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Par : mj
Publié : 19 février 2017

Quelle est l’influence de la culture politique sur les attitudes politiques ?

I – Les attitudes politiques reflètent des cultures politiques particulières

A. La notion de culture politique

En sociologie, la notion de culture renvoie à l’ensemble des normes, des valeurs et des pratiques partagées par une pluralité d’individus. La notion de culture est construite sur l’opposition à la nature : la culture correspond à tout ce qui est acquis et transmis (par opposition à l’inné).

La notion de culture politique est issue de la science politique américaine, et a été développée par Almond et Verba (1963). Selon eux, chaque pays développe un ensemble de comportements politiques, de façons de penser et d’agir qui leur sont propres, et qui sont plus ou moins favorables à la démocratie. Ils définissent la culture politique comme ensemble de normes, de valeurs et de connaissances forgées par une histoire commune, et qui orientent les attitudes, les opinions et les comportements politiques des membres d’une société ou d’un groupe social.

La culture politique revêt trois dimensions :

  • une dimension cognitive : des connaissances (fondées ou erronées) sur les acteurs et les règles du fonctionnement du système politique (Qui vote ? Quel est le mode de scrutin ? Quelles sont les compétences de telle ou telle instance politique…)
  • une dimension affective : des perceptions colorées émotionnellement : intérêt/indifférence, attrait/rejet… (ex : j’aime bien tel homme ou telle femme politique, ce que propose tel ou tel parti m’intéresse à priori…)
  • une dimension évaluative : capacité à porter des jugements de valeur (éclairées ou non) sur des décisions politiques, des comportements… (ex : manifester c’est bien/normal, ça doit rester exceptionnel parce que c’est dangereux, frauder dans les transports en commun c’est bien/c’est mal, etc.)

Les chercheurs américains Gabriel Almond et Sydney Verba élaborent ainsi dans leur ouvrage Civic Cultures une typologie des cultures politiques :

  • La culture paroissiale : c’est la situation des sociétés traditionnelles, où la culture politique est centrée sur les intérêts locaux. Par exemple, les individus votent selon des enjeux strictement locaux, qui ne concernent qu’eux, sans tenir compte des positions politiques plus générales des partis auxquels les candidats locaux appartiennent.
  • La culture de sujétion : elle désigne l’ensemble des attitudes et comportements qui prévalent dans les régimes autoritaires. Elle consiste en la soumission ou la passivité des gouvernés.
  • La culture de participation : dans les régimes démocratiques, la citoyenneté est supposée active, et les individus participent de différentes manières au débat public et à l’expression d’opinions politiques (que ce soit à travers l’adhésion aux partis politiques, la participation à des syndicats ou associations, etc.).

La culture politique comprend donc un ensemble d’éléments (des connaissances, des croyances, des valeurs, des normes…) qui permettent de donner sens à l’expérience de chacun dans son rapport au pouvoir, et qui leur sert à définir leur propre identité. Au contact d’une situation donnée, la culture politique oriente la perception, la réflexion et l’action individuelle. Ainsi, en fonction de sa culture politique, on ne percevra pas une même situation de la même façon, et notre réaction sera par conséquent différente. Ainsi, quand on est en gare et qu’il n’y a pas de train parce que les conducteurs sont en grève, on peut être compréhensif, hostile, se sentir « pris en otage », rendre responsable les conducteurs ou bien la direction de l’entreprise… Ces réactions dépendent en partie de notre culture politique.

On définit les comportements politiques comme les actes que l’individu accomplit dans le domaine politique. Le terme d’opinions politiques désigne des jugements sur un sujet donné. Enfin, les attitudes politiques sont ensemble de dispositions acquises (au cours de la socialisation) et construites (à travers l’expérience) par un individu et qui conditionnent ses opinions et ses comportements politiques.

B. Des cultures différentes d’un pays à l’autre

C. Des sous-cultures politiques spécifiques à l’intérieur d’un même pays

La culture politique n’est pas homogène dans un pays. Il existe une grande diversité de sous-cultures politiques, et donc une pluralité de modèles de valeurs et de normes qui orientent les attitudes politiques. On distingue des sous-cultures partisanes (culture d’extrême droite, clivage droite-gauche ou identification partisane aux États-Unis) et des sous-cultures non partisanes, puisqu’il existe également des composantes politiques dans les sous-cultures régionales, religieuses, ethniques (sous-culture ouvrière, sous-culture des classes moyennes, sous-culture catholique…).

1) Le clivage gauche-droite

L’origine du clivage gauche-droite en France provient de la position géographique des partis lors de l’Assemblée nationale de 1789 : le clergé et l’aristocratie s’étaient positionnés à droite du président de l’Assemblée, et étaient favorable au veto royal, tandis que le tiers état, à gauche de l’assemblée, était opposé à ce pouvoir du roi.

Ce clivage gauche-droite s’est profondément ancré dans la culture politique française au fil des siècles. Il s’est exprimé avec plus ou moins de virulence au fil des différents débats qui prennent place dans le monde politique français. Selon les périodes, il a pu porter en priorité sur la question religieuse (la droite française voulant promouvoir le rôle de l’Église et des valeurs catholiques en France contre la gauche républicaine à la fin du XIXe siècle), sur les questions économiques (la droite française de l’après-Seconde Guerre mondiale soutenant une économie de libre marché contre une gauche plus favorable à l’intervention de l’État et la planification) ou des question de société à dimension plus culturelle (c’est l’exemple du re-surgissement d’un clivage gauche-droite à l’occasion des débats sur l’ouverture du mariage aux homosexuels ou du débat entre gauche et droite sur l’accueil des migrants).

On utilise traditionnellement les questions du libéralisme économique et du libéralisme culturel pour définir les contours de la droite et de la gauche.

  • Libéralisme économique : attitude politique favorable au libre fonctionnement du marché et à la limitation de l’intervention de l’État dans l’économie. Par exemple, les tenants du libéralisme économique sont favorables aux baisses d’impôts, à la réduction du nombre de fonctionnaires, aux privatisations,…
  • Libéralisme culturel : attitude politique caractérisée par la tolérance à l’égard du changement et de la diversité dans les modes de vie (et donc par un moindre attachement à la tradition, au conservatisme moral, et au respect de l’autorité). Par exemple, les tenants du libéralisme culturel sont favorables au droit à l’avortement, à l’euthanasie, à l’égalité des droits entre les cultures, à la promotion des droits des homosexuels,…

La droite est associée au libéralisme économique mais au conservatisme sur le plan culturel, tandis que la gauche, libérale sur le plan culturel, est plus interventionniste/dirigiste sur le plan économique. Toutefois, cette opposition paraît très simplificatrice : la gauche s’est largement convertie à l’économie de marché, tandis que la droite est moins conservatrice que par le passé sur les questions de société (par exemple sur la question de l’orientation sexuelle ou de l’avortement).

Le clivage gauche-droite a donc évolué au cours du temps. Aujourd’hui, ce clivage semble perdre de son importance. De nombreux hommes politiques et de nombreux partis rejettent un positionnement sur l’axe gauche-droite, et s’affirme "ni de droite, ni de gauche", ou bien "et de droite et de gauche". Le succès relatif de F. Bayrou aux élections présidentielles de 2007 (il est troisième le soir du 1er tour, avec près de 19 % des suffrages), l’implantation du Front National dans le paysage politique (qui rejette dos à dos les deux grands partis de la droite et de la gauche), ou encore l’actuel succès d’Emmanuel Macron témoignent de ce qu’une partie des Français rejettent ce clivage. Vous pouvez aller lire ici une analyse de Jérôme Sainte-Marie, spécialiste des sondages et des questions d’opinion, qui affirme que la présidentielle actuelle amènera nécessairement à une recomposition du clivage droite-gauche.

L’évolution récente du clivage gauche-droite peut tenir à l’évolution des grands enjeux idéologiques.

  • La laïcisation progressive de la société française et la perte d’influence de l’Église catholique ont peu à peu relégué au second plan l’opposition gauche-droite en termes religieux.
  • Un autre grand enjeu idéologique qui structurait l’opposition gauche-droite ans l’après-guerre était la position par rapport au communisme et au système économique soviétique. Pour beaucoup de gens de droite, le communisme (et les par conséquent les communistes) était un danger pour le monde libre, et la lutte contre l’idéologie communiste était essentielle. La chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc communiste dans les années 1990 ont fait disparaître cet enjeu, la plupart des partis ayant entériné cet échec et accepté un programme économique relativement libéral.
  • Cette convergence entre droite et gauche sur les questions économiques, relativement aux grands débats des Trente Glorieuses, tient aussi aux évolutions structurelles du contexte international, et notamment à la mondialisation et l’intégration européenne, qui ont promu une libéralisation des marchés nationaux.

Le clivage entre droite et gauche peut aussi évoluer selon l’apparition de nouveaux enjeux qui brouillent les frontières traditionnelles.

  • Les enjeux en termes de sécurité et d’immigration prennent de plus en plus d’importance, pouvant amener une restructuration de l’opposition gauche-droite : les partisans d’une politique répressive de l’immigration seraient à droite selon cet axe, alors qu’il peut s’agir d’individus de classes populaires qui voteraient plutôt à gauche pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux.
  • De même, l’opposition entre des partis favorables à l’intégration européenne et des partis plus sceptiques peut rapprocher sur certains plans des partis par ailleurs considérés comme totalement opposés sur un axe gauche-droite. Certains partis peuvent ainsi préconiser des mesures similaires au nom de principes opposés.

Ces évolutions font qu’il existe en France un recul du sentiment identitaire selon l’axe droite-gauche. En 2013, 73 % des Français estiment que les notions de droite et de de gauche ne veulent plus rien dire (baromètre confiance en politique, Cevipof). Cependant, il demeure l’élément structurant fondamental pour ceux qui s’identifient à un univers politique : en 2012, seuls 26 % des Français interrogés ne se situent « ni à droite, ni à gauche » (contre 33 % qui se situent soit « plutôt à droite », et 39 % qui se classent « plutôt à gauche – enquête post-électorale de 2012 du Cevipof, juin 2012). Ainsi, bien que le clivage gauche-droite représente mal la complexité des opinions politiques, il reste structurant et reste un élément central de l’identification politique.

2) La sous-culture d’extrême-droite

Les partis d’extrême-droite développent une sous-culture politique particulière d’après un certain nombre de politologues. Au-delà de leur diversité, ils présentent un certain nombre de points communs : un patriotisme, un nationalisme et un attachement aux traditions encore plus poussés qu’à droite, un fort attachement à des valeurs nationales, identitaires, culturelles et/ou religieuses, et, parfois, un discours économique et social plus contestataire et se voulant plus proche des milieux populaires que celui de la droite traditionnelle. La xénophobie fait également partie de ce socle commun, ainsi que des préoccupations sécuritaires. La mondialisation et la question de l’islam sont des thèmes centraux dans les milieux d’extrême-droite.

Pour Michel Winock, on peut identifier neuf caractéristiques des partis d’extrême-droite, reflétant une culture politique bien particulière : « la haine du présent », considéré comme une période de décadence ; « la nostalgie d’un âge d’or » ; « l’éloge de l’immobilité », conséquence du refus du changement ; « l’anti-individualisme », conséquence des libertés individuelles et du suffrage universel ; « l’apologie des sociétés élitaires », l’absence d’élites étant considérée comme une décadence ; « la nostalgie du sacré », qu’il soit religieux ou moral ; « la peur du métissage génétique et l’effondrement démographique » ; « la censure des mœurs », notamment la licence sexuelle et l’homosexualité ; « l’anti-intellectualisme », les intellectuels n’ayant « aucun contact avec le monde réel ».

3) D’autres clivages non-partisans

  • La culture politique ouvrière

Jusqu’aux années 1970, les ouvriers se situaient majoritairement à gauche (de l’ordre de 70 %), et votaient en grande partie pour le Parti communiste. Ce choix exprime un sentiment fort d’appartenance de classe, lorsque les ouvriers représentaient jusqu’à la fin des années 1970 en France près de 40% de la population active. Ils partagent alors des conditions d’existence et des valeurs communes créant les conditions d’une « conscience de classe », de « classe pour soi » au sens marxiste du terme. Le vote des ouvriers en faveur de la gauche reflète d’abord les luttes d’intérêt opposant les travailleurs aux possédants (l’opposition entre capital et travail, ou entre bourgeois et prolétaires) : le groupe ouvrier est assez largement anti-libéral, voire anti-capitaliste. D’autre part, le vote ouvrier est également à relier au rôle messianique de la classe ouvrière : dans la pensée marxiste, la classe ouvrière porte en elle la capacité à mener une révolution et à renverser l’ordre capitaliste pour instaurer le communisme.

À partir des années 1980, la proportion des ouvriers tend à baisser dans la population active, elle passe de 32,8 % en 1982 à 25,6 % en 1999, du fait de la désindustrialisation, de la tertiarisation des activités d’une part et de la délocalisation industrielle d’autre part. Avec la montée du chômage, la situation des ouvriers devient plus précaire, les mobilisations collectives moins efficaces. La condition ouvrière est dévalorisée, la fierté d’appartenir au groupe ouvrier se dissout avec le sentiment d’appartenance. Dans le même temps, la nature du travail des ouvriers change. Ainsi, aujourd’hui, plus d’ouvriers travaillent dans le secteur tertiaire que dans le secondaire. De par l’automatisation de la production, ceux-ci effectuent de moins en moins des tâches de production au sens strict, mais davantage de tri, de manutention, de surveillance et de contrôle des machines dans des entreprises de plus petite taille. Le taux de syndicalisation baisse. Ces transformations ont pour conséquence une mutation progressive du vote ouvrier, avec une montée de l’abstentionnisme, une baisse du vote de gauche et l’émergence d’un vote important pour l’extrême droite, dès la fin des années 1980. Les ouvriers ont également connu au cours des Trente Glorieuses une transformation de leur mode de vie, un certain « embourgeoisement » (Olivier Schwartz) avec l’accession aux biens de consommation durable, le travail des femmes, l’allongement de la scolarisation des enfants, voire l’accession à la propriété grâce au crédit. Ces conditions de vie rapprochent l’ouvrier stable de la classe moyenne. L’image d’une société organisée autour de l’opposition de classes entre possédants et travailleurs s’estompe.

  • La culture des classes moyennes

Les trois caractéristiques du vote des classes moyennes sont les suivantes :

– électorat traditionnellement acquis à la gauche à chaque élection nationale depuis 1978, et notamment depuis François Mitterrand, les scores obtenus par les partis de gauche étant toujours supérieurs pour ces catégories ;

– elles sont peu attirées par les partis et les candidats qui se positionnent à l’une des deux extrémités de l’échiquier politique, ce qui les différencie nettement de l’électorat populaire ;

– elles sont par contre attirées par les candidats et les mouvements qui ne se déclarent « ni de droite ni de gauche », comme ce fut le cas avec les candidats des partis centristes ou encore écologistes, surtout depuis 2007.

Les classes moyennes regroupent, selon la définition de l’INSEE, les membres des professions intermédiaires et sont dominées par le salariat. Malgré leur hétérogénéité, elles se distinguent des classes populaires (ouvriers et employés) par un niveau supérieur de qualification professionnelle, de revenu et de diplôme. Elles se différencient aussi des cadres et professions intellectuelles supérieures, mieux dotés et moins sujets à la précarité, particulièrement en période de crise. Davantage que leurs conditions de vie matérielles, ce qui fonde l’identité sociale du groupe, c’est le sentiment généralisé de ses membres d’appartenir aux « classes moyennes » et de disposer d’une formation plus solide que les milieux populaires. Les classes moyennes partagent de ce fait avec les catégories supérieures un attachement au « libéralisme culturel », une hostilité à l’égard des formes d’autoritarisme et des attitudes anti-immigrés. Elles sont attachées au principe de l’épanouissement personnel, aux valeurs universalistes et humanistes. Elles se rapprochent néanmoins néanmoins des couches populaires dans leurs réserves à l’égard du « libéralisme économique », leur critique de la concurrence et leur méfiance vis-à-vis des incitations aux efforts individuels, qui accroissent selon elles les inégalités. Leur vote est également déterminé par leur socialisation politique et leurs modes d’intégration dans la société. Les classes moyennes sont souvent intéressées par la politique ; elles se tiennent informées de l’actualité politique, ce qui les rapproche davantage des catégories supérieures que des couches populaires. Toutefois, elles éprouvent une défiance de plus en plus forte à l’égard de la politique, dénoncent la corruption du personnel politique et font moins confiance aux partis politiques en général. Ainsi, leur participation électorale a décliné depuis les élections de 2007.

II – Les attitudes politiques reflètent également des modes de socialisation spécifiques

A. Mécanismes et acteurs de la socialisation

« La socialisation, c’est l’ensemble des processus par lesquels l’individu est construit par la société globale et locale dans laquelle il vit, processus au cours desquels l’individu acquiert des façons de faire, de penser et d’être qui sont situées socialement » (Muriel Darmon)

Appliquée au champ politique, la socialisation politique correspond à l’ensemble des processus contribuant à la formation des représentations, des choix et des comportements politiques. Elle est définie par Annick Percheron comme « l’ensemble des mécanismes et les processus de formation et de transformation des systèmes individuels de représentations, d’opinions et d’attitudes politiques ».

La socialisation est un processus de formation : elle est un héritage familial, elle permet l’intériorisation des éléments de la culture politique du groupe d’appartenance, qui vont structurer durablement les attitudes politiques d’un individu. Mais la socialisation est aussi un processus de transformation : les événements que l’on traverse modifient la culture politique incorporée au cours la phase de socialisation primaire. La socialisation politique, comme le processus de socialisation en général, dure tout au long de la vie et mobilise un grand nombre d’acteurs sociaux différents. Chaque événement, chaque rencontre peut amener à des recompositions de ce qui a été jusqu’alors intériorisé.

1) Les acteurs de la socialisation

La famille : c’est elle qui fournit les premiers repères politiques, qui transmet les grandes valeurs (le travail, le patriotisme, la solidarité…). Elle intervient très tôt, à un âge où l’enfant est malléable et intériorise très profondément ce qui lui est transmis. L’héritage politique est très prégnant : plus des 2/3 des jeunes interrogés en 2010 par Anne Muxel ont un positionnement politique identique à celui de leurs parents. Les cas de rupture complète avec les opinions politiques de ses parents sont assez rares.

L’école : transmission de savoirs, de culture civique, par le vécu d’expériences scolaires (élections de délégués, rapport à l’autorité, etc.) = Dimension cognitive de la culture politique. Impact assez faible en termes de préférences idéologiques et de comportements politiques.

Les médias : notamment la télévision, concourent à la socialisation politique, mais leur influence réelle reste difficile à établir. Influence sous doute principalement indirecte, sur les représentations politiques (les médias donnent à voir ou à entendre certaines idées, certains débats, mais passent sous silence d’autres éléments du débat public + leur représentation de la réalité est biaisée – effet de cadrage dénoncé par Bourdieu par exemple).

Le groupe de pairs : il joue un rôle souvent déterminant dans l’acquisition de certains comportements politiques, notamment chez les jeunes.

Plus généralement, l’ensemble des groupes sociaux auxquels on appartient intervient dans le processus de socialisation politique : entreprise, syndicat, association, communauté religieuse...

2) Les mécanismes de la socialisation

La socialisation politique s’opère à plusieurs niveaux. Le premier niveau est celui des discours explicites tenus par les agents dotés d’une autorité légitime : les parents, le professeur, le leader politique… Au quotidien, les individus sont exposés à des messages politiques, à des opinions plus ou moins argumentées, dont ils s’imprègnent et qui influencent largement leurs propres attitudes politiques. Le second niveau est celui des codes effectifs de comportements : les actes de la vie quotidienne, les choix de consommation, les relations avec le voisinage, avec la famille, avec les collègues… contribuent à structurer des attitudes politiques. Ainsi, ne pas aller manger au McDo ou ne pas porter des chaussures Nike, aller voter à tous les scrutins, écouter les allocutions présidentielles à la télévision et regarder les soirées électorales (ou aller assister au dépouillement) sont autant de comportements porteurs de sens sur le plan politique et qui imprègnent les individus, leur faisant ainsi acquérir des modèles de pensée, des attitudes politiques et des comportements, une culture politique particulière.

B. La socialisation politique est-elle un simple héritage politique ?

1) Le poids de la socialisation familiale

La socialisation primaire permet à l’individu d’intérioriser des dispositions politiques élémentaires, des croyances primaires, sur lesquelles viendront se greffer les éléments de connaissances et de maîtrise postérieurs. Dans les années 1960, à l’Université du Michigan, aux États-Unis, une équipe de chercheurs va montrer que les électeurs américains s’identifient à l’un des deux partis politiques américains, et que cette identification remonte à l’enfance et à l’éducation reçue dans les différentes catégories sociales. C’est ce qu’on a appelé le modèle de l’identification partisane.

En France, quelques années plus tard, les travaux d’Annick Percheron vont, en améliorant les méthodes américaines, montrer que le clivage entre gauche et droite est relativement bien respecté par la reproduction sociale : près d’un enfant sur deux voit ses opinions être en accord avec celles de ses parents, si ce n’est sur la même sensibilité au moins du même côté de l’échiquier politique. Cette proportion augmente si les deux parents partagent les mêmes orientations. Elle augmente également si le reste de l’environnement social est homogène du point de vue des préférences politiques.

Anne Muxel quant à elle distingue différents types de filiation politique. La majorité des Français sont des « affiliés », c’est-à-dire qu’ils se déclarent du même bord politique que leurs parents (du moins se positionnement du même côté sur l’axe gauche-droite). Mais il existe également des « désaffiliés », des personnes qui n’ont pas les mêmes préférences idéologiques que leurs parents. Cette « mauvaise » transmission des préférences politiques peut s’expliquer par une divergence d’opinion au sein de la famille ou le faible intérêt des parents pour la politique. Elle peut aussi s’expliquer par l’influence des autres instances de socialisation.

La transmission au sein de la famille se fait même en l’absence de discussions de nature politique, car les gestes quotidiens révèlent certaines attitudes politiques, et la la réaction des parents ainsi que leur avis sur le personnel politique témoignent de leur propre positionnement politique.

La transmission politique est variable selon les caractéristiques des familles. Elle est d’autant plus forte que les convictions des parents sont marquées (avec un fort intérêt pour la politique) et sont partagées par les deux parents. En revanche, si les parents sont en désaccord, la transmission est plus complexe. Si les parents n’ont pas de préférences marquées, la transmission est moins nette. La transmission est plus forte lorsque les parents se positionnent aux « extrêmes » de l’échiquier politique, et elle est plus forte lorsque les parents se disent de gauche que lorsqu’ils sont de droite.

2) La socialisation secondaire, entre rupture et continuité

La socialisation politique ne s’arrête pas avec la socialisation primaire. C’est un processus continu, la socialisation secondaire peut donc renforcer ou modifier les premières orientations politiques. La trajectoire des individus (ascension sociale ou chute sociale, c’est-à-dire un changement de position sociale, et notamment la mobilité sociale ascendante) peut amener à une recomposition des éléments de la culture politique et à un réalignement des opinions et des comportements politiques, par exemple le passage à une identification partisane de gauche à une identification partisane de droite. C’est souvent le cas lorsque l’individu s’élève socialement. Le contexte social et politique peut également jouer : Annick Percheron met ainsi en évidence un effet de génération permettant de comprendre l’évolution des attitudes politiques entre les différentes générations et le contexte social, politique, économique dans lequel elles ont grandi. Chaque génération est ainsi marquée par des événements politiques qui marquent durablement leurs attitudes politiques : la guerre d’Algérie, mai 68, l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, la manif pour tous... Les instances de socialisation secondaire viennent également modifier la socialisation politique familiale : les associations auxquelles l’individu participe, voire les syndicats ou les partis, de même que les groupes de collègues ou le couple sont des instances de socialisation politique qui peuvent confirmer ou modifier l’identification politique d’un individu. Si les instances de socialisation entrent en contradiction, on parle de conflit de socialisation.

Cette socialisation hétérogène peut entraîner des conflits de socialisation (situation dans laquelle un individu a intériorisé des attitudes politiques différentes/opposées au cours de la socialisation primaire et secondaire). Par exemple, H. A. connaît un conflit de socialisation entre sa socialisation familiale, sa socialisation conjugale, sa socialisation professionnelle. Lorsqu’il y a conflit de socialisation, l’individu bénéficie d’une marge d’autonomie face à la socialisation qu’il a reçue : il doit en effet faire des choix entre les différentes attitudes politiques qui lui sont proposées. Trois grands types de choix sont possibles face à un conflit de socialisation :

  • conserver une des attitudes parmi ceux proposés et abandonner le ou les autres. Par exemple, H. A. peut choisir d’abandonner totalement l’attitude politique de gauche transmise par ses parents.
  • reconstruire une attitude à partir d’éléments provenant des différentes attitudes proposées. Par exemple, H. A. choisit de composer une attitude politique articulant les valeurs transmises par ses parents et celle associées à sa vie adulte.
  • adapter les attitudes en fonction des situations. Par exemple, H. A. pourrait choisir d’afficher une attitude de gauche avec ses parents et une attitude centriste avec son conjoint.

En conclusion, la socialisation ne se limite pas à un héritage familial. L’héritage familial peut d’abord être faible, lorsque les parents sont eux-mêmes peu politisés ou lorsqu’ils ont un positionnement politique différent. Mais surtout, les expériences de l’individu l’amènent à sans cesse remettre en question ce qui a été transmis dans le cadre de la socialisation familiale, ce qui conduit à des réalignements des attitudes politiques pour tenir compte de ces nouvelles expériences.