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Par : mj
Publié : 4 février 2018

Chapitre 6 - Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?

La crise de 2008 a mis en lumière de façon très nette combien les conséquences d’une crise financière pouvaient être sévères : arrêt de la croissance, montée du chômage et de la pauvreté, endettement des États et remise en cause de l’État-providence... Compte-tenu de l’importance de ces conséquences, il apparaît nécessaire d’en comprendre les causes et les mécanismes, et de réfléchir aux outils et aux instruments qui permettraient d’en limiter le nombre et l’ampleur.

La crise des subprimes de 2008

Il existe de nombreuses vidéos qui évoquent le déroulement et les mécanismes de la crise des subprimes. Vous trouverez ici et deux vidéos pédagogiques assez courtes, que vous pouvez visionner en préambule.

Le point de départ de la crise dite des subprimes est à rechercher dans les années qui précèdent le déclenchement de la crise proprement dite. On a d’ailleurs là une illustration parfaite de ce que Minsky appelait le "paradoxe de la tranquilité" : c’est dans les moments où tout va bien que se préparent les crises à venir. Il faut donc remonter au début des années 2000. Suite aux attentats de 2001, pour stimuler la croissance économique, la banque centrale américaine, la Fed, pratique une politique de taux directeurs très bas. La croissance repart à la hausse, et un climat de confiance et d’optimisme se développe. Les banques et les acteurs des marchés financiers sont à la recherche de profits de plus en plus importants. Ils sont prêts à prendre des risques toujours croissants pour cela, rassurés par le contexte économique favorables. Les banques accordent des prêts immobiliers à taux d’intérêt variables, les fameux crédits subprime, à des ménages de plus en plus pauvres, offrant de moins en moins de garanties. Comme les prix de l’immobilier sont portés vers le haut par la croissance et les taux d’intérêt bas, les banques considèrent qu’il est rentable de prêter à des personnes au chômage ou sans revenu fixe, puisqu’elles pourront au pire se rembourser en revendant la maison en cas de défaut de paiement de l’emprunteur. On voit apparaître une bulle immobilière. Une bulle spéculative correspond à un pic dans la valeur des actifs dans un secteur (ex : l’immobilier), une matière première (ex : le blé, le cuivre) ou une classe d’actif (ex : telle action, obligations, un produit dérivé). Elle est généralement causée par des anticipations exagérément optimistes sur la croissance, l’évolution des prix ou sur d’autres événements qui pourraient provoquer une augmentation de la valeurs de ces actifs. Ces anticipations font alors grimper en flèche les volumes de transactions et attirent de plus en plus d’acheteurs sur le marché (on retrouve là un mécanisme de prophétie auto-réalisatrice). Le nombre d’acheteurs excède alors rapidement celui des vendeurs, ce qui accélère la hausse du prix des actifs, jusqu’à atteindre des niveaux très supérieurs à leur valeur intrinsèque. La bulle n’en devient réellement une que lorsque les prix rechutent violemment quand les investisseurs vendent tous leurs actifs, souvent à tout prix, dans la panique.

Dans le même temps, à partir des prêts immobiliers accordés, les banques créent des produits financiers qu’elles revendent sur les marchés financiers à d’autres agents économiques : c’est la titrisation, la transformation des prêts immobiliers en titres financiers nouveaux. Cette innovation financière permet dans un premier temps aux agents économiques qui acquièrent ces titres de réaliser d’importants revenus. Mais la titrisation engendre également la dilution du risque et sa diffusion auprès d’un très grand nombre d’agents économiques (des banques, des sociétés d’assurance, mais aussi des épargnants...).

À partir de 2006, face aux tensions inflationnistes qui apparaissent aux États-Unis (notamment du fait de l’envolée du prix de l’immobilier), la Fed décide de mener une politique monétaire plus restrictive et augmente ses taux d’intérêt directeurs. Les ménages pauvres endettés ne sont alors plus capables de faire face aux charges de remboursement de leur emprunt immobilier, et font défaut. Les banques saisissent leurs maisons pour les mettre en vente. Mais le marché immobilier n’est plus aussi florissant : la demande de logement diminue (du fait de la hausse des taux d’intérêt) et l’offre augmente (puisque les maisons saisies sont mises en vente). Le prix de l’immobilier chute fortement et l’inquiétude augmente. Les banques et les autres acteurs économiques réalisent progressivement le degré de risque auquel ils se sont exposés avec les crédits subprimes et surtout avec les produits financiers dérivés de ces crédits. Les banques dont les clients font défaut et qui ne parviennent pas à vendre les maisons saisies se retrouvent en difficulté. Les titres dérivés des emprunts immobiliers "toxiques" perdent toute leur valeur. Or nombreux sont les acteurs du système financier qui ont acheté ces titres... De grandes banques, comme Goldman Sachs, JP Morgan, Merril Lynch ou Lehman Brothers aux États-Unis annoncent des pertes colossales. La banque Northern Rock au Royaume-Uni fait faillite, en Allemagne c’est Deutsche Postbank, Dexia en Belgique... La Française Société Générale annonce également de grosses pertes, de l’ordre de 2 milliards d’euros. En 2008, c’est la banque Lehman Brothers qui fait faillite.

Désormais, la crise de confiance est très importante. Les banques refusent de se prêter des liquidités sur la marché interbancaire (où les banques viennent se refinancer en monnaie banque centrale). Le système bancaire est paralysé, malgré les interventions des banques centrales. Les banques de second rang, celles qui financent les entreprises et les ménages, n’accordent plus de crédit : c’est le credit crunch. De plus, l’effondrement des cours des Bourses prive les entreprises d’une autre source de financement, le financement de marché.

Les ménages réduisent leur consommation et cherchent à épargner, soit pour reconstituer leur patrimoine dont la valeur a chuté, soit par précaution, car ils sont pessimistes quant à l’avenir. La consommation baisse, les entreprises anticipent un ralentissement marqué de l’économie et ont du mal à se financer : leur investissement diminue également fortement et elles licencient. La crise financière est devenue une crise économique. Chrysler et General Motors se placent en faillite en 2009, l’ensemble du secteur automobile mondial est touché. Le chômage explose, et la croissance devient négative dans de nombreux pays.

La crise de 2008 permet de mettre en lumière comment la sphère financière est étroitement connectée à la sphère réelle (la sphère de la production matérielle de richesse), et quelles conséquences peut avoir le déclenchement d’une crise financière sur l’économie réelle.

Les crises financières et leurs mécanismes

A. Les phénomènes d’instabilité des marchés financiers

1) À court terme : la volatilité des cours

  • À court terme, on peut observer une très forte volatilité des cours sur les marchés financiers.

La volatilité d’un actif mesure l’importance des variations de son cours sur une période donnée. Chaque actif varie à la hausse ou à la baisse durant les jours où il est coté. Ces mouvements sont d’amplitude plus ou moins forte. Plus ces variations sont fortes sur un laps de temps réduit, plus la volatilité est importante. Lorsque la volatilité est élevée, la possibilité de gain est plus importante, mais le risque de perte l’est aussi. Le degré de volatilité du cours d’un actif est associé au rendement de cet actif : un agent économique accepte d’acquérir un actif dont la volatilité est forte si et seulement si le gain qu’il en retire est important. Inversement, si la perspective de gain est modérée, l’agent économique n’acceptera sans doute pas une prise de risque forte liée aux fluctuations de la valeur de l’actif. Il ne faut donc pas considérer la volatilité des cours comme le signe d’un manque de rationalité des marchés ou d’un manque d’information. Elle est au contraire le résultat de la rationalité des acteurs qui cherchent à tirer parti de toutes les modifications des informations et des anticipations sur les marchés financiers.

  • La volatilité des cours a des conséquences importantes.

La hausse des cours peut engendrer des conséquences négatives pour l’activité économique, en comprimant le pouvoir d’achat et en renchérissant les coûts de production, notamment lorsqu’elle concerne les prix des matières premières (pétrole, céréales, minerais...). La croissance économique ralentit du fait de la baisse de la demande mais également de la baisse des investissements et le chômage augmente.

Ces effets sont d’autant plus forts, et socialement néfastes, que le niveau de développement du pays est faible. En effet, dans ces pays, la majorité du budget du ménage est employé dans les dépenses d’alimentation, comme nous l’indique la Loi d’Engel. Une hausse des prix des denrées alimentaires se traduit donc par une incapacité à acheter suffisamment de nourriture pour une part importante des ménages. C’est ce qui explique à la fois la hausse épisodique de la sous-alimentation dans le monde et les phénomènes d’« émeutes de la faim » qu’on a vu apparaître médiatiquement en 2007 et 2008.

Au-delà des effets négatifs liés à la hausse des prix, l’instabilité a des effets en tant que telle. Le fait que les prix soient instables, à la hausse comme à la baisse, provoque des effets néfastes. Comme les prix sont instables, cela rend beaucoup plus incertain les décisions économiques puisque chacun est incité à se comporter en spéculateur. Généralement, quand les prix augmentent, l’offre augmente. Mais l’instabilité des cours fait que cette décision est moins certaine : à tout moment, les prix peuvent redescendre de façon significative. Les entreprises ne vont donc pas forcément investir dans de nouvelles capacités de production ni embaucher lorsque les prix augmentent : ces dépenses pourraient être faites à perte si les prix revenaient à leur niveau antérieur. Cela tend donc à réduire les capacités de production et les réserves de production. La faiblesse de l’offre amplifie encore plus l’instabilité des prix, et cela incite encore à se comportement comme un spéculateur.

La volatilité des cours marque donc une instabilité des marchés financiers à court terme, et ses conséquences peuvent être très néfastes. À long terme, cette instabilité se traduit par la récurrence de bulle spéculative et de krachs.

Pour aller plus loin : Traders, le marché secret des matières premières, un documentaire de Jean-Pierre Boris et Jean Crépu, produit par Arte en 2014.

2) À long terme : la récurrence des crises financières

Une crise correspond au moment de retournement à la baisse de la conjoncture. On parle de crise financière pour parler un retournement de conjoncture dans le système financier. La crise financière peut prendre plusieurs formes, qui affectent des marchés différents.

  • la crise de change : effondrement de la valeur d’une ou de plusieurs monnaies
  • la crise boursière (ou « krach » boursier) : très forte chute du cours des titres côtés en bourse (marchés des capitaux de long terme secondaire)
  • la crise bancaire : faillite de banques qui fait suite à une situation d’illiquidité ou d’insolvabilité de celles-ci. Une banque illiquide est incapable de se procurer et de fournir à ses clients de la monnaie Banque Centrale. Une banque insolvable ne peut plus honorer les paiements auxquels elle s’était engagée. Elle disparaît donc avec tous les dépôts de ses clients
  • la crise de la dette souveraine : incapacité d’un État à rembourser ses créanciers

Source : Olivier Berruyer, www.les-crises.fr

L’histoire économique nous montre clairement que les crises financières sont récurrentes : 1907, 1929, crises des années 1990, 2008... On peut toutefois remarquer que les crises sont plus fréquentes dans les périodes où les flux de capitaux sont assez peu encadrés (avant les crise de 1929, après les années 1980, alors que les Trente Glorieuses étaient au contraire une période de fort encadrement de la sphère financière).

Une crise financière peut se propager à l’économie réelle d’un pays, voire affecter l’ensemble des pays du monde, comme cela a été le cas en 1929 ou en 2008. Les mécanismes de contagion d’une crise financière à l’économie réelle sont connus : le rôle des banques et des marchés financiers dans le financement de l’activité économique et dans la gestion de l’épargne est essentiel. Il faut toutefois noter qu’une crise financière ne débouche pas nécessairement sur une crise économique, et que toutes les crises économiques ne prennent pas forcément naissance dans la sphère financière...

3) Crises financières et risque systémique

La notion de risque systémique désigne le risque qu’un événement particulier entraîne par réactions en chaîne des effets négatifs considérables sur l’ensemble du système pouvant occasionner une crise générale de son fonctionnement.

L’interdépendance très forte des économies nationales et des marchés et des institutions financières créé un « risque systémique », caractérisés par une contagion des déséquilibres, d’une part au sein même de la sphère financière, et d’autre part de la sphère financière vers l’économie réelle. Ce risque est amplifié par les comportements spéculatifs sur les marchés financiers.

Plusieurs situations présentent des risques systémiques :

  • L’interdépendance des institutions financières : si les institutions sont interdépendantes, en se prêtant des fonds les unes aux autres, il peut y avoir un effet de contagion en cas de difficulté d’une institution. En effet, suite à un choc, par exemple si une banque fait défaut, les difficultés se propagent au système financier et provoquent des faillites en chaîne, touchant l’ensemble des marchés financiers, c’est l’"effet domino".
  • L’exposition commune des différentes composantes d’un marché à un choc (par exemple si toutes les institutions du marché détiennent un grand nombre de parts dans une entreprise, si celle-ci fait défaut, toutes les institutions seront en difficulté).
  • Les déséquilibres financiers : lorsque certaines économies mondiales dégagent de forts excédents (capacité de financement) et d’autres de grands déficits (besoins de financement), le déséquilibre est un risque systémique. En effet, d’une part, dans les économies à capacité de financement, l’accumulation d’excédents incite les agents à réaliser des placements financiers de plus en plus risqués. D’autre part, les économies mondiales sont rendues très interdépendantes, et un changement dans une économie peut avoir de grandes répercussions sur d’autres. Ainsi, lorsque les déséquilibres se creusent, la probabilité d’une crise globale augmente.

B. Expliquer les crises financières

1) Le rôle des anticipations mimétiques dans la dynamique des bulles et des crises

Il y a développement d’une bulle financière lorsque les cours des actifs financiers (titres ou cours des devises) tendent à s’élever au‐delà de ce qui serait justifié par des données réelles, des grandeurs économiques fondamentales. On parle de bulle spéculative car le prix des titres est lié aux décisions d’achat et de vente des opérateurs de marché, qui espèrent tirer des plus‐values de leurs opérations.

Cette bulle se développe à cause d’anticipations auto‐réalisatrices des opérateurs de marché : tous se procurent des titres en espérant qu’ils vont prendre de la valeur, la demande augmente, et les titres prennent effectivement de la valeur. Au moment où ces anticipations se retournent, on parle d’éclatement de la bulle : les agents liquident leurs titres, qui perdent alors de la valeur, donnant raison a posteriori aux vendeurs.

Il est important de souligner que les réactions en chaîne à un événement provoquant l’insécurité générale ne viennent pas d’un comportement irrationnel des agents économiques. Elles correspondent au contraire à des réponses rationnelles de leur part aux risques qu’ils perçoivent. Comme l’a montré John Maynard Keynes, les marches financiers favoriseraient les comportements d’imitation dont l’objectif est davantage d’anticiper l’évolution de l’opinion majoritaire des opérateurs financiers que de contribuer a la convergence des prix vers la valeur réelle des titres : « Le cours ne reflète que la croyance collective dans sa hausse future ». Le cours des actions n’a rien a voir avec la valeur réelle des entreprises. Il augmente si les spéculateurs pensent qu’il va continuer à augmenter, c’est-à-dire s’ils pensent que les autres vont continuer d’acheter parce qu’ils pensent qu’ils vont continuer a augmenter.

Il s’agit donc pour les agents économiques d’anticiper l’évolution de l’opinion majoritaire, ce qui peut conduire à anticiper ce que les autres vont anticiper... Se produit alors une déconnexion de plus en plus forte entre le cours des actifs valorisés sur les marchés financiers et la situation économique des entreprises qui ont émis ces titres. Quand l’écart entre le cours du titre et la valeur des fondamentaux liés à ce titre (la santé de l’entreprise, sa capacité à distribuer des dividendes...) devient évidente pour les opérateurs, ils anticipent un retournement de la bulle et liquident leurs titres, on parle d’éclatement de la bulle. Les titres perdent donc de la valeur, ce qui conduit a une défiance encore plus grande des opérateurs, les valeurs chutent fortement ce qui caractérise un krach boursier.

Les paniques bancaires sont une illustration parfaite du rôle des anticipations mimétiques auto-réalisatrices. Lorsque se manifeste un risque de faillite d’une banque, il est logique que tous ceux qui ont déposé de l’argent dans cette banque se précipitent pour retirer leur argent. En effet si la faillite intervient, la banque ne pourra pas honorer toutes ses dettes. Ce sera « premier demandeur, premier servi » jusqu’à ce que la banque ne puisse plus payer. Pourtant, c’est bien ce "bank run", cette volonté pour tous les clients de la banque de retirer leurs avoirs qui conduit la banque à la faillite. Pourquoi des agents se précipitent-ils faire des retraits à leur banque au risque d’aggraver sa situation ? Les paniques bancaires peuvent en fait débuter suite à des informations (avérées ou non) sur la mauvaise qualité des actifs bancaires. Face au risque de faillite (avéré ou non) de leur banque, des clients anticipent qu’ils ne puissent retirer leur épargne. Les autres clients, apprenant ces retraits vont faire de même par crainte qu’ils ne puissent à leur tour retirer leur épargne. Ils adoptent donc des comportements mimétiques.

On peut donc en conclure que les comportements mimétiques, rationnels en cas de manque d’information, sont à l’origine de l’instabilité des marchés financiers et surtout de la formation et de l’explosion de bulles. Par ailleurs, en accentuant l’effet de contagion, ce type de comportement accroît le risque systémique.

2) Une prise de risque excessive : le problème de l’aléa moral

L’aléa moral désigne une situation où un agent, non ou mal informé, ne peut pas contrôler l’action d’un partenaires qui peut en profiter. L’aléa moral découle donc de l’asymétrie d’information. On peut illustrer cette situation dans le domaine de l’assurance : si vous êtes assuré (par exemple en cas d’accident automobile), vous pouvez vous mettre à conduire imprudemment, puisque ce n’est pas vous qui supporterez le coût des réparations en cas d’accident, mais votre assureur. Il y a aléa moral, car votre assureur n’a aucun moyen de contrôler que vous ne profitez pas de l’asymétrie d’information en prenant plus de risque.

Cet aléa moral est présent sur les marchés financiers. En effet, les produits dérivés permettent d’assurer les agents économiques contre la réalisation d’un risque (quelque soit ce risque). Ils peuvent donc êtes tentés de prendre davantage de risque que s’ils devaient assumer seuls les conséquences de la prise de risque. La présence de produits dérivés est à l’origine d’un aléa moral, et de l’accroissement du risque sur les marchés financiers.

Par ailleurs, la fonction de prêteur en dernier ressort jouée par les Banques Centrales accroît l’aléa moral dans le système bancaire. La fonction de prêteur en dernier ressort consiste à ce que la Banque centrale fournisse à une banque en difficulté ou devenue illiquide (ne pouvant plus se procurer de la monnaie banque centrale sur le marché interbancaire) de la monnaie banque centrale pour éviter sa faillite. La Banque centrale peut par exemple racheter une partie des actifs "toxiques" de la banque en difficulté.

Il est beaucoup trop risqué de laisser faire faillite certains établissements bancaires (c’est le principe du « too big to fail »), puisqu’il existe un risque systémique important. Sachant que, quoiqu’il arrive, les banques centrales ou les États viendront à leur secours, les banques peuvent alors être incitées à une prise de risque excessive. La banque américaine Lehman Brothers fait faillite en 2008, fragilisant d’autres banques un peu partout dans le monde. Comme on ne pouvait laisser le système s’effondrer au risque de provoquer une dépression générale, les États et les Banques centrales ont massivement soutenu les banques en difficulté. L’État français par exemple a fait voter aux députés en octobre 2008 un plan de sauvetage des banques françaises : 40 milliards d’euros ont été versés aux différentes banques pour les recapitaliser (leur donner de nouveaux fonds propres) et 320 milliards leur ont été prêtés dans le même but. L’ensemble des banques les avait remboursé en 2011. Par comparaison, les deux plans de prêt à l’État grec représentaient 240 milliards. On a donc prêté des montants bien plus importants et à des conditions bien plus avantageuses aux banques privées responsables de la crise de 2008 qu’à l’Etat grec dont les difficultés sont pourtant très importantes.

Enfin, les asymétries d’information peuvent déboucher sur le phénomène de sélection adverse (Cf le marché des lemons). Les banques ne connaissent pas les capacités de remboursement de leurs clients. Pour se protéger du risque, elles peuvent proposer des taux d’intérêt élevés. Mais à ce niveau d’intérêt, seuls les clients proposant des projets très rémunérateurs mais aussi très risqués demandent des crédits.

3) Le rôle des déséquilibres macro-économiques réels

Les déséquilibres des échanges internationaux conduisent à l’accumulation d’excédents dans certains pays comme la Chine par exemple, et plus généralement pays émergents. Symétriquement, ces déséquilibres conduisent à l’accumulation de déficits dans d’autres pays (aux États-Unis par exemple). Les pays en déficit manquent d’épargne pour financer leur activité économique, tandis que les pays en excédent accumulent au contraire de l’épargne. L’épargne excédentaire des pays émergents cherchent des placements rémunérateurs. Compte tenu de la globalisation financière, ces capitaux viennent se placer sur des titres émis par des agents économiques des pays développés. L’abondance d’épargne permet ainsi à certains acteurs des marchés financiers de mettre au point des produits de plus en plus risqués, mais qui trouvent preneurs puisqu’il y a énormément de capitaux à placer. Les déséquilibres mondiaux conduisent ainsi à un accroissement du risque sur les marchés financiers.

Par ailleurs, à l’intérieur d’un pays, les inégalités peuvent être à l’origine de déséquilibres financiers. En effet, pour parvenir à accéder à la norme de consommation en vigueur dans leur pays, les ménages les plus pauvres ont recours au crédit bancaire, à l’emprunt. L’emprunt représente donc une façon pour eux d’acquérir le pouvoir d’achat que ne leur procure pas leur travail rémunéré. Aux États-Unis par exemple, cet endettement des ménages les plus pauvres a été facilité par la politique monétaire accommodante menacée par la Fed au début des années 2000. Cet endettement alimente le développement de la sphère financière, les innovations financières et fait augmenter le risque de crise.

Comment réguler la sphère financière ?

La notion de régulation financière désigne l’ensemble des mécanismes et des règles qui assurent une relative stabilité des marchés financiers. Elle est assurée par différentes institutions. Au niveau national, ce sont les États, les banques centrales et des autorités indépendantes (en France, c’est le rôle de l’AMF, l’Autorité des Marchés Financiers) qui sont en charge de ce contrôle de la sphère financière. Au niveau international, la régulation financière est assurée par les banques centrales, le FMI, et depuis 2009 par le Conseil de stabilité financière (groupement économique international créé par le G20). Enfin, au niveau européen, il existe le Conseil européen du risque systémique. Cette régulation s’exerce vis-à-vis de l’ensemble des acteurs du système financier : les banques, les fonds d’investissement (zin-zins ou fonds spéculatifs), les agences de notation, mais aussi les sociétés de Bourse.

La crise de 2008 a mis en lumière les insuffisances de la régulation du système financier. Ont alors été entreprises certaines réformes, soit pour renforcer les normes existantes, soit pour créer de nouvelles réglementations. Toutefois, l’insuffisance des normes est évidente dans certains secteurs, et il semble que les règles internationales soient toujours en retard par rapport aux innovations financières…

A. La réglementation prudentielle des banques

1) Les accords de Bâle

Des les années 1980, la BRI (Banque des Règlements Internationaux) a édicté un ensemble de règles désignés sous le terme d’accords de Bâle I. Il s’agit de ratio de solvabilité imposés aux banques. Si une banque a des prêteurs qui font défaut ou que des titres qu’elle a achetés ne lui rapportent plus rien ou ne valent plus rien, elle doit être capable d’amortir ses pertes pour ne pas faire faillite. Elle doit donc rassembler suffisamment de fonds propres dans ce but. Les fonds propres sont composés des capitaux apportés par les actionnaires et des bénéfices mis en réserve. Ces fonds propres doivent rester dans une proportion constante vis-a-vis des crédits accordés et de certains placements risqués. Le ratio de solvabilité se calcule ainsi : fonds propres / (prêts + actifs risqués) * 100. L’accord de Bâle I prévoit un ratio de 8 %, c’est-à-dire que pour prêter un total de 100 millions d’euros, une banque devait avoir au minimum 8 millions d’euros de fonds propres pour être considérée comme solvable.

Ont suivi les accords de Bâle II (2006) et Bâle III (2010), qui partent du même principe de départ (il faut que les fonds propres d’une banque soient suffisants au regard des risques pris), mais élargissent la notion de risque (en prenant en compte par exemple le risque de marché), et limitant plus étroitement ce qui est pris en compte dans les fonds propres. Ces normes devraient s’appliquer à toutes les banques d’ici 2019. Ces mesures ont été l’objet de nombreux débats. Pour le secteur bancaire, elles se traduisent par un renchérissement de leur activité (puisque les banques doivent posséder davantage de fonds propres pour développer leur activité), et peuvent de ce fait avoir un impact récessif sur l’activité économique (puisque les crédits accordés seront moins nombreux). Donald Trump a d’ailleurs promis lors de son élection de supprimer toutes les règles prudentielles qui empêchent les banques de fonctionner. Mais pour d’autres, les règles de Bâle III sont déjà insuffisantes (il est à noter que l’accord de Bâle II a été mis en place en 2006, à la veille de la crise des subprimes...).

2) La réforme bancaire

Un autre élément de contrôle des banques est mis en place dans beaucoup de pays : il s’agit d’assurer un découpage plus net entre les activités de financement de l’économie et les activités spéculatives des banques. Aux États-Unis (loi Dodd-Frank), en Grande-Bretagne (règle Vickers) ou en France (loi Moscovici), de telles reformes ont été mises en place, même s’il ne s’agit pas de revenir à l’ancienne séparation entre banque d’affaire et banque de dépôt qu’avait instauré aux États-Unis le Glass Steagall Act de 1933 (abrogé en 1999).

Il s’agit de garantir qu’une banque qui spécule et se retrouve en difficulté ne puisse entraîner la perte de l’épargne des ménages qui n’ont pas spéculé. En diminuant la taille des banques, on diminue l’aléa moral, d’autant que si la banque en difficulté ne gère pas l’épargne des ménages, sa faillite aurait moins de conséquences négatives. Ce découpage permettrait de faire disparaître les banques "systémiques", celles qu’on ne peut pas laisser disparaître, et qui sont de ce fait incitées à prendre des risques.

La règle Volcker aux États-Unis a été adoptée en décembre 2013. Elle vise notamment à limiter la capacité des banques à spéculer. Ce dispositif fait partie de la loi Dodd-Frank, votée en 2010 par le Congrès américain. Elle interdit notamment aux établissements bancaires de pratiquer la spéculation pour leur propre compte. Elle prévoit aussi de fortes restrictions sur la détention de participations dans des hedge funds ou des fonds de private equity (qui place leurs capitaux dans des entreprises non-cotées en bourse). L’objectif principal consiste à éviter le financement d’actifs risqués par des dépôts garantis par l’État fédéral. Les États-Unis ont également adopté une "règle fiduciaire", qui oblige les banques à agir prioritairement dans l’intérêt de leurs clients lorsqu’il s’agit de donner des conseils sur des placement en vue de leur retraite. En Grande-Bretagne, la règle Vickers a pour but d’isoler les « services bancaires vitaux » (minimum) à destination des ménages et des PME tout en les laissant dans la même entité. La loi Moscovici, adoptée en 2013, prévoit une séparation stricte entre les activités utiles au financement de l’économie et les activités que la banque réalise sur les marchés financiers pour son propre profit, par le biais de la filialisation (les activités de marché doivent être réalisées par une filiale de la banque de dépôt).

Ces éléments de régulation financière, censés nous protégés d’une nouvelle crise financière systémique, sont loin d’être acquis : D. Trump a annoncé sa volonté de libéraliser à nouveau le secteur financier.

B. Un contrôle plus étroit de la finance dérégulée

1) La lutte contre les paradis fiscaux

On parle beaucoup depuis la crise des subprimes des paradis fiscaux. Les scandales des Paradise papers et des Panama papers, ont défrayé les chroniques. Les paradis fiscaux sont des territoires qui se caractérisent par un impôt sur les bénéfices ou sur les revenus de capitaux supporté par les non-résidents très faible et par un secret bancaire important (concernant les clients de la banque). La Suisse, Beyrouth, la Belgique, Tanger, les Bahamas, le Liechtenstein ou le Luxembourg sont autant de territoires à secret bancaire.

L’existence de paradis fiscaux conduit à plusieurs travers dans la finance internationale :

- Les entreprises multinationales peuvent ouvrir une filiale sur un de ces territoires et y concentrer l’essentiel de leurs bénéfices, avec des manipulations comptables de leur commerce intra-firme (par le biais des prix de transfert). Leur bénéfice à l’échelle mondiale sera donc moins imposé si une partie importante de ce bénéfice est déclarée dans un paradis fiscal. L’existence des paradis fiscaux se traduit donc par des pertes importantes en termes de recette fiscales pour les États, donc des déficits publics et une dette publique qui s’accroît.

- Les particuliers peuvent également pratiquer l’exil fiscal, en déposant une partie de leur patrimoine financier sur des comptes dans des paradis fiscaux : une partie de leur patrimoine devient donc invisible et ils réduisent alors le montant de l’impôt qu’ils doivent payer sur le patrimoine. Mais sur ce dernier point, de plus en plus d’États font pression sur les paradis fiscaux pour retrouver la trace des particuliers fraudeurs et augmenter leurs recettes fiscales en ce temps de dette.

- Enfin, cela permet le blanchiment d’argent issu d’activités criminelles. Passer par un compte anonyme permet d’ensuite réinjecter cet argent dans l’économie normale sans être menacé de poursuites.

Une partie des paradis fiscaux sont appelés aussi « centres financiers off-shore ». Ainsi, dans les îles Caïmans, aux Bermudes, aux Bahamas, ou à Guernesey, la réglementation bancaire est peu contraignante et ne respecte pas les règles prudentielles internationales. Plusieurs banques créent là-bas des filiales sous forme de sociétés-écrans, qui gèrent une partie de leurs fonds. Cela affaiblit la portée de la réglementation bancaire car les banques internationales peuvent toujours relocaliser leurs activités risquées là-bas… et refaire les mêmes erreurs !

2) Plus de transparence dans les opérations financières

Pour limiter le degré de risque sur les marchés financiers, il semble important qu’il puisse y avoir un contrôle des opérations qui sont effectuées. Ce contrôle permettrait de mieux savoir ce qui se passe notamment sur les marchés de gré à gré, de mieux cadrer les innovations financières qui conduisent à la dilution et à la diffusion du risque (comme la titrisation en 2008). Mais pour l’instant, les États n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour imposer ces règles de transparence.

3) Un meilleur contrôle des agences de notation

Les agences de notation ont en théorie pour fonction d’améliorer la transparence des marchés en fournissant des informations sur les émetteurs de titres. Ainsi, si un État ou une entreprise émet des obligations, les agences de notation notent sa capacité à rembourser la dette émise (sa solvabilité), afin que les éventuels acheteurs de ces obligations détiennent l’information la plus complète possible.

Les agences de notation sont rémunérées par les émetteurs des titres qu’elles notent : on est donc dans une situation de potentiel conflit d’intérêt. En effet, les agences ont a priori une mission d’intérêt général : fournir une information fiable pour un fonctionnement optimal des marchés financiers. Dans le même temps, leurs revenus proviennent des organisations qu’elles notent : il y a donc un biais potentiel qui empêcherait la réalisation de cette mission.

Par ailleurs, les notes proposées par les agences de notation est assez largement autoréalisatrices : si les agences prévoient un non remboursement, cela entraîne une augmentation des taux d’intérêt pour accorder des prêts à l’agent emprunteur, et un non‐remboursement effectif car l’agent finit par ne plus avoir de source de financement. Leur activité est également procyclique : les agences de notation fournissent des informations qui conduisent l’ensemble des opérateurs de marchés financiers à adopter le même comportement (mimétisme), et à s’aligner sur les tendances baissières ou haussières du marché. Ainsi, les informations fournies vont dans le sens de l’euphorie dans la phase de formation de la bulle spéculative, et de la dépression dans sa phase d’éclatement, c’est pourquoi on les qualifie de « procycliques ».

Certains proposent que l’État reprenne le contrôle sur l’activité des agences de notation par un contrôle de leur financement (par exemple en créant une taxe pour financer les agences de notation). D’autres proposent de créer une agence de notation publique.

C. Une « définanciarisation » de nos économies ?

1) Le « grain de sable » dans les rouages de la spéculation

Partant du constat que la sphère financière s’est autonomisée de la sphère économique et qu’elle s’est considérablement éloignée de sa fonction première, certains économistes proposent des réformes permettant de diminuer sensiblement toutes les opérations purement spéculatives et financières, afin de remettre le financement des entreprises et des États au coeur du fonctionnement des marchés financiers. C’est le cas des défenseurs de la taxe Tobin, du nom de l’économiste qui en a posé le principe. L’idée est d’imposer une taxe au taux infime (entre 0,05 % et 0,2 %) sur toutes les transactions financières. Cette taxe serait indolore pour les opérations économiques ayant pour objectif le financement, car ces opérations sont réalisées dans une perspective de long terme. Par exemple, lorsqu’on achète un ensemble d’actions et d’obligations pour se constituer un portefeuille financier duquel on tirera une rémunération à travers les dividendes et les intérêts versés, on ne réalise l’opération d’achat une fois pour toute, et on ne cherche pas à revendre les titres immédiatement. La taxe est alors indolore, puisque son taux est très faible. L’achat de ces actions et obligations permet aux agents économiques émetteurs (entreprises ou État) de trouver des capitaux pour financer leurs dépenses. En revanche, un spéculateur peut acheter et vendre un titre financier plusieurs dizaines de fois afin d’encaisser des plus-values lorsque le cours du titre fluctue. La multiplication des opérations d’achat et de vente fait que le montant de la taxe finit par être conséquent. La mise en place d’une telle taxation aurait donc pour effet de dissuader les opérations spéculatives et donc de limiter la volatilité des cours, tout en ne pénalisant pas les opérations permettant le financement des agents économiques.

De plus, le produit de la taxe Tobin permettrait de dégager des ressources pour financer de l’aide au développement ou bien des projets liés au développement durable ou pour alimenter un fonds d’assurance qui pourrait être débloqué en cas de crise financière grave. Toutefois, la mise en place de cette taxe se heurte à des obstacles. D’abord parce que les opérateurs des marchés financiers, les grandes banques notamment, y sont peu favorables (car elle amputerait leur profit). D’autre part parce qu’il n’existe par d’institution internationale ayant le pouvoir de collecter le produit de la taxe et d’utiliser ces ressources. Si le principe d’une taxation sur les transactions financières a été adoptée par le Parlement européen en 2012, sa mise en œuvre est pour l’instant restée lettre morte...

2) Stopper la globalisation financière ?

La question des conséquences de la globalisation financière fait débat. Pour certains, la globalisation financière a eu d’importantes répercussions positives, et a en particulier stimulé la croissance économique en offrant un financement abondant et peu coûteux aux acteurs économiques. Elle a été particulièrement bénéfique aux pays en développement. Ce n’est pas la globalisation financière elle-même qu’il faut remettre en cause, mais son manque de régulation.

Pour d’autres économistes, la récurrence des crises montre qu’elles ne sont pas liées à des dérives des marchés financiers, mais à un fonctionnement intrinsèquement inefficient de ces marchés, qui ne peuvent pas fixer des prix donnant un signal fiable sur l’activité économique. Dès lors, il faut repenser le fonctionnement de l’économie en réduisant le poids et le pouvoir de la finance pour empêcher le retour d’une crise financière majeure.

Quoiqu’il en soit, pour l’instant, il n’y a pas de réel consensus sur les règles qui devraient être édictées pour mieux réguler la sphère financière. En revanche, il y a un consensus assez net sur l’imminence d’une prochaine crise financière de grande ampleur...