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Par : mj
Publié : 5 septembre 2017

Sélection 2017-2018 du prix lycéen du livre de SES

La sélection d’ouvrages économiques :

  • Sans domicile fisc, d’Alain et Eric Bocquet : « L’impôt est le prix à payer pour une société civilisée. » (Henry Morgenthau)

Évasion, optimisation fiscale et fraude font perdre chaque année entre 60 et 100 milliards d’euros au budget de la France et plus de 1 000 milliards en Europe. Conséquences de la lutte molle de nos gouvernements, l’école, la culture, l’hôpital, la justice, les équipements publics, les collectivités perdent des moyens pour répondre aux besoins des citoyens. Cette austérité qui mine l’État gangrène la démocratie et ouvre la porte aux extrémismes. Deux frères, l’un député, l’autre sénateur, tous deux nordistes et maires de leurs communes, hommes politiques de terrain et militants engagés, font bouger les lignes dans le cadre de leur mission sur la piste des « sans domicile fisc ». Décryptage et démontage des paradis fiscaux par ces experts, tous deux rapporteurs de commissions d’enquête parlementaires sur le sujet, ce livre s’appuie, notamment, sur leur dialogue inédit avec des personnalités de toutes sensibilités, à travers une série d’interviews-témoignages. Au-dessus des positions partisanes, ils analysent ici des mécanismes de spéculation et préconisent des mesures directes concrètes pour la France, pour l’Europe, pour le monde.

  • Quel pain voulons-nous ? de Marie Astier : Le pain est en France le symbole du produit simple et naturel. Qui songerait à demander à son boulanger de justifier la provenance de la farine ou la nature de la levure ?

Pourtant, la plupart des pains que nous mangeons sont le résultat d’une standardisation dangereuse pour le goût et notre santé. Depuis une dizaine d’années, l’industrialisation s’accélère sous la pression des grands moulins et des nouvelles chaînes de boulangeries.

Par une série de reportages vivants, Marie Astier explore les coulisses d’un univers méconnu, racontant les acteurs d’une longue chaîne allant du produit fini aux semences de blé. Avec des surprises, car le mauvais pain n’est pas toujours celui qu’on croit. Cette enquête inattendue nous fait découvrir les secrets d’un aliment aussi négligé qu’essentiel.

  • Le temps des algorithmes de Serge Abiteboul et Gilles Dowek : Depuis quelque temps, les algorithmes sont sur toutes les langues. Et ils inquiètent autant qu’ils fascinent. Avec eux, nous passons facilement d’un extrême à l’autre : nous nous réjouissons qu’ils nous facilitent la vie, mais redoutons qu’ils nous asservissent…

Pour en finir avec cette vision manichéenne, cet ouvrage propose un nouveau regard sur notre époque, sur le temps des algorithmes. Les algorithmes sont avant tout des solutions, mais ces solutions ne sont pas neutres. S’ils sont à l’origine de transformations radicales des notions de travail, de propriété, de gouvernement, de responsabilité, de vie privée et même d’humanité, c’est à nous de décider de quel côté faire pencher la balance. Les algorithmes sont peut-être le premier outil à la mesure de nos aspirations. Cessons de les subir, en cherchant à les comprendre. C’est ainsi que nous pourrons être maîtres de notre destinée.

  • Diamants. Enquête sur un marché impur de Marc Roche : Brut, poli, taillé, "de sang" : l’enquête de Marc Roche dévoile le diamant sous toutes ses formes et son marché pas toujours éthique.

Le diamant a toujours fasciné. Dans cet univers, la discrétion est la règle absolue, ce qui fait qu’on y trouve les artifices fiscaux les plus sophistiqués, les connivences politiques les plus troubles, les fraudes les plus incroyables, les pots de vin fréquents, sans oublier les conditions trop souvent horribles de son extraction. Aujourd’hui, c’est un pur produit de la mondialisation. Jusque dans les années 1980, tout se joue en Europe. Désormais, il faut compter avec la montée en puissance de la Chine et des pays du Golfe et le rôle considérable joué par l’Inde dans la taille du diamant. A cela s’ajoute la production en masse de pierres synthétiques qui bouleverse ce marché. Pour la première fois, cette enquête nous introduit dans l’univers secret de l’extraction et de la taille des pierres précieuses jusqu’à leur vente sur les marchés du monde entier. Un voyage époustouflant de la mine à la bijouterie.

La sélection d’ouvrages sociologiques

  • Les cuisines du capitalisme. L’industrialisation des services de restauration collective de Christèle Dondeyne : Pour comprendre ce qui se joue dans les évolutions de la restauration collective survenues depuis une quarantaine d’années, l’auteure explore les transformations d’une très grande entreprise dominante du secteur.

En examinant tout à la fois les mécanismes économiques de création de la valeur et les transformations du travail salarié dans une double perspective de sociologie économique et de sociologie du travail, l’ouvrage interroge plus largement les mutations du capitalisme.

  • Alpha mâle. Séduire les femmes pour s’apprécier entre hommes de Mélanie Gourarier : Convaincus de vivre dans une société désormais soumise au règne des femmes, des hommes s’emparent aujourd’hui des instruments de la protestation minoritaire pour revendiquer une place qu’ils auraient perdue.

Emblématique de ce mouvement, la « Communauté de la séduction » entend réhabiliter la masculinité en façonnant des séducteurs d’exception : des coachs à l’audience grandissante dispensent à des hommes en quête d’accomplissement des techniques de développement personnel réputées pouvoir transformer, selon la hiérarchie d’excellence du groupe, n’importe quel « looser » en « alpha mâle ». Mélanie Gourarier restitue ici l’ethnographie de cette confrérie d’un nouveau genre. Des forums et sites Internet de la Communauté aux ateliers organisés par ses mentors, en passant par les rues et les bars où ses membres poursuivent leur formation de « terrain », elle interroge la « crise de la masculinité » à laquelle ceux-ci s’emploient à remédier. Pourquoi l’aptitude à séduire les femmes s’éprouve-t-elle entre hommes ? Quelle masculinité désirable les apprentis séducteurs projettent-ils en se mesurant à l’aune de leur pouvoir de conquête ? À travers l’enquête apparaît un masculinisme inédit, opposé aux femmes comme aux hommes « sans qualités ».

  • L’enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social de Wilfried Lignier et Julie Pagis : De quelle manière les enfants appréhendent-ils les différences sociales qui constituent l’univers dans lequel ils grandissent ? Comment perçoivent-ils les inégalités, les hiérarchies, voire les clivages politiques qui le structurent ? À partir de quels critères en viennent-ils à se classer et à classer les autres ? Et d’où peuvent-ils bien tenir tout cela ?

C’est à ces questions qu’entreprend de répondre cette enquête sociologique inédite, menée deux années durant dans deux écoles élémentaires. Si les mécanismes de la socialisation enfantine sont souvent postulés, peu de travaux les ont réellement explorés. Wilfried Lignier et Julie Pagis identifient un phénomène de recyclage symbolique des injonctions éducatives, notamment domestiques et scolaires, que les enfants transposent lorsqu’il leur faut se repérer dans des domaines peu familiers. Ces mots d’ordre deviennent ainsi des mots de l’ordre, employés par les enfants pour distinguer les métiers prestigieux des activités repoussantes, les meilleurs amis des camarades infréquentables, ou encore leurs partis et leurs candidats préférés quand surgit une élection présidentielle. Chacun trouvera sa place, du côté du sale ou du propre, de la bêtise ou de l’intelligence, des " bons " ou des " méchants ". Si bien qu’à travers la genèse de ces perceptions enfantines, c’est celle de l’ordre social lui-même que l’ouvrage retrace.

  • Les classes populaires et le FN. Explications de vote sous la direction de Gérard Mauger et Willy Pelletier : Les votes FN ne forment pas un "électorat", mais "un conglomérat". Dans ce "conglomérat" particulièrement volatile ne figure qu’un ouvrier sur sept, mais il inclut néanmoins une composante populaire qui n’est pas négligeable : plus de la moitié des votes FN se recrute chez les ouvriers et les employés (actifs ou retraités).

Si ce vote FN d’une fraction des classes populaires — dont le premier parti est, et de loin, celui de l’abstention ne surprend pas ceux qui les assimilent à la figure du "beauf" machiste et homophobe, raciste et xénophobe, il interpelle les autres. Les enquêtes ethnographiques rassemblées dans ce livre tentent d’élucider les raisons et les causes de ces votes populaires en faveur du FN. Que veut dire l’ouvrier ou la femme de ménage qui votent FN ? Un ouvrier qui vote FN est-il un "ouvrier raciste" et que signifie "raciste" dans son cas ? L’est-il au même sens qu’un aristocrate qui vote, lui aussi, FN ? Ces enquêtes portent à conséquences politiques : outre qu’elles invitent à rectifier la vision stéréotypée de "l’électeur FN", elles montrent que la lutte politique contre le FN peut prendre appui sur les contradictions latentes au sein de ce "conglomérat" pour travailler à son implosion.