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Par : mj
Publié : 17 avril 2014

Les sources de la croissance économique

La croissance économique est au cœur des préoccupations de tout un chacun, des dirigeants politiques comme des citoyens ordinaires. Qu’elle vienne à ralentir, et c’est l’annonce de difficultés à venir : accroissement du chômage, baisse du pouvoir d’achat, augmentation de la dette publique... Pour beaucoup, la croissance est considérée comme une source de bien-être et de progrès. C’est pourquoi les économistes en ont fait un objet d’étude privilégié. Par exemple, Adam Smith, père des sciences économiques modernes, écrit en 1776 Recherches sur l’origine et les causes de la richesse des nations, dont le but est de comprendre les mécanismes qui permettent à un pays de connaître la prospérité, c’est-à-dire une croissance économique.

L’objectif des économistes est donc de comprendre les mécanismes de la croissance, pour pouvoir agir sur elle. En d’autres termes, il s’agit de s’interroger sur les sources, les facteurs de la croissance économique.

Cela dit, on est en droit de s’interroger : la croissance mène-t-elle toujours au bien- être et au bonheur ? Un pays plus riche est-il nécessairement plus heureux ? Rien n’est moins sûr, et c’est la raison pour laquelle il est nécessaire pour appréhender le bien-être d’une population de prendre en compte d’autres indicateurs, davantage centrés sur le développement humain.

I – Qu’est-ce que la croissance économique ?

A. Mesurer la croissance économique

1) Définition de la croissance

« La croissance économique d’un pays peut être définie comme une hausse de long terme de sa capacité d’offrir à sa population une gamme sans cesse élargie de biens économiques. »

Simon Kuznets, début du discours de réception du Prix Nobel, déc. 1971

La croissance se définit plus simplement comme l’augmentation soutenue de la production de richesses sur une longue période. Il faut distinguer la croissance de l’expansion, qui correspond à un accroissement momentané et réversible de la production. La croissance est un phénomène quantitatif de long terme qui s’accompagne en général de modifications irréversibles des structures économiques.

Pour que la croissance se traduise par une réelle amélioration des conditions de vie des populations, il faut que le PIB par habitant augmente (et pas seulement le PIB) : il est donc nécessaire que l’augmentation des quantités de richesses produites soit supérieure à la croissance démographique. Sans quoi, plus de richesses produites sont à répartir entre encore plus d’habitants : le niveau de vie moyen n’augmente pas.

La notion de développement économique renvoie aux transformations sociales, démographiques, culturelles et techniques qui accompagnent la croissance de la production, par exemple l’urbanisation, la diminution des taux de mortalité et de natalité (vous pouvez aller voir ici un article sur le lien entre le processus de développement et les comportements de fécondité), la progression de l’égalité entre les hommes et les femmes, l’amélioration de la scolarisation... Le développement est donc un processus qualitatif et structurel qui peut être associé à l’idée de progrès : réduction des inégalités, progrès du niveau d’instruction, amélioration des conditions de vie...

L’augmentation de la production de richesses dans un pays est une condition importante pour qu’il y ait développement, mais la croissance à elle seule ne suffit pas. Le développement suppose un partage des richesses, une volonté de lutter contre la pauvreté et les inégalités, et donc un engagement de l’État dans des politiques visant à améliorer les conditions de vie des populations.

Vous pouvez aller voir une illustration du rôle des investissements publics dans les infrastructures pour assurer le développement, à travers l’exemple de l’eau.

2) Mesure de la croissance

  • Pour mesurer les richesses produites, on utilise le plus souvent le PIB ou le PNB.

Le Produit Intérieur Brut correspond à la somme des valeurs ajoutées produites par les agents économiques résidant sur un territoire donné. Il inclut la valeur de la production non-marchande qui est estimée à la valeur de son coût de production. Il permet de mesurer l’activité économique d’un pays.

Le PIB correspond également à l’ensemble des revenus distribués dans un pays (revenus du travail + revenus de la propriété + revenus mixtes + impôts sur la production et sur les importations - subventions.

Le PIB correspond aussi à la somme des emplois : la totalité des biens et services disponibles (c’est-à-dire les biens et services produits auxquels on ajoute les biens et services importés) sont utilisés, soit sous forme de consommation finale, soit sous forme d’investissement (FBCF), soit sous forme d’exportations vers le reste du monde. En d’autres termes, on a l’égalité :

PIB + M = CF + FBCF + X + variation de stocks ou encore : PIB = CF + FBCF + (X-M) + variation de stocks

La croissance économique correspond donc à l’augmentation du PIB ou du PNB sur une période donnée. On peut utiliser un taux de variation « simple », entre deux dates. Par exemple, pour l’année 2011 en France, la croissance s’est élevée à 1,7%. En d’autres termes, le PIB français a augmenté de 1,7% au cours de l’année 2011. On peut également utiliser un taux de croissance annuel moyen. Cet indicateur correspond à la moyenne (géométrique) de l’augmentation annuelle du PIB (ou d’un autre indicateur) sur une période donnée. Ainsi, dans les pays développés, le PIB augmentait en moyenne de 3,3 % par an entre 1950 et 1973 (période des Trente Glorieuses), contre moins de 2% en moyenne par an pour la période 1980-2001.

  • Pour établir des comparaisons internationales, il faut trouver un indicateur commun à tous les pays.

Il faut que le PIB soit exprimé dans une même monnaie. Par convention, on utilise le dollar. Pour convertir un PIB en dollar, on peut utiliser le taux de change qui s’établit sur le marché des changes. Mais ces taux de change peuvent fluctuer, ce qui va se traduire par des variations du PIB exprimé en dollars, sans pour autant que la quantité de richesses disponibles ait varié. Par ailleurs, le pouvoir d’achat de la monnaie n’est pas le même dans tous les pays. Ainsi, on peut acheter davantage de choses avec 10 dollars au Mozambique qu’aux États-Unis, car le niveau général des prix est supérieur aux États-Unis. On utilise donc le plus souvent un PIB-PPA (PIB à parité des pouvoirs d’achat), fondé sur la comparaison des pouvoirs d’achat des diverses monnaies. Contrairement aux taux de change sur les marchés, les taux de change PPA (Parité du Pouvoir d’Achat) permettent à cette conversion de tenir compte des différences de prix entre les pays, afin de mieux refléter les niveaux de vie. En théorie, 1 dollar PPA (ou dollar international) a le même pouvoir d’achat dans l’économie nationale d’un pays qu’1US$ dans l’économie des États-Unis.

Il faut également éliminer les effets de l’inflation. En effet, le PIB étant exprimé en monnaie nationale, une augmentation générale des prix fait augmenter le PIB, sans que les volumes produits aient augmenté. Pour éviter de surestimer cette augmentation, il faut « déflater » le PIB : on divise le PIB nominal (en valeur) par l’indice des prix. On exprime le PIB à prix constants (PIB en volume ou réel) et non à prix courants (PIB en valeur ou nominal).

3) Caractéristiques de la croissance

  • Un phénomène récent

Dans les pays développés, la croissance économique ne devient le mode normal de fonctionnement de l’économie qu’à partir de la Révolution Industrielle, au XIXème siècle. Jusqu’alors, l’augmentation de la production de richesse restait relativement faible, et assez proche de l’augmentation démographique (ce qui ne permettait pas une réelle élévation du niveau de vie de la population). Fin XVIIIème siècle, la Grande-Bretagne, puis la France dans la première moitié du XIXème connaissent la Première Révolution Industrielle, la révolution du textile, du charbon et de l’acier. À partir de la deuxième moitié du XIXème siècle s’ouvre la seconde Révolution Industrielle, basée sur le développement de l’électricité, du pétrole, de la chimie et de l’automobile. Les États-Unis, l’Allemagne et le Japon entament leur processus de croissance.

La période qui suit l’après-guerre se caractérise par une très nette accélération de la croissance économique dans tous les pays : Jean Fourastié a appelé cette période les Trente Glorieuses. Les pays européens ainsi que le Japon connaissent une période de rattrapage vis à vis des États-Unis, dont l’économie a peu été affectée par la guerre. C’est la période du fordisme (organisation du travail basée sur la division du travail et la mécanisation – travail à la chaîne) et la croissance ne nourrit de l’équipement des foyers en appareils électroménagers et en automobile. À la suite des deux chocs pétroliers successifs (1973 et 1979), la croissance mondiale marque le pas, et ralentit particulièrement dans les pays développés. On a parlé des « Trente Piteuses », par opposition aux Trente Glorieuses.

  • Un phénomène inégal

La croissance économique ne concerne pas tous les pays de la même manière, ni au même moment. Si les pays développés (Europe de l’Ouest, Amérique du Nord, Australie) ont bénéficié de la Révolution Industrielle à partir du XIXème siècle, les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine ont connu une croissance plus tardive. Aujourd’hui, les plus forts taux de croissance sont enregistrés dans les pays émergents, et notamment dans les pays composant les BRIC : Brésil, Russie, Inde et Chine. On peut même parler d’un véritablement basculement du monde et des richesses au cours du tout début du XXIème siècle. La Chine est désormais la deuxième économie mondiale, devant le Japon.

Pour autant, on ne peut pas vraiment parler de convergence des économies, dans la mesure où le rattrapage ne concerne qu’une partie des pays en développement (Asie avec Inde et Chine, Amérique latine) et qu’une très large part de l’Afrique est dramatiquement touchée par la pauvreté et reste à l’écart du mouvement mondial.

B. La croissance économique, un indicateur pertinent ?

1) Les limites du PIB [rappel du cours de Première]

Le PIB est un indicateur qui présente des défauts si l’on veut appréhender la réalité des conditions de vie de la population.

La mesure du PIB exclut certaines activités et sous-estime donc le niveau de vie et le bien-être.

Il mesure mal l’économie informelle : travail non déclaré, activités illégales... Il sous-évalue également l’auto-consommation des ménages (quand vous mangez les tomates qui ont poussé dans votre jardin...). Ainsi, une partie de l’augmentation du PIB des pays développés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est davantage due à une modification des modes de vie qu’à une réelle amélioration du bien-être. En effet, de plus en plus de services qui étaient assurés par les membres de la famille (et donc non comptabilisés dans le PIB) sont désormais pris en charge par le marché (ce qui fait augmenter le PIB) : repas pris à l’extérieur, garde d’enfants, ménage...

Le PIB sous-évalue la production non-marchande (car pour mesurer la production non-marchande, on additionne les coûts liés à la fourniture des services non-marchands). Donc un pays qui dispose d’une école et d’un système de santé gratuits, pris en charge par les administrations publiques, aura un PIB inférieur au pays qui laisse l’éducation et la santé aux entreprises privées et au marché, sans pour autant que les conditions de vie soient différentes.

Le PIB ne tient pas compte de la dépréciation du capital (usure des bâtiments, des machines par exemple), il ne tient pas compte non plus de l’existence d’externalités négatives (pollution) et au contraire intègre ce que certains économistes appellent les « dépenses défensives » (dépenses de réparation, dont le but est de restaurer le bien-être atteint par d’autres activités économiques : dépollution, production d’anti-dépresseurs, dépenses de réparation en cas d’accidents de la route...). La croissance du PIB peut donc cacher des atteintes importantes au bien-être, voire même une diminution de ce bien-être (pollution, atteintes à l’environnement notamment).

Enfin, en se centrant sur les flux monétaires, il laisse de côté la question du stock de ressources (au sens large) dont dispose un pays. Un pays qui exploite des ressources non-renouvelables comme le pétrole voit son PIB augmenter d’année en année, tant qu’il y a du pétrole. Mais compte tenu du fait que la ressource s’épuise, le pays n’est pas réellement de plus en plus riche. Le raisonnement est le même pour un pays qui sur-exploite ses ressources renouvelables (comme les forêts ou les réserves halieutiques, ou qui porte atteinte à sa biodiversité) : les activités économiques qui portent atteintes à l’environnement font augmenter le PIB, mais à terme, c’est l’ensemble des activités qui est menacé.

Le PIB ne dit rien non plus sur la dispersion des revenus et sur l’ampleur des inégalités. Une augmentation du PIB peut ne pas profiter à la population dans son ensemble, mais être accaparée par une petite minorité : la croissance ne se traduit pas alors par une augmentation du bien-être collectif.

Enfin, utiliser le PIB pour mesurer le niveau de vie d’un pays revient à ne pas prendre en compte les flux de revenus entre pays, devenus dans certains cas très importants du fait de la mondialisation et de l’internationalisation de la production. C’est très vrai dans les pays en voie de développement, dont une bonne partie de la richesse est produite par des grandes entreprises étrangères qui rapatrient leurs profits. La richesse qu’elles produisent n’a donc aucune retombée sur la population. Mais c’est vrai également dans certains pays développés : en Irlande par exemple, un quart du PIB irlandais n’est pas distribué en Irlande (sous forme de salaire, d’investissement notamment), mais est rapatrié dans les pays d’origine des entreprises implantées sur le sol irlandais. Il peut donc sembler plus pertinent de s’appuyer sur le Revenu National Brut, qui prend en comptes ces flux de revenus entre pays.

RNB = PIB – revenus versés à l’étranger + revenus perçus de l’étranger

Ccl° : le PIB est donc une mesure de l’activité économique imparfaite, qui ne reflète pas toujours correctement le bien-être d’une population.

Des liens en compléments :

  • une vidéo d’Alternatives Économiques sur le PIB et ses limites
  • la vidéo de la Cité de l’économie sur la croissance (que nous avons visionnée en classe)
  • une dessine-moi l’éco sur le PIB
  • une vidéo d’éco-dico sur le PIB et sur la croissance

2) La nécessité de prendre en compte d’autres indicateurs

Pour pallier les insuffisances du PIB, depuis 1990, on utilise l’IDH. L’Indicateur de Développement Humain a été mis au point par le Pnud, sous l’impulsion de l’économiste Amartya Sen. Il s’agit d’un indicateur composite dont le but est de donner une mesure du développement atteint par un pays. Il combine trois dimensions : le niveau de vie, mesuré par le RNB/hab PPA, le niveau d’instruction, mesuré à la fois par les années de scolarisation des adultes et par la durée moyenne attendue de scolarisation, et le niveau de santé et de longévité, mesuré par l’espérance de vie à la naissance.

L’IDH apporte plus de précision dans l’appréhension du niveau de développement d’un pays. Lorsqu’on compare le classement des pays selon l’IDH et selon le PIB/habitant, on constate quelques différences. Avec un niveau de vie (PIB/hab) similaire, on peut trouver des pays ayant un niveau développement très différent. La richesse ne fait donc pas systématiquement le bien-être. Se pose la question de l’utilisation qui est faite de ces richesses, et des bénéficiaires de ces richesses.

Toutefois, il faut noter que ces différences ne sont pas non plus très marquées, et que la corrélation entre PIB/habitant et IDH est très forte, ce qui a été reproché à cet indicateur. D’autres critiques ont été adressées à l’IDH : il ne tient pas compte de la situation des femmes, ni du degré de démocratie d’un pays par exemple. Depuis, le Pnud a développé d’autres indicateurs complémentaires, comme l’Indicateur de Pauvreté Multidimensionnelle (voir cet article et le site du Pnud).

La Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, mise en place en 2008, a été chargée de réfléchir aux indicateurs de croissance. Réunissant de nombreux économistes sous la direction d’Amartya Sen, de Joseph Stiglitz et de Jean-Paul Fitoussi, elle a rendu son rapport en 2009. Même si l’utilisation du PIB présente des avantages tels qu’il ne semble pas possible ni souhaitable de s’en passer, elle préconise cependant de privilégier le produit intérieur net (en tenant compte de la perte de valeur du capital) ou encore le RNB. Par ailleurs, elle affirme la nécessité de prendre en compte d’autres indicateurs plus qualitatifs, comme l’espérance de vie, mais aussi le taux de chômage (signe d’insécurité économique, préjudiciable au bien-être de la population) ainsi que de prendre en compte des indicateurs de dispersion pour traduire le degré d’inégalités.

Pour vous amuser un peu avec ces questions de mesure du bien-être, vous pouvez aller jeter un œil sur une application développée par l’OCDE : better life index, ou encore sur le site du Pnud, ici (les pays en développement apparaissent, contrairement à l’application de l’OCDE).

II – Quels sont les mécanismes de la croissance économique ?

A. Le rôle des facteurs de production et des gains de productivité dans la croissance économique

1) La fonction de production

Pour produire, il est nécessaire d’associer les deux facteurs de production que sont le travail (L) et le capital (K).

Le travail désigne les ressources en main-d’œuvre utilisées par les unités de production pour créer des biens et des services. La quantité de travail peut se mesurer simplement, soit par le nombre de salariés dans une entreprise ou le nombre d’emplois dans une économie entière, soit par le nombre d’heures travaillées. IL est également possible d’utiliser la masse salariale.

Le capital physique correspond à l’ensemble des moyens de production utilisés pour produire. On distingue le capital fixe (moyens de production durables, utilisés pendant plus d’un an dans une entreprise, c’est-à-dire servant au cours de plusieurs cycles du processus de production) et le capital circulant (l’ensemble des biens et services détruits ou transformés au cours du processus de production, comme l’énergie).

Pour schématiser le fonctionnement de l’économie, les économistes ont recours une modélisation mathématique. En ce qui concerne l’activité économique, on part du principe que les quantités produites (Y) sont fonction de la quantité de facteurs de production utilisés pour produire. La fonction de production la plus simple associe deux variables que sont la quantité de travail (L) et la quantité de capital (K). On peut donc écrire la fonction de production Y = f(K,L).

Plus on augmente la quantité de l’une des variables (K ou L), et plus la production (Y) est importante. Toutefois, si la quantité de l’un des facteurs de production augmente tandis que la quantité de l’autre facteur reste constante, alors la production augmente, mais moins vite que le facteur de production. Par exemple, embaucher des salariés supplémentaires permet d’augmenter la production, mais au bout d’un certain temps, si l’on n’augmente pas le nombre de machines ou la taille des locaux, embaucher un salarié supplémentaire ne permettra pas de produire davantage. De la même manière, multiplier les machines dans le processus de production permet d’augmenter la production avec le même nombre de salariés, mais, à partir d’un certain seuil, si aucun nouveau salarié n’est embauché, alors les nouvelles machines ne seront pas utilisées et la production n’augmentera plus. On parle de rendements factoriels décroissants : la productivité marginale d’un facteur de production diminue au fur et à mesure que la quantité de facteurs utilisé augmente, les quantités des autres facteurs étant constantes.

2) La mobilisation des facteurs de production

Pour augmenter la quantité de richesses produites, on peut augmenter les quantités de facteurs de production utilisés. On parle alors de croissance extensive (croissance obtenue par l’augmentation des quantités de facteurs de production utilisés pour produire).

  • Pour augmenter la quantité de facteur travail dans une économie, on peut d’abord augmenter le nombre de personnes en âge de travailler actives. Augmenter le nombre de personnes en âge de travailler passe soit par une démographie dynamique (accroissement naturel élevé), soit par le recours à la main-d’œuvre étrangère (immigration). On peut également chercher à faire travailler davantage les femmes (hausse du taux d’emploi des femmes). Enfin, la diminution du niveau de chômage permet d’augmenter le nombre d’actifs occupés. Pour augmenter la quantité de travail utilisée dans l’économie, on peut également rallonger la durée passée à travailler au cours d’une vie : faire entrer les jeunes plus tôt dans la vie active ou faire partir plus tard à la retraite. On rallonge alors la durée de la vie active et on augmente le taux d’emploi des classes d’âge situées aux extrémités de la vie active. On peut aussi augmenter la durée du travail (journalière, hebdomadaire ou annuelle).
  • Pour augmenter la quantité de capital utilisée dans le processus de production, les entreprises acquièrent de nouveaux biens de production. C’est ce que l’on appelle l’investissement. Il est mesuré en France par la FBCF (formation brute de capital fixe).

B. Le rôle des gains de productivité : la contribution qualitative des facteurs de production à la croissance économique

1) La productivité globale des facteurs

À partir de la fonction de production, on peut mesurer l’apport de chacun des facteurs à la croissance économique. On mesure quelle a été l’augmentation de la quantité de capital et l’augmentation de la quantité de travail, que l’on peut comparer à l’augmentation de production. Cela permet de décomposer les facteurs de croissance.

Les travaux de Carré, Dubois et Malinvaud montrent qu’en France, au cours des Trente Glorieuses, l’augmentation des quantités de travail et de capital expliquent une part assez faible de la croissance observée sur cette période. Plus de la moitié de la croissance économique des Trente Glorieuses s’explique en fait par un « résidu », c’est-à-dire par quelque chose qui n’est pas l’augmentation de la quantité de travail ni l’augmentation de la quantité de capital.

Pour R. Solow (1956), la part de la croissance qui ne s’explique pas par l’augmentation des quantités de facteurs de production est due à l’augmentation de la productivité globale des facteurs. Cette dernière correspond à l’efficacité globale de la production. La productivité du travail et la productivité du capital dépendent en effet étroitement l’une de l’autre : une entreprise qui dispose de machines aura une productivité du travail plus élevée que celle qui n’en a pas, et une entreprise qui a une main-d’œuvre bien formée aura une productivité du capital plus forte, car ses machines seront mieux utilisées... La PGF (ou PTF - Productivité Totale des Facteurs) correspond donc au rapport entre la production et l’ensemble des facteurs de production utilisés.

La croissance des Trente Glorieuses est donc, en France comme dans un grand nombre de pays développés, une croissance intensive, c’est-à-dire fondée sur l’amélioration de l’efficacité des facteurs de production. Son amélioration repose largement sur le progrès technique. Le progrès technique désigne l’ensemble des innovations qui entraînent une transformation des moyens de production, de l’organisation du travail, des produits, des marchés et/ou des structures de l’économie. De façon plus simple, on peut définir le progrès technique comme l’ensemble des innovations de produits ou de procédés qui permettent d’augmenter la productivité.

Se pose alors la question : comment les gains de productivité produisent-ils de la croissance ? Quels sont les mécanismes qui entrent en jeu ? Ces mécanismes, vous les avez étudié en Première, nous allons les revoir.

2) Le progrès technique est source de gains de productivité, qui sont à l’origine de la croissance économique

Les gains de productivité (c’est-à-dire la hausse de la productivité) sont sources de croissance. En effet, ils permettent de produire plus avec la même quantité de facteurs de production (ou de produire autant avec moins de facteurs, ce qui revient au même). Les gains de productivité génèrent donc une baisse des coûts unitaires de production. Cette baisse des coûts peut être répercutée sur les prix, qui baissent, ce qui permet à la fois de stimuler la consommation intérieure et de gagner en compétitivité-prix sur les marchés étrangers et d’augmenter les exportations. Dans les deux cas, la baisse des prix stimule la demande de biens et services, ce qui suppose d’augmenter la production pour y répondre : il y a croissance économique. Par ailleurs, la baisse des coûts de production peut permettre d’augmenter les salaires (puisque la valeur ajoutée par salarié est plus élevée). La consommation se trouve alors stimulée, la demande augmente, générant de la croissance économique. Enfin, la baisse des coûts de production peut permettre d’augmenter les bénéfices des entreprises (si le prix de vente reste inchangé ou qu’il baisse moins que les coûts de production). Dans ce cas, grâce aux bénéfices supplémentaires, l’investissement sera plus important (car moins coûteux, du fait d’un autofinancement plus important ou d’un accès au crédit plus facile). La demande est donc encore stimulée, et les capacités de production augmentent, d’où la croissance économique. Les bénéfices supplémentaires peuvent aussi être distribués aux propriétaires de l’entreprise (par exemple sous forme de dividendes aux actionnaires) : les revenus du capital augmentent, ce qui stimule la consommation, donc la demande, et favorise la croissance économique.

3) Selon les théories de la croissance endogène, la croissance résulte de l’accumulation de plusieurs type de capital

Le progrès technique est une des sources essentielles de la croissance économique, nous venons de le voir. On peut alors se demander d’où vient le progrès technique ? Pour Solow, le progrès technique « tombait du ciel » : il n’y avait pas d’explication au progrès technique à trouver dans les comportements des agents économiques. C’est la grande faiblesse de cette théorie de la croissance : une part très importante du phénomène de croissance reste non expliquée. À la fin de années 1970, des économistes ont commencé à montrer que l’accumulation du capital, sous toutes ses formes, contribuait à long terme au progrès technique et participait à l’entretien de la croissance. Ils mettent en évidence le fait que le progrès technique est le produit de l’activité de certains agents économiques (entreprises, État), qui influencent à la fois le rythme et l’orientation du changement technologique : le progrès technique, et donc la croissance, est endogène.

L’accumulation de capital physique est essentielle au processus de croissance économique

  • De façon générale, l’investissement se définit comme l’opération par laquelle un agent économique acquiert des moyens de production durables. L’investissement est donc un flux de capital fixe entre deux périodes. C’est pourquoi on nomme « Formation Brute de Capital Fixe » (FBCF) la valeur de l’investissement.

La mesure officielle de l’investissement, la FBCF, présente le défaut d’exclure de son calcul un certain nombre de dépenses qui permettent d’améliorer le potentiel productif de l’entreprise même si elles ne consistent pas en l’acquisition de biens de production. Ces dépenses constituent l’investissement immatériel. On peut citer :

- Les dépenses de formation du personnel (qu’on peut assimiler à une acquisition du capital humain),
- Les dépenses de R&D et les autres dépenses liées à l’innovation (achat de brevets),
- Les dépenses de publicité et de markéting,
- L’achat ou la création de logiciels. Ce dernier type de dépense est désormais intégré au calcul de la FBCF.

Aujourd’hui, l’investissement immatériel correspond au tiers de l’investissement total, et dans les grandes entreprises, il est supérieur aux investissements matériels. On comprend donc l’importance de ce type d’investissement, qui permet d’accumuler du capital humain (dépenses de formation), mais aussi du capital technologique (R&D, logiciels).

  • Les dépenses d’investissement peuvent avoir trois finalités :

- Les investissements de capacité ont pour objectif d’augmenter les capacités de production, et donc d’accroître les quantités produites.
- Les investissements de productivité ou de rationalisation ont pour objectif d’améliorer l’efficacité de l’entreprise, permettant ainsi une baisse durable des coûts de production. Ils permettent en effet d’économiser du travail, du capital ou des matières premières.
- Les investissements de remplacement ont pour objectif de renouveler le capital usé ou obsolète. Ils ne correspondent pas à un investissement au sens strict (car ils ne viennent pas augmenter le stock de capital disponible).

Cette distinction est purement analytique, car, en pratique, les trois finalités sont souvent confondues.

  • Le lien entre investissement et croissance.

On constate une corrélation assez nette entre les variations de la FBCF (mesurant l’investissement) et les variations du PIB (la croissance économique). Nous allons d’abord montrer que l’investissement génère de la croissance économique.

L’investissement agit à la fois sur l’offre et sur la demande de biens et services. il permet une offre plus abondante : grâce l’augmentation des capacités de production ou bien grâce aux gains de productivité qui permettent de produire davantage avec autant de facteurs de production.
L’investissement permet une offre de meilleure qualité, notamment grâce aux innovations de procédé résultant des investissements en R&D et à l’utilisation de capital de plus en plus perfectionné (l’investissement matériel est le moyen de diffuser le progrès technique dans l’appareil de production, via des équipements plus modernes). De plus, l’offre est renouvelée grâce aux innovations de produit permise par les activités de R&D.
L’investissement permet enfin une offre meilleur marché, du fait de gains de productivité qui abaissent le coût unitaire de production : les entreprises sont plus compétitives.

Puisqu’il y a une plus grande quantité de biens et de services disponibles, de meilleure qualité et meilleur marché, les consommateurs consomment davantage ces biens et services : la demande intérieure et extérieure est stimulée. Il faut produire plus pour satisfaire cette demande, la production augmente : c’est la croissance économique.

L’accumulation du capital humain, du capital technologique, du capital public permet également de stimuler la croissance économique

Accumuler du capital, ce n’est pas seulement accumuler du capital physique : on peut également accumuler du capital humain, du capital technologique ou du capital public.

Le capital humain est un concept forgé par l’économiste américain Gary Becker, qui désigne l’ensemble des aptitudes talents, qualifications, expériences accumulées par un individu et qui déterminent en partie sa capacité à travailler ou à produire pour lui-même et pour d’autres. Comme tout capital, le capital humain s’accumule au cours du temps, grâce aux dépenses d’éducation et de formation, qui peuvent être considérées comme un investissement (investissement immatériel).

Le capital technologique renvoie aux connaissances et aux innovations incorporées dans les produits. Le capital technologique est principalement le résultat de l’activité de R&D. Il comprend les brevets, les connaissances, les savoir-faire … dont dispose une entreprise ou un État qui lui permettent de produire des biens et des services plus efficaces et/ou plus compétitifs.

Enfin, le capital public désigne infrastructures financées par la puissance publique, comme les transports, les ports, les écoles, les hôpitaux, les réseaux (eau, électricité...), utilisés pour produire ou mis à la disposition des autres agents économiques. Dans un sens plus large, on peut aussi y inclure toutes les institutions mises en place par les pouvoirs publics (par exemple, les droits de propriété).

  • L’accumulation de tous ces capitaux produit des effets positifs sur la croissance économique.

L’accumulation de capital humain, grâce aux dépenses d’éducation et dépenses de santé, favorise la hausse de la productivité du travail. En effet, une main-d’œuvre mieux formée est plus qualifiée, et elle est mieux à même d’effectuer rapidement les tâches de production qui lui sont confiées. La main-d’œuvre est également plus flexible et plus autonome et s’adapte plus facilement aux modifications des processus de production, ce qui permet à l’entreprise une meilleure réactivité sur le marché, et une production de meilleure qualité, donc plus compétitive. Par ailleurs, l’investissement en capital humain augmente la capacité d’un pays à innover et/ou à incorporer les innovations dans le processus de production : la productivité est stimulée à la hausse, la qualité des produits s’améliore et de nouveaux biens et services sont mis sur le marché (innovation de produit). Il y a croissance économique.

L’accumulation de capital humain est génératrice d’externalités dans la mesure où le niveau de qualification d’un travailleur "déteint" sur la productivité de ses partenaires/collègues : c’est toute l’équipe qui travaille plus efficacement. Les connaissances et savoir-faire acquis se diffusent à l’ensemble des travailleurs.

L’accumulation de capital technologique est permise par les dépenses en R&D. Lorsque le capital technologique correspond à de nouveaux procédés, cela permet une amélioration de la productivité de l’entreprise, et donc une baisse des coûts unitaires de production. Le prix du produit peut baisser, ce qui attire de nouveaux consommateurs ou bien libère du pouvoir d’achat pour d’autres biens et services : c’est la consommation qui est stimulée. Les entreprises élèvent leur niveau de production pour satisfaire la demande supplémentaire : il y a croissance économique. Lorsque le capital technologique prend la forme de nouveaux produits, il y a naissance de nouveaux marchés ou extension de la taille des marchés. Les entreprises vendent plus, elles produisent plus donc investissent et embauchent, ce qui tire la croissance économique à la hausse.

L’accumulation de capital technologique est source d’externalités positives car les idées ou les connaissances sont des biens publics, qui peuvent être utilisés par tous et diffusés gratuitement. L’accumulation de savoir donne naissance de nouveaux savoir, à de nouvelles innovations : les rendements sont donc croissants.

L’accumulation de capital public est le résultat des dépenses publiques d’investissement. Le capital public permet d’abord d’améliorer la productivité du secteur privé : une entreprise qui bénéficie d’un approvisionnement en énergie 24h/24 sera plus performante qu’une entreprise qui doit faire face à des coupures régulières de courant. De même, une entreprise qui bénéficie de voies de communication de qualité pour écouler sa production sera plus efficace. Par ailleurs, l’accumulation de capital public tend à favoriser l’accumulation de capital humain, via les infrastructures de formation ou de santé, ce qui est source d’amélioration de la productivité du travail, et donc de croissance économique. Enfin, le capital public permet aussi d’augmenter le stock de capital technologique : les dépenses publiques de recherche et développement (notamment dans la recherche fondamentale) permettent de réelles percées scientifiques, qui nourrissent ensuite des innovations qui pourront être développées et commercialisées par des entreprises.

La croissance, un processus auto-entretenu

L’investissement, au sens large du terme, c’est-à-dire au sens d’accumulation de capital, génère ce que les économistes appellent des externalités positives.

Le terme externalité désigne la conséquence non voulue de l’activité d’un agent économique sur d’autres agents économiques, qui ne donne pas lieu à une compensation monétaire (les retombées, positives ou négatives ne sont pas prises en compte par le marché : le coût des conséquences négatives n’est pas supportée par celui qui les génère et celui qui les subit ne reçoit aucune indemnisation. Inversement, celui qui engendre des externalités positives n’est pas rémunéré pour celles-ci).

Dire que l’accumulation de capital engendre des externalités positives, cela veut dire que l’accumulation de capital par un agent économique a des retombées favorables pour d’autres agents économiques, en particulier des retombées en termes d’amélioration de la productivité. Ainsi en est-il des dépenses publiques d’éducation, qui profitent aux entreprises grâce à l’élévation du niveau de formation de la main-d’œuvre et donc de l’augmentation de la productivité du travail. Ce raisonnement est également vrai pour les dépenses, publiques ou privées, en matière de recherche et développement (R&D), qui permettent l’augmentation du stocks de connaissances (recherche fondamentale et appliquée) mais aussi l’accumulation de capital technologique (recherche appliquée et innovation proprement dite). L’ensemble des agents économiques peut bénéficier des avancées en termes de savoir ou de technologies liées à ces dépenses de R&D : les consommateurs sous forme de nouveaux produits et les producteurs sous forme de nouvelles façons de produire plus efficaces par exemple.

Les activités à l’origine de l’accumulation de capital sont donc des activités à rendements croissants : plus il y a de capital accumulé, et plus l’effet sur la croissance est important. Par exemple, plus le niveau de connaissances est élevé, et plus on peut faire de nouvelles découvertes ou de nouvelles innovations. La croissance ne se heurte donc plus au problème des rendements décroissants (qui impliquent que l’investissement finit par s’arrêter, lorsque la productivité marginale du capital devient nulle) : la croissance peut se poursuivre indéfiniment (?) grâce au progrès technique engendré par l’accumulation des différentes formes de capital.

Le caractère auto-entretenu de la croissance économique a été souligné par un certain nombre d’économistes au tournant des années 1980. Leurs travaux ont été regroupés sous le terme de théories de la croissance endogène : leur idée commune est de montrer que le progrès technique ne « tombe pas du ciel », mais qu’il résulte de l’activité même des agents économiques (entreprises et État). Le progrès technique, qui est au cœur de la croissance, est lui-même produit par la croissance.

Croissance → accumulation de capital → progrès technique → croissance

Ainsi, une croissance économique forte permet de dégager des ressources pour développer un système de formation performant, depuis l’école primaire jusqu’à l’université. Les fruits de la croissance permettent donc de financer l’accumulation de capital public, mais aussi de capital humain et de capital technologique. La corrélation statistique que l’on observe entre par exemple le niveau des dépenses de R&D et la croissance économique peut donc s’interpréter de deux manières. On peut d’abord considérer qu’un secteur de R&D développé garantit une croissance forte (gains de productivité, amélioration des produits, mise au point de nouveaux produits...). Mais on peut également penser que la croissance permet de financer l’effort de R&D, grâce à la recherche fondamentale publique, la formation de la population (meilleur niveau d’études, donc plus de chercheurs et d’innovateurs), les aides aux entreprises innovantes... Le raisonnement est le même si l’on s’intéresse à la corrélation entre niveau de capital humain et croissance économique.

Les théories de la croissance endogène conduisent à réhabiliter le rôle de l’État dans la croissance économique. Les dépenses publiques et le volontarisme politique permettent de stimuler l’accumulation de capital humain, technologique et public de façon à les produire à un niveau optimal. En effet, compte tenu du fait que ce sont des activités à fortes externalités positives, les entreprises ne développent pas suffisamment ces activités, dont le rendement privé est inférieur à leur rendement social. L’intervention de l’État, garant de l’intérêt général et financé par les prélèvements obligatoires (et non par la rémunération du marché), permet alors de faire en sorte que les activités de formation, de R&D, d’investissement dans les infrastructures, etc. se fassent à un niveau qui permettent une croissance satisfaisante.

III - Les institutions et les pouvoirs publics ont un rôle à jouer pour favoriser la croissance

A. Assurer un environnement favorable à l’activité économique

L’activité économique a besoin d’un environnement favorable : certaines institutions sont nécessaires.

Le terme institution désigne un ensemble de règles qui définissent les conditions dans lesquelles les choix, qu’ils soient individuels ou collectifs, d’allocation ou d’utilisation des ressources s’effectuent. Elles encadrent donc les comportements et peuvent favoriser ou au contraire entraver la croissance économique, et notamment l’innovation.

Ainsi, l’existence d’un système de valeurs particulier est une condition importante pour que le processus de croissance puisse s’enclencher. C’est ce qu’a montré le sociologue Max Weber concernant les protestants et le système capitaliste. Pour lui, ce qu’il appelle "l’éthique protestante" est favorable au développement du capitalisme, car elle privilégie l’épargne et l’accumulation (de capital) plutôt que les dépenses somptuaires. On peut aussi penser que le confucianisme pousse à l’épargne, puisque, dans ce système de valeurs, il est nécessaire d’assurer la position économique et sociale de ses enfants afin qu’ils puissent assurer convenablement le culte des ancêtres.

Le système de valeurs joue aussi un rôle dans la capacité à innover d’un pays : plus un pays sera libéral sur le plan culturel (ouverture à la différence, à la nouveauté) et plus il sera en mesure d’innover, c’est-à-dire d’introduire et de s’approprier de nouvelles façons de produire, d’organiser le travail et de penser. Il sera donc en mesure d’assurer sa croissance à long terme. Le caractère démocratique des institutions politiques du pays peut à ce titre être favorable à la croissance économique : la liberté d’entreprendre favorise l’accumulation de capital et la création de richesse, de même que la liberté de penser et d’expression facilite l’introduction de nouveautés dans les modes de production ou dans les modes de vie.

Enfin, d’autres éléments sont à prendre en compte. Par exemple, la stabilité politique est primordiale pour voir se développer l’activité économique et l’accumulation de capital. Les agents économiques n’investiront pas dans un pays s’ils ne sont pas certains de recueillir les fruits de leur investissement : si le risque de spoliation, d’expropriation est fort, il ne peut y avoir de croissance économique. De la même manière, un risque important de conflit armé a un effet désastreux sur l’activité économique, puisque l’avenir très incertain ne permet pas aux agents économiques de se projeter dans le moyen-long terme, et donc d’investir.

B. Favoriser l’innovation et le progrès technique

La connaissance est un bien public. Elle présente deux caractéristiques : la non-rivalité et non-exclusion. La connaissance est non-rivale : elle peut être utilisée en même temps par plusieurs agents économiques sans se détériorer. Ce qui signifie que le coût marginal d’utilisation est nul : une idée, une découverte, une innovation, etc. coûtent cher à la conception, mais une fois conçues, le coût d’utilisation est quasiment nul. Conséquence : un agent économique rationnel est fortement poussé à l’imitation. Il peut ainsi bénéficier des avantages de l’innovation ou de la connaissance, sans supporter le coût nécessaire à sa mise au point. La deuxième caractéristique de la connaissance est la non-exclusion : il est difficile pour un inventeur de s’approprier la totalité des usages de son invention, d’autres personnes vont l’utiliser pour développer d’autres produits ou découvrir de nouvelles connaissances. Le rendement privé de l’innovation est donc inférieur à son rendement social (c’est le principe même des activités à externalités positives). Ce qui conduit les entreprises à investir moins que ce qu’il serait souhaitable dans les activités innovantes (elles ne pourront pas s’approprier la totalité de la valeur de leur invention ou de leur innovation, et elles sont fortement incitées à imiter plutôt qu’à innover).

L’État est donc fondé à intervenir pour permettre que l’investissement dans les activités de recherche et développement soit suffisant au regard de l’intérêt général. Son intervention peut prendre plusieurs formes :

Il assure à l’inventeur ou à l’innovateur un monopole temporaire sur son invention/innovation par le biais des droits de propriété, et plus particulièrement par l’intermédiaire d’un système de brevets. Un brevet est un titre de propriété accordé à l’inventeur, à titre temporaire (20 ans au maximum) et qui lui assure le monopole d’exploitation de son invention sur la période. Le propriétaire peut produire lui-même son invention ou bien vendre à d’autres producteurs le droit de le faire grâce à des licences. Ces droits de propriété permettent d’augmenter le rendement privé de l’innovation, grâce au sur-profit permis par le monopole temporaire de l’innovateur (sans concurrence, l’entreprise peut fixer le niveau de prix qu’elle désire : c’est ce qu’on appelle la rente de monopole).

L’État peut inciter les entreprises à investir dans la R&D, en finançant directement ou indirectement l’effort de recherche des entreprises. Cela peut passer par des subventions et des aides directes aux entreprises, ou bien par des avantages fiscaux, comme le crédit d’impôt-recherche, qui consiste à accorder aux entreprises une réduction de leur impôt proportionnelle au niveau et à l’augmentation de leurs dépenses de R&D. Les aides publiques représentaient en 2007 plus de 10 % des dépenses de R&D des entreprises.

Enfin, l’État peut prendre en charge lui-même certaines activités de recherche-développement, soit dans les laboratoires universitaires, soit dans des laboratoires privés à but non-lucratif (Institut Pasteur, Institut Curie, etc.). Les administrations publiques et les institutions à but non-lucratif prenaient en charge en France, en 2007, 37 % de la dépense totale pour la recherche et le développement.