Cependant, cette explosion des IDE laisse de nombreux pays de côté, notamment les pays africains.

3) La mondialisation de la production : la DIPP

Les FTN mettent en place une Décomposition Internationale des Processus Productif, basée sur le principe d’une production modulaire. Celle-ci présente dans de nombreux secteurs industriels : l’automobile, le textile, l’habillement, l’électronique, l’informatique... L’exemple typique de la mise en œuvre à large échelle de ce phénomène est l’industrie automobile. Dès le début des années 1970, la production de la Ford Escort a été découpée en divers fragments localisés dans des pays différents en fonction de leurs avantages comparatifs. La conception et la R&D étaient maintenues par le constructeur dans le pays d’origine. Aujourd’hui, Apple est un autre exemple de cette modularisation de la production.

L’objectif des FTN est de tirer parti au maximum des avantages comparatifs et des spécialisations des différents territoires mondiaux : faible coût de main-d’œuvre (activités d’assemblage), maîtrise de savoir-faire spécifique (motorisation, chimie, plasturgie...), proximité des sites d’extraction des matières premières... Par exemple, le leader mondial des puces informatiques, Intel, a divisé sa production en trois grandes activités : la fabrication des tranches de silicium (les « wafers »), l’assemblage et les tests. La fabrication des tranches de silicium, de même que la recherche et le développement, est une activité intensive en travail qualifié, ce qui explique pourquoi Intel réalise cette production dans des pays où les niveaux d’éducation sont relativement élevés : les États-Unis, l’Irlande et Israël. En revanche, l’assemblage et les procédures de tests sont davantage des tâches de routine, intensives en travail non qualifié. Intel a localisé ces activités dans des pays où la main-d’œuvre est bon marché, comme la Malaisie, les Philippines, le Costa Rica et la Chine.

La mise en place de cette production modulaire donne naissance à des flux de commerce intra-firme qui deviennent très importants : ils représentent en 2012 près d’un tiers des échanges de produits dans le monde. Le commerce intra-firme désigne les flux de produits (biens et services) qui se font au sein d’un même groupe, entre filiales ou entre la maison-mère et les filiales. Ils sont comptabilisés de la même manière que des échanges entre entreprises indépendantes, mais ces flux ne sont pas régis par la même logique. En particulier parce que le prix auquel sont facturées ces marchandises (le prix de transfert) ne correspond pas à un prix de marché, mais résultent d’un calcul d’"optimisation" au niveau international, qui permet aux groupes de minimiser leur imposition, voire de ne pas payer du tout d’impôt.

B. Les stratégies des FTN

1) Comment les firmes peuvent-elles s’internationaliser ?

S’internationaliser signifie pour une entreprise de déployer une partie de ses activités dans un autre pays que son pays d’origine. Les activités développées à l’étranger peuvent être des activités de production, de montage ou d’assemblage, de distribution et d’innovation (R&D).

Ce déploiement à l’international peut s’accompagner ou non de délocalisation. Une délocalisation désigne le transfert d’une unité de production vers un autre territoire. Elle est absolue lorsqu’elle conduit à fermer le site de production du pays d’origine. Cela dit, cette forme de délocalisation n’est pas nécessairement la plus fréquente : au contraire, elle peut simplement correspondre au développement d’activités à l’étranger.

L’internationalisation peut passer par différentes opérations. La première catégorie d’opération suppose un transfert de capitaux entre les pays : il s’agit de la création de filiales étrangères (nouvellement créées), d’opérations de fusions-acquisitions (opérations par laquelle deux entreprises fusionnent pour n’en constituer plus qu’une), ou encore de joint-venture. L’autre grande catégorie d’opération permettant l’internationalisation n’implique pas de transfert de capitaux : il s’agit du recours à la sous-traitance, à la franchise et à la licence.

Le recours à la sous-traitance ou à des contrats de licence permet d’externaliser une partie de la production. L’externalisation peut relever d’une logique horizontale : l’entreprise partenaire produit la même chose. Cela a par exemple longtemps été le cas de Dacia vis à vis de Renault, avant que cette dernière ne prenne le contrôle de la première. Dacia commercialisait essentiellement des copies des modèles Renault (le marché roumain étant largement inaccessible aux entreprises occidentales), profitant ainsi de la technologie et des innovations de Renault. L’externalisation peut aussi relever d’une logique verticale, lorsqu’une entreprise décompose son processus de production et confie chaque tâche à un sous-traitant particulier (comme le fait Apple pour la fabrication de l’I-phone). L’externalisation permet aux entreprises de baisser leurs coûts de production, et de gagner en flexibilité.

2) Quels sont les objectifs des firmes qui s’internationalisent ?

Les FTN ont recours aux IDE pour différentes raisons.

Une logique d’approvisionnement a d’abord dominé : exploitation de plantation ou d’activités extractives dans les colonies par exemple. Cette logique est encore présente dans les secteurs miniers, énergétiques et métallurgiques. Exemple : Total possède des puits de pétrole, Areva exploite des mines d’uranium au Niger...

Les IDE sont aussi une prolongation des exportations : ils permettent de produire sur place par le biais de filiale-relais. Cela permet de contourner les protections douanières des pays de destinations des importations. Cela permet également de mieux s’adapter à la demande locale, du fait d’une plus grande proximité. Il s’agit d’une stratégie de marché. Exemple : Renault au Brésil (Sandero), Toyota (usine implantée à Valenciennes : aujourd’hui la moitié des véhicules Toyota sont produits hors du Japon)...

Les FTN peuvent chercher enfin à tirer profit des avantages comparatifs des différents pays. On parle dans ce cas de stratégie de rationalisation. Elles peuvent ainsi bénéficier de coûts de production plus bas, d’économie d’échelle liées à la très forte spécialisation des filiales-ateliers. Les filiales exportent leurs produits vers la société-mère ou vers d’autres filiales (montage) : il y a décomposition du processus de production à l’échelle de la planète (DIPP). Cela s’accompagne d’un développement important du commerce intra-firme. C’est particulièrement vrai pour toute l’industrie textile, mais aussi et de plus en plus pour l’électronique.

L’impératif de compétitivité est au cœur des stratégies internationales des entreprises.

La compétitivité désigne la capacité à soutenir la concurrence, c’est-à-dire à maintenir ou à accroître ses parts de marché face à ses concurrents. La compétitivité revêt deux dimensions : la compétitivité-prix et la compétitivité structurelle ou hors-prix (image de marque, fiabilité, SAV ...).

Le lieu d’implantation de la FTN dépend en fin de compte de l’objectif poursuivi.

Recherche de la compétitivité-prix (cost seeking)  : les coûts de production locaux sont alors les facteurs déterminants pour le choix de l’implantation – en tenant compte des différentiels de productivité. Le niveau de salaire ainsi que l’existence ou non d’un système de protection sociale influe sur les coûts de production : plus le salaire est bas, et plus le coût de production sera faible. Cependant, il faut dans le raisonnement tenir compte d’autres éléments que le seul salaire horaire. D’une part, le niveau de productivité très faible peut venir annuler les gains en termes de salaire horaire : chaque salarié coûte moins cher, mais il produit également beaucoup moins. Pour assurer le même niveau de production, il faut donc un plus grand nombre de salariés, ce qui suppose une masse salariale importante. D’autre part, la délocalisation de la production génère des coûts indirects qui peuvent se révéler importants : coûts de transport, manque de réactivité, problème de qualité dans la production, de gaspillage, problème du manque de protection contre les contre-façons... En fin de compte, certaines entreprises font le choix de re-localiser leur production, car les coûts induits sont plus importants que les économies réalisées sur la main-d’œuvre. Cela été le cas récemment du Coq sportif et des skis Rossignol ou du shampooing Petrole Hahn, des jouets Smoby, des lunettes Atol, des chaussettes Kindy et des nappes et assiettes Geneviève Lethu revenus en France entre 2007 et 2009.

Produire des biens pour les vendre sur place (market seeking) : la taille du marché devient alors un critère essentiel. Les entreprises s’implantent au plus près de la demande, dans les pays à forte croissance (Chine, Brésil, Inde) ou bien dans les pays développés, là où le pouvoir d’achat est le plus élevé.

Recherche d’un main-d’œuvre qualifiée, d’externalités positives (infrastructures collectives) pour améliorer la qualité des produits, faire de la R et D... (efficiency seeking) L’implantation se fait dans ce cas dans les pays du Nord essentiellement, qui disposent de l’essentiel des capacités de R&D (niveau de formation de la main-d’œuvre, laboratoires de recherche privés et publics...), mais aussi en Inde, qui dispose d’une main-d’œuvre qualifiée en informatique et dans l’industrie pharmaceutique. Par ailleurs, un pays avec un niveau de développement élevé bénéficie en général d’une qualité d’infrastructures (routes, réseau de communication, réseau électrique, adduction d’eau...) qui augmente la productivité des entreprises, et rend attractif le territoire.

C. Quelles conséquences pour les pays d’accueil ?

1) Les FMN, sources de croissance et de développement

Les IDE ont des multiples retombées positives pour les pays qui en bénéficient.

L’arrivée d’IDE entraîne des créations d’emplois sur le site ainsi que des créations d’emplois indirects chez les sous-traitants, les artisans, les commerçants de la zone, du fait des revenus supplémentaires distribués. Le tissu économique local est dynamisé. C’est le niveau de vie qui se trouve globalement amélioré. La consommation augmente, alimentant ainsi la croissance économique.

L’accroissement de la concurrence du fait de l’arrivée d’un nouveau producteur stimule également la croissance économique (voir les effets positifs du libre-échange), du fait de l’incitation à innover et à investir pour les entreprises locales.

Par ailleurs, les pays peuvent bénéficier de raccourcis technologiques, ce qui accroît la productivité globale des facteurs et accélère l’accumulation de capital.

L’arrivée d’IDE peut aussi permettre une hausse des recettes fiscales, ce qui permet de financer des politiques publiques favorables au développement et à la croissance : redistribution, formation de la population, santé publique, recherche publique...

Enfin, le plus souvent, l’arrivée d’IDE s’accompagnent d’investissements publics, notamment en termes d’infrastructures de communication et de transports qui bénéficient à l’ensemble des acteurs économiques (externalités positives).

Mais pour que ces retombées positives soient possibles, il est nécessaire que le pays d’accueil ait déjà un niveau de formation de sa main-d’œuvre et de productivité suffisant, sans quoi le territoire n’est pas suffisamment attirant. On comprend pourquoi les IDE peuvent contribuer à renforcer les inégalités mondiales entre territoires.

2) Les FTN peuvent aussi être sources de déséquilibres

Les États ont donc tout intérêt à attirer les IDE sur leur territoire. On comprend alors la concurrence entre États, par exemple en matière de fiscalité, pour attirer les entreprises étrangères. On parle de stratégie de dumping, qu’il soit fiscal, social ou environnemental. Il s’agit pour un État de volontairement baisser sa fiscalité, ou de ne pas développer son système de protection sociale (NB : considéré comme un des droits fondamentaux de l’homme... article 22 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948) ou sa législation environnementale, afin d’être plus attractif pour les FTN et leurs IDE.

En dehors de ces stratégies de dumping, on constate que l’impératif de compétitivité devient l’objectif des politiques économiques menées, parfois au détriment de l’emploi ou de la solidarité nationale. Par exemple, les dirigeants européens ont signé en 2011 un Pacte de compétitivité, et le rapport Gallois préconisait un "choc de compétitivité" pour relancer la croissance...

Les IDE et de façon plus générale la mondialisation ont donc un impact fort en termes de politique économique, dans les pays développés comme dans les pays du Sud.

Par ailleurs, les IDE peut contribuer à assoir la logique de domination dont les pays du Sud sont victimes et renforcent les mécanismes de l’échange inégal. Les firmes cherchent à exploiter au maximum les avantages comparatifs des pays. Les PED attirent surtout les filiales-ateliers, tandis que les pays du Nord voient s’implanter des filiales-relais (stratégies de marché). Dans les pays du Sud, les IDE et les FTN participent à la mise en place d’économies extraverties, et entretiennent une spécialisation dans les produits primaires dont on a vu que les effets n’étaient pas forcément bénéfiques. Il y a donc un risque pour les pays qui accueillent les IDE de rester cantonnés dans certaines activités (à faible VA, polluantes, ...) ou bien être soumises à la volonté des FTN.

Ainsi, en Afrique, les IDE se dirigent vers l’exploitation des richesses du sous-sol, l’extraction de matières premières, et aucune activité de transformation ne se développe sur place. De ce fait, il n’y a pas d’effet d’entraînement sur le tissu économique local (pas de recours à des sous-traitants par exemple), et pas de transferts de technologie, pas d’incitation non plus à former la main-d’œuvre et à investir dans l’éducation. Les IDE constituent même parfois des enclaves économiques, mal reliées au reste du tissu productif.

Autre exemple : en Amérique latine, les terres et les forêts appartiennent à de grands groupes étrangers. Peu de possibilités de réformes permettant de lutter contre le sous-développement (réforme agraire, distribution de terre aux petits paysans) et la dégradation de l’environnement.

Les IDE peuvent créer une dépendance importante à l’égard des grandes firmes et des pays étrangers.