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Par : mj
Publié : 18 avril 2014

Qu’est-ce que la richesse ?

Au sens courant, le mot richesse désigne l’opulence, la fortune. La richesse est associée au fait d’avoir beaucoup d’argent, à l’importance des revenus d’une personne ou d’un ménage. Mais lorsqu’on parle de la richesse d’un pays, on fait référence à la capacité qu’il a de satisfaire les besoins de la population.

On perçoit donc le sens économique du mot richesse : le terme renvoie à la quantité de biens et services dont dispose un pays pour satisfaire les besoins de sa population. Le niveau de richesse est traditionnellement mesuré par le Produit Intérieur Brut : plus le PIB est élevé, plus le pays sera considéré comme riche.

L’activité économique consiste donc à produire des richesses pour satisfaire des besoins.
Plusieurs questions se posent alors :
- que produit-on exactement ?
- comment mesure-t-on ce qui est produit ?
- et surtout, comment se répartissent les richesses à l’intérieur d’un pays ?

I - La production de richesse

A. Produire des biens et des services pour satisfaire des besoins

Produire, c’est créer des biens et des services pour satisfaire des besoins individuels ou collectifs. On produit des biens (matériels et stockables) ou des services (biens immatériels et non-stockables dont la consommation et la production se réalise simultanément).

La production peut être marchande, c’est-à-dire destinée à être vendue sur un marché, ou non-marchande. La production non-marchande désigne l’ensemble des biens et services fournis à titre gratuit ou quasi-gratuit (c’est-à-dire vendus à un prix inférieur à la moitié des coûts de production) produits à partir de facteurs de production obtenus sur un marché. Par exemple, l’Éducation Nationale assure une production non-marchande : elle est gratuite pour tous les enfants, et les enseignants sont rémunérés pour leur travail. En revanche, un cours particulier est une production marchande : il faut payer le professeur.

La production non-marchande est fournie par les administrations publiques (État, collectivités locales et organismes de protection sociale) ainsi que par les ISBLSM (Institutions sans but lucratif au service des ménages, les associations). Les administrations publiques financent leur activité de production non-marchande par le biais des prélèvements obligatoires (impôts, taxes et cotisations sociales pour financer la protection sociale). Les associations sont financées par des dons, les adhésions, des subventions de la part des collectivités locales ou de l’État, mais aussi parfois par des activités marchandes. Ainsi, l’association caritative des Restos du cœur fonctionne en partie grâce à la vente de places de concert et de CD et DVD du concert annuel des Enfoirés.

La quantité de biens et services disponibles dans un pays correspond à la production réalisée dans ce pays (P), à quoi on rajoute les biens et services produits à l’étranger et importés (M). Il existe plusieurs utilisations possibles de ces biens et services :

  • Certains biens et services permettent de satisfaire les besoins des ménages : c’est la consommation finale (CF)
  • Certains biens et services sont utilisés et détruits par les entreprises pour produire d’autres biens et services. Ce sont les consommations intermédiaires (CI).
  • D’autres biens sont utilisés durablement (plus d’un an) par les entreprises dans le processus de production : il s’agit de l’investissement (I).
  • Enfin, certains biens et services sont achetés par les pays étrangers : ce sont les exportations. (X).

Au final, on a l’égalité suivante :

P + M = CF + CI + I + X.

B. Comment mesurer la richesse créée ?

1) De la valeur ajoutée au PIB

  • La valeur ajoutée permet de mesurer la richesse créée par une entreprise. Pour produire, une entreprise utilise, entre autres, des matières premières et de l’énergie qui ont une certaine valeur. Par son activité, l’entreprise transforme ces matières premières, et leur donne une valeur supplémentaire : c’est cela que mesure la valeur ajoutée. Ainsi, une entreprise qui fabrique des meubles commence par se procurer des planches. La valeur du meuble qu’elle vendra est supérieure à la valeur initiale des planches. Par son activité, l’entreprise a créé de la valeur.

Le chiffre d’affaires de l’entreprise (ses recettes, c’est-à-dire le produit des quantités vendues et du prix de vente), pourrait être être utilisé pour mesurer la production de l’entreprise. Mais cet indicateur présente le défaut d’intégrer dans son calcul la valeur initiale des matières premières, qui ne doit rien à l’activité de l’entreprise elle-même. Pour reprendre notre exemple, le prix final du meuble comprend la valeur des planches achetées par l’entreprise. Le chiffre d’affaire ne peut donc pas mesurer la valeur supplémentaire que l’entreprise a créée.

Pour calculer la valeur ajoutée, on part du chiffre d’affaire, et on lui enlève la valeur des biens et services utilisés et détruits au cours de la production : matières premières et énergie principalement. Ces biens et services sont appelés les consommations intermédiaires.

On a donc l’égalité suivante :

Valeur ajoutée = Chiffre d’Affaires - Consommations Intermédiaires.
ou : VA = CA - CI.

Si on enlève au chiffre d’affaire de l’entreprise de meubles la valeur des planches, on aura bien mesuré la valeur qu’elle a ajoutée par son activité.

  • Au niveau d’un pays, pour connaître la quantité de richesses créées, il faut additionner les valeurs créées par chaque entreprise. Le PIB correspond donc à la somme des valeurs ajoutées des agents économiques résidents (présents sur le territoire).
  • Le Produit Intérieur Brut prend donc en compte la valeur de la production non-marchande. Le problème vient du fait que la production non-marchande n’étant pas vendue, on ne peut pas calculer un chiffre d’affaire, et donc une valeur ajoutée. Pourtant, on ne peut nier que les services rendus pas les administrations publiques ou les associations participent à la satisfaction des besoins de la population. Pour prendre en compte cette production, on évalue la valeur de la production non-marchande à la valeur de ses coûts de production. Par exemple, pour calculer la valeur du service fourni par l’Éducation Nationale, on prend en compte les salaires des agents de l’Éducation Nationale, ainsi que les coûts liés à la production (éclairage ou chauffage par exemple).

2) Les limites de la valeur ajoutée et du PIB en tant qu’indicateur de richesse

Le PIB présente d’évidentes limites, qui en font un indicateur de plus en plus contesté. Entre février 2008 et octobre 2009, une commission réunissant des experts internationaux, présidée par J. Stiglitz et J-P Fitoussi, a ainsi planché sur la construction de nouveaux indicateurs pour mesurer le bien-être d’une population.

L’économiste américain Makiw reprend dans son manuel d’économie une citation du sénateur John Kennedy, prononcée en 1968, très critique (déjà) sur le PIB :

« Le PIB » ne reflète pas la santé de nos enfants, la qualité de leur éducation ou le plaisir de leurs jeux. Il n’inclut pas la beauté de notre poésie, la force de nos mariages, l’intelligence du débat public ou la probité de nos fonctionnaires. En fait, il mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaut d’être vécue."

Quels sont les reproches que l’ont fait au PIB ?

- D’abord, il présente l’inconvénient de ne pas comptabiliser des activités qui génère des revenus ou qui participent au bien-être de la population et la satisfaction de ses besoins. Ainsi, toutes les activités illégales sont exclues, ainsi que les activités non déclarées (travail au noir). Mais surtout, le PIB ne prend pas en compte les activités domestiques ni l’entraide et le bénévolat. Lorsqu’un ménage fait appel à un taiteur ou à un cuisinier pour préparer ses repas, cela fait augmenter le PIB, mais quand ce repas est réalisé par l’un des membres de la famille, il n’est pas comptabilisé dans la richesse. Pourtant, le "service rendu" est le même. Toutes les activités domestiques (préparation des repas, aide aux devoirs des enfants, nettoyage, lessive...) sont autant d’activités qui correspondent à des besoins, et qui améliorent le bien-être de la population : ne pas les prendre en compte revient donc à ne pas mesurer correctement ce bien-être.

- Ensuite, le PIB présente le défaut de comptabiliser de la même façon toutes les activités, quel celles-ci soient néfastes ou favorables au bien-être. Ainsi, un accident de la route augmente l’activité économique (ambulance, dépannage...) mais son impact sur le bien-être et la santé est loin d’être positif.

- Le PIB permet de mesurer des flux de revenus générés par une activité, mais il ne permet de faire le point sur la diminution du patrimoine que ces activités génèrent. C’est évident dans le cas des ressources non-renouvelables comme le pétrole, le gaz, l’uranium ou encore les minerais. Les activités d’extraction des énergies fossiles ou des métaux font augmenter le PIB, mais elles diminuent le stock de ressources disponibles, et, en cela, "appauvrissent" le pays à long terme. Mais c’est également valable des ressources renouvelables sur-exploitées (forêts détruites, terres agricoles rendues progressivement stériles, ressources de pêche en diminution constante...). C’est vrai enfin pour les atteintes portées à l’environnement (pollution de l’air, de l’eau, des sols), aux pollutions visuelles, sonores et lumineuses, ou aux atteintes au patrimoine culturel et historique...

- Dernière critique : le PIB/habitant, qui est l’indicateur utilisé pour mesurer le niveau de vie dans un pays en tenant compte de la taille de sa population, ne dit rien sur la façon dont les richesses sont réparties. Une moyenne élevée peut en effet cacher une très forte dispersion des revenus, avec une minorité possédant l’essentiel des richesses, et une grande majorité de la population vivant dans le dénument.

On constate d’ailleurs que les pays les plus riches en termes de PIB/habitant ne sont pas forcément ceux où les plus pauvres ont le plus de ressources. Ainsi, le revenu moyen en France est 1.4 fois plus faible qu’aux Etats-Unis, mais les 10% des Français les moins riches ont un revenu 50% supérieur aux 10% des Américains les moins riches.

II - La répartition de la richesse

A. Le partage de la valeur ajoutée : la répartition primaire des revenus

La valeur ajoutée se répartit entre tous les agents qui ont contribué à sa production. Elle sert à rémunérer le facteur travail (les salariés) : ce sont les salaires et les cotisations sociales. Elle sert aussi à rémunérer l’État qui rend possible la production en assurant l’existence d’institutions et d’infrastructures nécessaires à la production (droit de propriété, monnaie, mais aussi police et justice notamment). Enfin, une partie de la valeur ajoutée rémunère le facteur capital (l’entreprise), c’est l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE).

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Il ne faut pas confondre l’EBE et le bénéfice. La partie de la valeur ajoutée qui va à l’entreprise sert à rembourser les créanciers (frais financiers) et à constituer des amortissements (sommes mises de côté chaque année en vue de renouvellement du capital technique usé ou obsolète). Ce qui reste de l’EBE une fois payés les frais financiers et les amortissements, c’est le bénéfice brut.

L’État prélève une partie du bénéfice des entreprises (au même titre qu’il prélève un impôt sur le revenu des ménages). Avec le bénéfice net, les entreprises peuvent rémunérer les propriétaires du capital (par exemple, verser des dividendes aux actionnaires) ou bien mettre en réserve ces bénéfices pour financer les investissements à venir.

Cette répartition primaire donne naissance aux revenus primaires. On distingue trois sortes de revenus primaires :

- Les revenus d’activité, qui rémunèrent l’apport de travail dans le processus de production
- Les revenus de la propriété (ou revenu du capital, ou revenu du patrimoine), qui rémunèrent l’apport de capital dans le processus de production : loyers, dividendes perçus par les actionnaires d’une entreprise, intérêts des comptes épargne ou des livrets par exemple.
- Les revenus mixtes rémunèrent l’apport de travail et de capital : ce sont les revenus des travailleurs indépendants, qui sont propriétaires de leur entreprise, et qui y travaillent.

B. La redistribution permet de limiter certaines inégalités économiques

1) Comment se justifie la redistribution ?

La redistribution se définit comme une intervention de l’État visant à modifier la répartition primaire des revenus par le biais des prélèvements obligatoires et le versement de prestations sociales.

On distingue la redistribution verticale, qui a pour objectif de réduire les inégalités économiques entre les ménages (c’est-à-dire réduire les écarts de revenus) et la redistribution horizontale, qui a pour but de protéger les individus contre les risques sociaux. Les risques sociaux sont des évènements indépendants de la volonté des individus et qui les privent temporairement ou définitivement de la capacité à subvenir à leurs besoins. En France, sont reconnus 5 risques sociaux : le chômage, la maternité (famille), la vieillesse, la maladie et l’invalidité.

Les justifications de la redistribution sont multiples. La redistribution des richesses peut se faire au nom de la solidarité : il s’agit d’aider les personnes qui sont dans le besoin - que ce soit de façon temporaire ou définitive - car elles sont membres de la même communauté que nous. En tant que membre de la communauté, chacun a le droit d’être aidé et à le devoir d’aider les autres. Ce principe est au fondement de toute communauté humaine, et on le retrouve par exemple dans le devoir de charité que différentes religions. En France, le refus de l’emprise de l’Église et l’impératif de laïcité ont conduit à mettre la notion de solidarité au cœur des valeurs de la République.

La redistribution correspond également à un objectif de justice sociale : il s’agit de limiter les inégalités, de façon à ce qu’elles ne dépassent pas une ampleur qui serait jugée injuste. Cette notion de justice sociale, au cœur de la redistribution verticale, est variable selon les époques et les pays. Il s’agit toujours d’un compromis, qui peut se modifier au gré des rapports de force. Ainsi, l’importance accordée aux inégalités en France a changé entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 1980, qui ont vu l’accroissement des inégalités et une plus grande tolérance à l’égard de celles-ci.

Enfin, la redistribution des revenus peut se justifier par un argument d’efficacité économique. Elle permet en effet d’augmenter le niveau de la demande dans un pays, en augmentant le montant de la consommation. En effet, depuis Keynes, on sait que la propension marginale à consommer décroit avec le revenu. En d’autres termes, lorsque vous avez déjà un revenu élevé et que l’on vous donne 1 euro supplémentaire, cet euro sera essentiellement mis de côté : vous n’allez pas le dépenser, car vos besoins sont déjà satisfaits par votre revenu initial. Inversement, si vous êtes démuni et que l’on vous donne 1 euro, vous allez le dépenser intégralement car il vous faut satisfaire des besoins essentiels que vous ne pouviez satisfaire avant. Au niveau macroéconomique, cela signifie que si l’on prélève une partie du revenu des personnes ou des ménages les plus riches pour la reverser aux ménages les plus démunis, la consommation va globalement augmenter, puisque les foyers pauvres dépenseront la totalité de leur revenu supplémentaire, alors que les plus riches ont été amputés de leur épargne. Redistribuer, c’est donc stimuler la consommation, donc la demande globale, et donc la croissance économique.

2) Comment s’opère la redistribution ?

La redistribution verticale passe par le prélèvement d’impôts et le versement de revenus de transferts. Les impôts progressifs, ceux dont le taux augmente avec l’assiette, sont les plus redistributifs. En effet, ils consistent à prélever une part du revenu ou du patrimoine plus importante sur les personnes ou les ménages les plus favorisés que sur les personnes ou les ménages les plus démunis. En France, l’impôt sur le revenu (Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques - IRPP) est un impôt progressif : près de la moitié des contribuables ont des revenus trop faibles pour y être soumis. L’autre moitié voit son impôt calculé en fonction de tranches de revenu, et le taux d’imposition augmente à chaque tranche. La dernière tranche de revenu, qui concerne les revenus au-delà de 100 000 euros, est taxée à 45 %, tandis que les revenus inférieurs à 5 900 (avec le quotient familial bien sûr) ne sont pas imposés.

Les impôts proportionnels eux, laissent les inégalités inchangées. Ils peuvent même être régressifs, c’est-à-dire frapper plus lourdement les moins riches, lorsqu’ils portent sur la consommation (c’est le cas de la TVA) ou sur les seuls revenus du travail (c’est le cas des cotisations sociales ou de la CSG en France). En effet, la part du revenu qui est consommée est beaucoup plus importante pour un ménage pauvre que pour un salarié très bien payé. Un ménage pauvre paiera donc la TVA sur la totalité de son revenu (puisqu’il n’épargne pas) tandis qu’un ménage aisé ne la paiera que sur une fraction de son revenu, fraction d’autant plus faible que son revenu est très élevé. Par ailleurs, les revenus du travail sont davantage taxés que les revenus du capital, ces derniers étant plus élevés pour les personnes les plus aisées.

La redistribution est horizontale lorsque son objectif est de maintenir les ressources des personnes touchées par des risques sociaux. Elle passe en France par le biais du système de protection sociale, qui comprend la Sécurité Sociale et l’Unédic (aujourd’hui Pôle-emploi, qui gère les allocations chômage). Les cotisations qui financent les organismes de protection sociale sont proportionnelles au salaire, et les revenus de transferts sont soit proportionnels aux cotisations (retraite, chômage) ou bien identiques pour tous (remboursement des frais de santé, allocations familiales...).

En pratique, il est souvent difficile de distinguer ces deux logiques (redistribution horizontale et verticale). En matière de protection sociale notamment, le financement proportionnel (via les cotisations sociales et les impôts) et le versement de prestations universelles (identiques pour tous, comme le remboursement des dépenses de santé, ou bien les allocations familiales) permet d’opérer aussi une redistribution verticale, entre les salariés les mieux rémunérés et les moins rémunérés. Les salariés les mieux payés ont un montant de cotisation plus élevé (puisque la cotisation est proportionnelle au salaire, qui est plus élevé), mais reçoivent autant que les ménages les moins bien payés, qui cotisent peu.

3) L’impact de la redistribution sur les inégalités

La redistribution permet de réduire sensiblement les inégalités en France. Toutefois, Thomas Piketty a mis en évidence, dans un ouvrage collectif, le caractère régressif du système fiscal français à partir d’un certain seuil de revenu. Pour dire les choses simplement, la fraction la plus aisée de la population (les 500 000 personnes les plus riches) paie proportionnellement moins d’impôt que les 5 millions de personnes les plus démunies. Cette régressivité s’explique par le faible poids de l’impôt progressif sur le revenu dans l’imposition totale (il y a un développement des impôts proportionnels comme la CSG), par le fait que les revenus du capital sont moins taxés que les revenus du travail (et ce sont les plus riches qui ont les revenus du patrimoine les plus élevés), et par l’existence de nombreuses niches fiscales qui permettent à de grandes fortunes d’échapper presque totalement à l’impôt.

Si vous souhaitez creuser cette question, mais aussi tester vos propres idées en matière de fiscalité, je vous renvoie au site mis au point par Piketty, Landais et Saez, Pour une révolution fiscale