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Par : mj
Publié : 23 septembre

Réchauffement climatique  : « Nous mythifions la croissance »

Article paru dans La Croix.

Le rapport annuel de l’Agence nationale océanique et atmosphérique américaine (NOAA) confirme la prégnance et la gravité du réchauffement climatique  : 2017 fut l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées.

En 2017, les taux de concentration des gaz à effet de serre les plus nocifs ont atteint des niveaux records, sans que cela ne suffise à mobiliser vraiment nos sociétés.

Selon Dominique Méda (1), professeure de sociologie à l’université Paris Dauphine, titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi au collège d’études mondiales, il faudrait que « nous changions radicalement nos modes de vie » pour enrayer ce phénomène.

«  Le ciel est bleu, les émissions de gaz à effet de serre sont imperceptibles. Nous avons le plus grand mal à nous représenter les détériorations à venir » analyse Dominique Méda.

Pour enrayer la progression des gaz à effet de serre, il nous faudrait bifurquer, changer radicalement de modèle de développement  : renoncer à extraire les énergies fossiles, engager des programmes d’investissement massifs pour convertir nos économies (énergies renouvelables, modes de transports doux, rénovation thermique, etc.). En d’autres termes, cela exige de très nombreux changements. Y sommes-nous vraiment prêts  ? Il faut bien comprendre ce que cela implique.

Rompre avec notre addiction à la mode

Prenons quelques exemples. Il faudrait tout d’abord que les industries qui extraient et commercialisent des énergies fossiles renoncent à leurs futures chances de profit. Qu’ensuite, nous changions radicalement nos modes de vie et notre façon de consommer.

Consommer moins – et drastiquement dans certains domaines  ! – et mieux. À cet égard, les travaux de l’association Négawatt sur l’énergie sont très intéressants. Cela signifie aussi qu’il faudrait rompre avec notre addiction à « la mode »  : l’idée que tout objet est désiré pour les effets de distinction qu’il apporte. Quant aux financements massifs indispensables à la transition écologique, personne ne semble prêt à y consentir.

Le PIB ne prend pas en compte les productions utiles à la cohésion sociale

L’un des freins majeurs réside dans nos « croyances ». Nous mythifions la croissance, convaincus qu’elle est synonyme de progrès. Non  ! La croissance est celle du PIB, qui n’est pas un bon indicateur, puisqu’il ne prend pas en compte des activités essentielles pour la reproduction des sociétés  : le travail domestique, le bénévolat, les activités familiales, politiques, de loisir, etc.

Il ne fait aucune différence entre les productions utiles à la cohésion et à la reproduction sociale et les productions toxiques, d’autre part. Il ignore, enfin, la dégradation de certains « communs » comme le patrimoine naturel, la qualité de l’air, de l’eau, le nombre d’arbres, d’espèces… Bref, c’est un indicateur prodigieusement trompeur, que nous continuons à fétichiser. Nous restons aussi prisonniers d’un rapport de domination à la nature hérité de la Modernité.

Des difficultés à se projeter dans l’avenir

À ces paradigmes s’ajoutent d’autres obstacles. Nous sommes incrédules vis-à-vis des évolutions climatiques prévues par les scientifiques. De fait, jusqu’à maintenant, on ne les « voyait » pas tellement. Le ciel est bleu, les émissions de gaz à effet de serre sont imperceptibles. Nous avons le plus grand mal à nous représenter les détériorations à venir.

Ainsi, les épisodes actuels sont importants, car ils rendent ces évolutions sensibles. Ensuite, nous mesurons mal les effets d’emballement probables, en cas de réchauffement supérieur à deux degrés. Difficile d’anticiper des changements brutaux, « non linéaires ». Pour pallier ces manquements, il faudrait une véritable gouvernance mondiale, une Organisation mondiale de l’Environnement qui manque cruellement, en dépit des engagements de la COP 21, en 2015.

Recueilli par Marine Lamoureux (1) Auteur de "La mystique de la croissance. Comment s’en libérer", Champs Flammarion, 2014