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Par : mj
Publié : 18 avril 2014

La démarche de l’économiste

I – L’économie, une science des ressources rares

A. Qu’est-ce que la science économique ?

J. Fourastié, à la suite de nombreux autres auteurs, définit l’économie comme la science qui étudie la production, la répartition et la circulation des ressources rares.

On appelle ressource en économie ce qui peut être utilisé pour produire autre chose (la terre, le capital et le travail sont les trois principales ressources utilisées, nous y reviendrons plus tard dans l’année). Les ressources sont rares, dans la mesure où les quantités disponibles ne sont pas suffisantes pour satisfaire tous les usages que l’on pourrait en faire. La rareté correspond à la situation où l’offre (la quantité disponible) d’un bien est inférieure à sa demande (les usages que l’on peut faire de ce bien). Ce qui se trouve en quantité illimitée (l’air que nous respirons) n’a pas besoin d’être produit, aussi est-il exclut du champ de l’analyse économique.

L’économie a donc pour but de décrire et d’expliquer la façon dont les hommes affectent des ressources limitées pour satisfaire au mieux (on dit « de façon optimale ») des besoins potentiellement illimités. L’économie est donc une science à la fois positive (elle décrit ce qui est) et normative (elle dit ce qui devrait être) : l’économiste peut, grâce à son analyse des choix d’affectation de ressources, dire si cette affectation est bien la meilleure possible, c’est-à-dire celle qui permet de satisfaire le maximum de besoin.

En fin de compte, l’analyse économique permet de répondre à trois questions :
- Pourquoi/Que/Combien produire ? C’est-à-dire quels sont les besoins que nous cherchons à satisfaire, et jusqu’à quel point.
- Comment produire ? C’est-à-dire comment combiner efficacement les ressources disponibles.
- Comment utiliser les richesses produites ? Il s’agit de raisonner en termes de justice sociale (en se posant notamment la question des inégalités au sein de la société).

B. Une science des choix

L’économie ne se définit pas par son champ d’étude : les objets qu’elle étudie le sont aussi par d’autres sciences. C’est le regard qu’elle porte sur son objet qui fait sa spécificité. La rareté des ressources implique nécessairement de faire des choix, qu’ils soient individuels (choix d’un consommateur, d’un chef d’entreprise...) ou collectifs (choix d’un gouvernement, d’une société toute entière). L’économiste va chercher à étudier ces choix, les facteurs qui les influencent, les contraintes qui pèsent sur eux...

1) La notion d’utilité et le calcul coût/utilité

De façon générale, l’économiste part du principe que les choix que nous opérons sont déterminés par la satisfaction qu’ils nous apportent, au regard de ce qu’ils nous coûtent. Cette satisfaction est appelée utilité en économie, et elle est variable d’un individu à l’autre, d’une époque à l’autre (elle est subjective). Elle dépend également de la rareté du bien considéré : l’eau dans le désert a une utilité plus forte que dans un bar... Par ailleurs, l’utilité varie en fonction des quantités consommées. Si vous avez soif, le premier verre d’eau que vous buvez vous apportera une grande satisfaction, mais l’utilité du dixième verre sera nettement plus faible... On dit que l’utilité marginale est décroissante.

Petite mise en situation : vous avez faim, on vous propose une pomme au prix de 0,10 €. Que faites-vous ? La plupart d’entre vous répondra que vous achetez la pomme. Si lorsque la pomme est vendue 0,20 €, peut-être certains renonceront à acheter la pomme, parce qu’ils la jugent "trop chère". Si la pomme est vendue 20 € (on suppose que vous disposez de 20 €), plus personne n’achète la pomme. Tout le monde la trouve "trop chère". Que faut-il entendre par "trop chère" ? D’abord, le prix de 20 € est très nettement au-dessus du prix "normal" d’une pomme. Et puis, quitte à dépenser 20 €, autant acheter autre-chose, qui nous fera davantage plaisir, ou qui dont l’utilité sera plus forte...

→ On a mis en évidence un premier principe de l’analyse économique : le calcul coût-avantage. Le choix d’acheter ou non la pomme dépend de la comparaison entre la satisfaction retirée du fait de manger une pomme et le coût supporté (ici, le prix de la pomme). Si on généralise, on peut en conclure que l’action ne se fait que si le coût de cette action est inférieur à la satisfaction procurée par cette action. Ainsi, vous n’achèterez une pomme que si vous estimez que son utilité est supérieure à son prix de vente.

NB : ce type de raisonnement suppose que vous êtes capable de décider quelle est l’utilité de chaque bien, et que vous pouvez attribuer un « équivalent monétaire » à cette utilité (vous pouvez par exemple juger que l’utilité d’une pomme équivaut à 0,50 €, en d’autres termes que vous retirez en mangeant une pomme autant de satisfaction qu’en achetant n’importe quoi d’autre pour 0,50 €).

2) Un choix sous contrainte

Certaines contraintes vont avoir une influence sur vos choix : vous disposez de plus ou moins d’argent (contrainte budgétaire) ou de plus ou moins de temps (contrainte temporelle)

Reprenons l’exemple précédent pour bien comprendre. L’utilité marginale des pommes est décroissante : la première pomme vous apporte une utilité plus grande que la seconde, la seconde que la troisième, etc. On peut résumer les différentes utilités dans ce tableau :

Équivalent monétaire de la satisfaction apportée par la pomme
1ère pomme 2 €
2ème pomme 1 €
3ème pomme 0,5 €
4ème pomme 0,2 €
5ème pomme 0,1 €

La pomme est vendue 0,30 €.

Si vous disposez de 5 euros, vous allez acheter, si vous êtes rationnel, 3 pommes. En effet, jusqu’à la troisième pomme consommée, l’utilité reste supérieure au coût de la pomme. En revanche, si vous ne disposez que d’e 0.80€, vous n’achèterez que deux pommes, puisque vous n’avez pas suffisamment d’argent pour vous payer la troisième pomme.

Dans beaucoup de situations, la contrainte n’est pas (ou pas seulement) le prix (ou le coût) d’un bien : c’est aussi une question de temps. Il n’est pas possible de faire deux choses à la fois, et si vous décidez de consacrer du temps à une activité, c’est du temps que vous n’aurez plus pour autre chose...

3) Le coût d’opportunité

Il faut enfin évoquer un autre principe de l’analyse économique : dans le calcul coût-avantage, la notion de coût est à prendre au sens très large. Il faut tenir compte des coûts "directs" de quelque chose : son prix, ou bien le temps qu’il faut y consacrer. Mais il est aussi nécessaire de tenir compte de ce à quoi on renonce lorsqu’on prend une décision. Si vous avez le choix entre deux possibilités, choisir la première vous empêche le plus souvent d’exécuter la deuxième. Devez-vous choisir d’aller au ciné avec vos amis, ou bien passer la soirée avec votre petit(e) ami(e) ?

II – L’économie, une démarche et des méthodes

A. La démarche de l’économiste

La démarche de l’économiste, qui reprend celle des autres sciences, suit quatre étapes :

1) poser des hypothèses qui forment un modèle, c’est-à-dire une représentation simplifiée de la réalité : ici, les adolescents sont rationnels, ils font un calcul coût-avantage avant de prendre une décision sur la façon dont ils vont occuper leur temps (travailler à l’école/entrer dans la délinquance). Ce calcul rationnel les conduit à choisir la délinquance.

2) en déduire des prédictions : on peut donc penser que si on augmente la rémunération du travail scolaire, le choix sera différent. Rémunérer les élèves devrait donc permettre de lutter contre l’échec scolaire.

3) confronter ces prédictions avec la réalité : test à grande échelle dans différentes écoles, selon des dispositifs légèrement différents. Dans certains cas, la rémunération produit une amélioration des résultats, dans d’autres non.

4) changer d’hypothèses si les prédictions sont inexactes, ou affiner le modèle : ici, on peut en déduire que la réussite scolaire découle de « bonnes habitudes » de travail (sérieux, attention, lectures...) qui sont rémunérées. Lorsqu’on rémunère la réussite aux examens en tant que telle, cela ne fonctionne pas : les enfants ne savent pas comment travailler. Dans leur échec, il y a aussi un problème de méthode dans le travail, de rapport à l’école, de culture, pas seulement d’incitation monétaire...

Le rôle de l’économiste est alors double : 1) expliquer les phénomènes économiques qui se déroulent 2) prévoir des phénomènes économiques à venir à partir des modèles qu’ils ont élaboré.

B. Micro et macroéconomie : quelles différences ?

Il existe deux grandes approches différentes de l’activité économique :

- L’approche micro économique Elle analyse la réalité économique à partir du comportement des individus. Selon elle, pour comprendre le système économique dans son ensemble, il suffit de généraliser ce qui est vrai à l’échelle individuelle. Les lois économiques générales sont donc les mêmes que les lois économiques qui régissent les comportements individuels : le « tout » est égal à la somme des parties. Cette approche est celle du courant libéral, qui repose sur l’hypothèse de la rationalité des agents économiques individuels comme fondement explicatif des comportements économiques.

- L’approche macro économique Elle avance au contraire que le « tout » n’est pas réductible à la somme des parties. Par exemple, s’il est vrai qu’au niveau individuel chaque entrepreneur à intérêt à ne verser que des salaires faibles pour augmenter ses profits, si tous les entrepreneurs agissent ainsi, alors la consommation globale sera faible, de même que la production globale et donc… les profits eux-mêmes. Ce qui est vrai au niveau individuel n’est donc pas généralisable au niveau collectif. C’est l’approche keynésienne, qui raisonne sur des agrégats, des quantités globales (PIB, FBCF...)

Questions micro-économiques Questions macro-économiques
Dois-je aller à l’université ou prendre un emploi dès maintenant ? Le niveau d’étude affecte-t-il le revenu des actifs ?
Comment est déterminé le prix de vente d’un bien par une entreprise ? Comment est déterminé le niveau général des prix de l’économie dans son ensemble ?
Comment une entreprise décide-t-elle d’embaucher un salarié supplémentaire ? Quelles mesures pourraient être prises par l’État pour promouvoir l’emploi et la croissance de l’économie dans son ensemble ?
Comment l’évolution de son revenu influence-t-elle la décision de consommation d’un individu ?
Comment l’État encourage-t-il l’investissement des entreprises ?