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Par : mj
Publié : 10 septembre 2016

Introduction : de la politique aux sciences politiques

La science politique peut se définir simplement comme la discipline qui étudie les phénomènes politiques. La « science politique » est donc une science sociale : elle s’intéresse donc à l’homme vivant en société et elle cherche à expliquer la réalité sociale par le social (et non par le biologique ou la physique)

En revanche, le mot « politique » n’est pas clair d’emblée : il recouvre de multiples réalités plus ou moins éloignées. Le mot politique a différents sens, et n’a pas les mêmes connotations selon les individus. C’est pourquoi il convient de mieux en cerner les contours : comment les spécialistes de la discipline (appelés politologues ou politistes) définissent-ils leur objet ?

Politique, une notion polysémique

En langue anglaise, il existe trois mots différents pour évoquer la politique : politics, policy et polity. En français, selon que l’on utilise un féminin ou un masculin, un singulier ou un pluriel, la terme "politique" change de sens. La politique (politics) désigne l’ensemble des normes, mécanismes et institutions attribuant le pouvoir d’État, la scène où s’affrontent des personnes et des partis, en compétition pour conquérir, exercer ou influencer ce pouvoir. Les politiques (policies) désignent l’ensemble des décisions prises par les autorités instituées (les gouvernants, députés et autres hommes politiques) appliquées à un domaine particulier. Enfin, le politique (polity, polis en grec) désigne l’ensemble des processus impliquant un pouvoir légitime, le règlement des conflits, l’unité et la stabilité de la société, la régulation des conduites à l’échelon d’une collectivité et des croyances qui les justifient.

La science politique étudie les phénomènes politiques compris comme ceux qui relèvent de ce troisième sens. Il s’agit donc de l’étude du politique. On en arrive alors à la définition précise des faits sociaux politiques, ceux-ci étant définis par Jean-Marie Denquin comme "les phénomènes liés à l’existence, au sein d’une société, d’un pouvoir politique chargé de définir et d’imposer des décisions collectives". Le champ politique concerne donc les décisions qui intéressent l’ensemble de la Cité, l’espace public.

LE Politique est un objet mouvant et instable. Un phénomène social peut être une question politique à un moment donné dans l’histoire et ne plus l’être par la suite. De même une question peut être politique dans un pays et ne pas l’être dans un autre. Il n’y a pas de critère universel de ce qui est politique et de ce qui ne l’est pas. Par exemple de l’alimentation n’est pas en soi une question politique, mais elle peut le devenir (affaire de la vache folle au milieu des années 1990, question du menu des cantines scolaires et des repas de substitution aujourd’hui). De même, la protection de l’environnement a longtemps été considéré comme non-politique, mais l’est devenue progressivement, au cours d’un long travail d’associations et d’élus pour que l’opinion publique et les pouvoirs publics s’emparent de la question. Il n’y a pas de fait politique en soi mais tout peut le devenir par un travail de politisation mené soit par les gouvernants, soit par l’opinion publique, un mouvement social ou un groupe d’intérêt qui va faire intervenir la régulation de l’État.

La transformation d’un fait social en fait politique constitue un enjeu et résulte souvent d’un rapport de force : ainsi, la construction d’une nouvelle centrale nucléaire ou les antennes relais des téléphones portables deviennent des problèmes politiques du jour ou certains groupements scientifiques ou écologistes, réussissent à en faire un objet de controverse publique.

Le politique (polity, polis) La politique (politics) Les politiques (policies)
Définition Ordre assurant la régulation des conflits et chargé de garantir la cohésion sociale. Le plus souvent, un pouvoir politique dispose d’un monopole de coercition légitime Espace symbolique dans lequel s’affrontent les hommes politiques pour la conquête et l’exercice du pouvoir Actions et décisions des autorités publiques dans un domaine particulier
Expressions « Politiser un problème » « Entrer en politique », « Faire de la politique », « la politique politicienne » la « politique économique », la « politique budgétaire », la « politique sociale », la « politique culturelle »

Le politique, un phénomène universel

Les anthropologues, comme Georges Balandier (Anthropologie politique, 1967), montrent qu’il n’y a pas de société sans ordre politique. L’existence universelle du politique est donc un « fait social »  [1] au sens de Durkheim. Comme le rappelle Michel Hastings, dans Aborder la science politique (2001), « à l’origine du pouvoir politique, il y a les tensions et les conflits qui traversent toute société humaine et qui doivent trouver une procédure de résolution ».

Il y a quatre grandes sources de conflits au sein des sociétés humaines.

- Il n’existe aucune société où les règles sont automatiquement respectées → Dans toute société, existent des formes de compétition entre individus et entre groupes. D’où la présence universelle du pouvoir politique dont la fonction première est de maintenir l’ordre social. Si les règles étaient spontanément respectées par tous, les rapports sociaux seraient harmonieux : il n’y aurait pas de conflits, donc pas besoin de pouvoir politique.

- Toute société est divisée en groupes, connaît une division sociale du travail plus ou moins marquée, sur la base du sexe, de l’âge, de la richesse, du statut, du prestige, du territoire, du pouvoir, du sacré et du profane… → Chaque société est composée de "sociétés dans la société" qui n’ont pas les mêmes objectifs, les mêmes valeurs, les mêmes intérêts mais qui sont largement interdépendants, et entrent en contact les uns avec les autres. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire d’avoir une régulation politique. Si chaque individu n’était pas relié à un tout, à une société (quelle que soit sa taille), il n’y aurait pas besoin d’une régulation politique. Cette dernière n’aurait pas de sens dans le cas où les individus vivraient totalement isolés, coupés de leurs semblables ; or, une telle situation est exceptionnelle.

- Toute société connaît des phénomènes d’inégalités et de domination (entre groupes sociaux, hommes / femmes, classes d’âge, …) → Ces inégalités fondent d’ailleurs l’existence du pouvoir politique qui les légitime, les justifie, les rend acceptables. Les inégalités des conditions d’existence, l’accès différencié aux ressources matérielles, culturelles ou symboliques (prestige, pouvoir) sont sources de conflits. Sans inégalités, pas de conflits, ni nécessité d’un ordre politique.

- Toute société, enfin, cherche à se prémunir contre la menace (réelle ou présumée), d’un ennemi extérieur, ce qui exige la mobilisation de la société tout entière en une forme d’union sacrée. L’existence du politique résulte alors du souci qu’ont les sociétés humaines de se prémunir contre les dangers qui la menacent. Michel Hastings pose ainsi une question féconde : « Et si, en dernière instance, la source de tout pouvoir résidait dans la peur ? »

Toute structure sociale est donc potentiellement conflictuelle : les intérêts, les idées, les visions du monde, les positions, les statuts, normes et valeurs diffèrent d’un groupe social à l’autre. Le rôle du pouvoir politique est ainsi d’atténuer les conflits et les peurs, de canaliser, d’apaiser les tensions qui traversent toute société et peuvent saper ses bases, c’est-à-dire subvertir l’ordre social.

Conclusion : La science politique étudie donc les règles (la Constitution par exemple) et les acteurs du jeu politique (gouvernants et gouvernés), les discours et idéologies de ces derniers, leurs modes d’actions, mais aussi les institutions (associations, syndicats, partis, État…) qui participent au gouvernement des sociétés (au sens large : élaboration et mise en place des règles collectives). Elle analyse donc particulièrement le fonctionnement des institutions politiques (principalement l’État dans nos sociétés) et le comportement des acteurs disposant de ce pouvoir particulier consistant à organiser et à diriger la vie en société, à créer des règles collectives et à les faire appliquer. Elle s’intéresse aussi à tous les acteurs susceptibles d’influencer cette régulation sociale et de jouer le rôle de contre-pouvoirs.

La science politique

Dans La Science politique, Philippe Braud distingue quatre sous-disciplines propres à la science politique :

- la Théorie politique : elle porte sur divers concepts tels que le pouvoir, la nation, l’État, les régimes politiques, la mobilisation et cherche à formuler des théories, des modèles interprétatifs de la réalité politique, et à s’interroger sur les méthodologies employées. Elle renvoie également à l’histoire des idées politiques qui désigne l’étude des idéologies justifiant l’action politique ;

- la Sociologie politique désigne l’étude des acteurs de la vie politique (institutions, partis, groupes d’intérêt, personnel politique, forces sociales), l’analyse des élections, des processus de socialisation, de communication et d’action collective et des modes de construction des idéologies et des univers de représentations symboliques ; 

- la Gouvernance et les politiques publiques : il s’agit de l’étude du fait administratif, compartiment de la sociologie politique, mais dont la largeur justifie une certaine autonomie (la gouvernance désigne l’étude comparée des processus décisionnels dans toutes les institutions et pas seulement dans les administrations) ; 

- les Relations internationales : c’est l’étude des rapports inter-étatiques, mais aussi des activités des organisations internationales. 

L’étude du politique peut prétendre à la scientificité à quatre conditions :
- elle ne se fonde pas sur des préjugés ;
- elle est axiologiquement neutre (pas de jugements de valeurs) ;
- elle s’appuie sur des méthodes rigoureuses ;
- elle dégage des régularités auxquelles elle apporte des éléments d’explication.

L’ambition de cette année est d’aborder quelques champs d’étude de la science politique, et de vous donner quelques notions et quelques démarches propres à la science politique pour appréhender le monde tel qu’il va.

Notes

[1] Selon Durkheim, le fait social dans une société est donc un phénomène suffisamment fréquent pour être dit régulier et suffisamment étendu pour être qualifié de collectif, qui est au-dessus des consciences individuelles et qui les contraint.